FAIRE UN NOUVEAU POÈME NAGER CONTRE LA MARÉE DES MÉDIAS

Mais cette parole qui se lève à travers les poèmes, quelle que soit leur apparence, serait-ce la plus fragile, que répète-t-elle, sinon que la nuit n’est pas tombée encore et que nous n’avons pas le droit de nous abandonner à la solitude et au désespoir. Pierre Dhainaut

Il faut du temps et personne n’a plus le temps Il faut du vent et toujours nager contra suberna – « contre la marée » disait le troubadour Arnaud Daniel – Il ne faut pas de tapage ni de publicité Il faut être plus résistant que le buis et l’olivier Il faut sans cesse apprendre les règles et les écarts de la métrique Il faut aimer réciter chanter et/ou ne rien dire Il faut apprendre à contempler une page de poème comme une expérience de pensée Il faut mesurer la détresse d’une société qui ne reconnaît pas ses poètes Mais il y a mieux à faire que de s’en prendre aux pouvoirs, à la presse et à Sainte Télévision, qui les ignorent Faire un nouveau poème la pulpe d’un fruit dont l’avenir est le noyau

T’ENVOLERAS-TU ENFIN LECTEUR ?


Nager c’est voler
Voler dans le tourbillon
Du ventre de sa mer

Voler dans l’air
et les songes 
des splendides amours rêvées

Voler les lignes des livres
Découpées dans les poésies

Voler c’est nager
jusqu’à la page… 
Que l’on chérit
Libéré des contraintes
De la fausse vie


avec Gaston Bachelard, Arthur Rimbaud, Elisabeth Bing

L’ARIZE





La rivière de mon village

N’est dans aucune anthologie

Ni Nil

Garonne

Ni Don

Neckar

Tamise

Meuse

Ni Seine

Amazone

Mais c’est ma rivière

Où j’ai appris à nager

Pêcher Rêver

Où j’ai été sa forme changeante

Et ses couleurs





Elle sort cette nuit de mon lit

Et fait ses ricochets

Arize Arize Arize

De rive à rive

De berge à berge

Comme une gravure

Qui mord et creuse

Ce poème électrique

À contre-courant





Ni Nil

Ni Don

Mais de toutes les rivières du monde

Mon bel affluent





Un dictionnaire à part moi
texte en cours

l’Arize

RUMEURS DE PLAGE

écrit sur la plage
Rien de facile, et pourtant écrit dans ce paysage sans limites,
la plage, avec l'aide de la rumeur de la mer et le cri des enfants,
ivres de liberté.
Si une hirondelle de mer, une sterne au vol étourdi, passe et se
mêle à la polyphonie, à ciel ouvert, c'est un moment heureux,
avec ce monde-là qui se révèle à qui veut bien l'écouter.
Naturellement, il faut pour en jouir, avoir dit Non, résolument, 
aux pratiques que l'on voit proliférer autour de soi :
mots croisés, mot fléchés, et des plus grands maux, cette cap-
tation, l'œil rivé, un doigt glissant sur le portable, l'insupportable, 
comme l'avait baptisé à son apparition, mon ami ethnologue.
Cependant, lire "poètes et prosateurs", comme on disait jadis,
mais à petites doses, et en levant les yeux, ajoute au plaisir, 
et peut aussi le contrarier quelque peu...
Rien de facile, mais en attendant, nager insolemment, et oublier
nos infinis...
Un dictionnaire à part moi
17/08/2020