J’ÉCRIS opus 15





j’écris de ma voix perdue heureusement enregistrée

J’écris d’un seul coup d’un seul

J’écris en bleu j’écris en vert

J’écris en noir le deuil des vers

J’écris des lignes sur la mer

J’écris sur des feuilles volantes

J’écris assis j’écris debout

J’écris de signes caractères d’argile et de boue

J’écris de glyphes et de remous

J’écris de regards échangés avec les peintres des musées

J’écris sur le dos des bossus

J’écris en écoutant Moussu T

J’écris en faisant du thé

J’écris avec Sapho princesse athée

J’écris de ma voix perdue heureusement enregistrée

J’écris sur la voie que j’ignorais avant d’écrivant la créer

J’écris toujours à la craie d’une enfance mythique

J’écris sur les mythes en lambeaux des indiens Goajiros

J’écris devant la cafetière en faïence bleue de Cézanne

J’écris des lettres à Blanche Neige

J’écris bernique

J’écris au bernard-l’hermite l’alter ego du pagure

J’écris en tournant sept fois ma plume dans l’encrier

J’écris au marchand de chaussures qui m’ont cassé les pieds

J’écris au menuisier sur la table de chêne qu’il m’a faite livrer au septième étage de la Tour Montparnasse

J’écris en relisant Urgent Crier !

J’écris en faisant la grande lessive des Romantiques et du Parnasse

J’écris sur une sorte de scriban en acajou

J’écris comme un scribe en période maigre qui sur son palimpseste fait ici et là quelques ajouts

J’écris au crayon pour gommer mes indécisions

J’écris sur la boîte de Monte Cristo n°3 que j’ai achetée lors de mon voyage à Cuba en avril 1977

J’écris en écoutant un set de Coltrane et de Miles

J’écris sur une grande table ronde dressée autour du monde

PICASSO RUIZ LE ROSSIGNOL





Maintenant on est dans Picasso

Nez tordu bouche cousue statue nègre

Femme nue de dos assise au bras levé

Un bras d’honneur à la peinture académique





Picasso le nom de sa mère

-Qui signa un temps Ruiz

ruiseñor rossignol de mes amours-

nous assied dans une chaise cannée

par des guitares sèches

et des journaux d’avant la guerre

la boucherie des bœufs saignant

pendus au clou par Soutine





Papiers collés et déchirés

Ça fait un bruit sec

Mais les enfants qu’on amène au musée

en bande désorganisée

Ça les fait rire ça les fait se marrer





On n’est pas sérieux quand on a sept ans

Devant les coups de pinceau de l’ami Picasso





Picasso sur la plage 07/03/2021
le même dessin mais pas à la même heure
dessin au roseau de Camarde

UNE SEMAINE DE BONTÉ À ORSAY





Devant les tableaux des musées

Je me mélange les pinceaux

Me voilà au Canal Grandé

Femmes rousses montent l’escalier

Un chien passe sur une barque





Assis sur le quai une personne

Me fait penser à Pessoa

Allez savoir c’est peut-être

Kafka ou Visconti On meurt

Tous à Venise ou à Pom

Péi





Petit pays mental

Sorti d’un collage de Max

Ernst Sa «semaine de bonté »

Qui n’a rien d’une enfant de chœur

Portant l’encens des morts d’Ormans





Et pour l’Amour à un poil près

C’est au sous-sol que s’origine

Le monde caché de Courbet

C’est le sourire de Vénus

Que Lacan l’œdipien acquit

Avec l’argent de ses curistes





Mais de tout cela les artistes

Exposés à Orsay n’ont cure

Leur toile blanche les attend

Toujours toujours recommencée


	

IL NE FAUT PAS PERDRE SON SOUFFLE

Il ne faut pas perdre son souffle
Tant qu'il y a du monde
Qui souffle et souffre
Il faut persévérer

Une librairie spécialisée de New York

Brooklyn « Sketchbook project »

possède l’exemplaire unique

fait de collages, peintures et dessins,

soutenus par de courts poèmes

que je leur ai envoyé

Le livret compte 33 pages

Ils l’ont mis en ligne

ici

sur ce lien

LETTRE ART BRUT D’UN MORALISTE JOYEUX

premier jet
brut
comme on dit
d’un vin de Champagne

Jean Dubuffet                                                                                         Jean Jacques Dorio

à Florence Gould                                                                                 à l’Asphyxiante Culture





LETTRE ARBRUT

D’UN MORALISTE JOYEUX





Je vous assure que la copie à la main est la chose la plus agréable qui soit pourvu que l’on n’oublie pas de s’appliquer comme un gamin

Je vous assure qu’il n’y a rien de plus original que de dérouler ainsi les lettres les mots les accents et les signes diacritiques

Je vous assure que l’on peut simultanément affirmer tout son contraire et une troisième manière que je nommerais faute de mieux la troisième dimension

Je vous assure qu’il n’y a rien de plus asphyxiant qu’un musée rien de plus stimulant rien de plus inquiétant

Je vous assure que j’ai oublié chemin faisant ce que je voulais vous rapporter d’Égypte (Maat déesse de la balance me dit le livre que j’ai ouvert pour me venir en aide)

Je vous assure que les épidémies ça me connaît la peste puisqu’il faut l’appeler par son nom avec ses gens aux longs becs de noir vêtus soufflant leur poudre de perlimpinpin pour conjurer le mal attribué naguère à la punition divine

Je vous assure qu’ « il m’est doux en cette mer de faire naufrage »* avec la sensation d’échapper à l’asphyxiante in/culture qui perd les gens du commun et les individus riches capitaines d’industries Titanic

*e il naufragar m’è dolce in questa mare (Leopardi)

Je vous assure que je suis fort de ma vulnérabilité fragilité perte d’un être qui m’était le plus cher au monde

Je vous assure que l’absence de démesure et la conscience des certitudes basées sur l’ignorance me permettent de poursuivre cette écriture chancelante mais résolue

Je vous assure que c’est la mouvance et non la fixité qui doit devenir l’élément de mire de la pensée son objet constant

Je vous embrasse joyeusement

Jean Dubuffet

alias JJD





source plagiée

Lettre de Jean Dubuffet

à la mécène Florence Gould

dans les années 60 (siècle XX)

fac-similé de la lettre de Jean Dubuffet
JE VOUS ASSURE QUE LES MUSÉES
SONT LA CHOSE LA PLUS DÉTESTABLE QUI SOIT