Je suis là dans la nuit
Je suis là cherchant
à éviter la venue
d'idées noires
Je suis là sans dormir
amusé de constater
mes vérités contradictoires
Je suis là façon belge
Norge Michaux Corbusier
Je suis là relisant les lettres
que m’envoya Philippe Jaccotet
Je suis là supprimant cette dernière affirmation
qui aurait l’air de faire la part trop belle
à ma petite personne (au sens premier)
Je suis là faisant une lettre destinée à la mort
avec la pointe fine de mon stylo
fin comme un bec d’oiseau :
Chère amante, J’espère que vous mettrez le plus de temps possible à venir me rencontrer, mais nonchalant de vous, vous pouvez venir me visiter quand bon vous semble.
Je suis là dans la nuit qui progressivement vire de noire à blanche
Je suis là privilégiant mes petites histoires aux grands récits
Je suis là rêvant de Mimi Pinson qui tant m’en fit
Je suis là pour en finir avec les cris et les rires qui jalonnent cet écrit
Tag Archives: noire
DIALOGUES TYPOGRAPHIQUES
– Toi qui écris cette série de dialogues intérieurs, connais-tu « Dialogues Typographiques » ?
– Tout juste. Je viens de les relire.
– L’auteur a imaginé dans le coin à gauche et en haut de la page…une foule immobile
qui regarde et qui se tait.
– Oui et il a situé la scène…sur les bords de la Seine.
– Une nuit d’encre filant la métaphore coule sous les ponts.
– « Sous les ponts de Paris coule… la merde » chantait Béranger (François) dans une très longue
chanson prolongeant l’enragement de Mai 68 et baptisée par antiphrase « Paris Lumière ».
– Un chant tendre et pathétique qui me tire la nuit hors du sommeil. La foule qui entendait le bruit des sabots de fiacre sur les quais a disparu.
– Ai-je bien payé ma dette à tous ces flots d’hommes et de femmes se demande en bouclant sa page ce poète toujours en mouvement qui signait du nom énigmatique de Jean Tardieu.
Dialogues intérieurs IX
LA NUIT NOIRE
La nuit blanche est noire cette nuit d’équinoxe et de marins disparus
Nuit noire, noche oscura, b perdu, béances grises.
La nuit noire est blanche cette nuit où le maître de cérémonie gracie le taureau de Niaux.
Nuit noire qui passe ses chemins de la bouche jusqu’au fondement, qui charbonne les écorces géométriques et l’architecture pariétale.
Nuit noire que l’on boit dans la vigne bleutée et l’ivresse de l’arche.
Nuit noire où l’on puise dans le livre des mille recettes broyées dans le mortier, avec le maïs de toutes les couleurs et ses chansons de pilon.
La nuit noire est un cantique athée.
La nuit noire scande ses encres et ses défis dans les masques amazoniens des cochons divins.
Nuit noire qui aime la castagne, le brou de noix et les brouches de nos campagnes.
La nuit noire est blanche cette nuit, dans les poteries brisées de l’été, dans les pagnes et les boues où s’accouple le monde avec le fleuve Amour et ses poèmes insensés.

VERS INUTILES DE PURE POÉSIE
-J’ai besoin d’une feuille noire.
–Pourquoi donc ô poète
Quelqu’un t’a-t-il maudit ?
-J’ai besoin d’écrire ce dialogue impossible.
–Espèce de poisson ondoyant de sommeil.
-J’ai besoin d’une page blanche.
–Le temps d’un flux sur la grève.
-J’ai besoin de ce blog où l’écriture
ne sait sur quel pied danser.
-Comme les masques blêmes du néant ?
–J’ai besoin que ces lignes me déplacent.
–Mets sous la clef ce poème
Et n’en parle à personne.
-J’ai besoin de dire et de contredire
ces phrases d’un monstre sacré
qui ont glissé sur la page de ma nuit blanche.
–Songe effaré Tout se lève
Tout retombe Tout a flotté.
25/01/2020
23h25
en italique le lecteur aura reconnu ces « vers inutiles de pure poésie »
nommés ainsi dans la préface des Orientales
« Inutile signifie ici : n’ayant de valeur qu’en eux-mêmes,
et par rapport à rien d’autre,
et d’autant plus chargé de prix ».
Paul Bénichou
Le sacre de l’écrivain

dans l’espace ondoyant
d’une nuit