UNE NUIT QUI N’EST PAS LA NUIT

je suis dans une nuit qui n’est pas la nuit
Je suis dans une nuit qui n'est pas la nuit
Une hirondelle de mer y passe imitant les mobiles de Calder
Je suis dans une nuit nue et sans mémoire
Cent mémoires brouillées par celles
des poètes lyriques qui jadis se confiaient

Je t'ai aimée
Je t'ai perdue
Tu étais mon île
J'étais ton poète béni des dieux

Je suis dans une nuit qui n'est pas la nuit
C'est une sentinelle un sentier une fleur
Un oiseau qui émigre au-delà des mers


MONOLOGUE DE PLEINE NUIT

MONOLOGUE DE PLEINE NUIT

Scène un





« Une Voix Sans Personne »





Cette nuit je suis vraiment seul

seul seul seul

Là comme un imbécile au seuil

seuil seuil seuil

de mes champs de nuit

Au vrai je suis quand même content

temps temps temps

de pouvoir le dire et de le proférer

Ferré ferré ferré

Tiens voilà le premier visiteur

qui passe et se plante au lieu de la scène

sous les sunlights cassés liquides

Drôle de type ce Léo

Capable du meilleur comme du pire

pire pire pire





Scène 2

Passe un soupir

un petit soupir discret

avec un chapeau noir

et un habit gris





V.S.P

-D’où viens-tu ?

-C’est selon ?

VSP

-Selon quoi ?

S

-Selon le vent, mon compagnon de fortune et d’infortune…

VSP

-Et ?

S

-Et cette nuit, je viens d’un enterrement…

Un vieux rêve que j’ai porté en terre.

VSP

récitant

« Cette nuit j’ai rêvé que j’allais à mon enterrement »

S

-Oui, c’est une sortie de « poète »,

quand il y avait encore des poètes

qui se réinventaient dans une vita nuova,

dans la faille d’une étoffe de soi trouée,

saltimbanques capables de susciter toutes les merveilles

et les menaces qui dorment dans les mots.

VSP

-Longue traversée du désert, patin coufin,

Trobar leu et trobar clus.





Scène 3

La litanie des Si





Si je dois renaître que ce soit dans du bois bien vert

Si je dois mourir que ce soit assis sur la fourche de mon arbre mort

(celui qui date du « temps des cerises »)

Si je dois disparaître que ce soit dans la source d’un poème

Si je dois m’éveiller que ce soit dans la fiction autobiographique

Qui porte toutes les marques  de l’aventure poétique





Scène 4

JE SAIS BIEN …MAIS QUAND MÊME





Je sais bien que l’espérance d’une « poésie libératrice »

-comme on disait naguère de « l’école »-

Est morte et enterrée

Mais quand même je persiste et la pratique intensément

et en secret





Scène 5

Une Voix Sans Personne

s’immisce dans la voix d’un.e poète

né en 1907





Quand je suis né.e mon père m’a appelé René

et ma mère Renée

-ou c’est peut-être l’inverse

ils n’ont jamais été au clair sur le sujet-

Mon roi mage s’appelait André,

Comme ma reine mère, dont le « e » disparaissait,

quand on le prononçait.

Quand je suis né.e, avant les guerres,

Qui ont fait de l’Azur un carnage rougeoyant,

C’était – excusez-moi pour ce rappel obscène-

La Belle Époque !

Quand je suis né.e le peuple des prolétaires

Croyait dur comme Marx, aux « lendemains qui chantent ».

Quand je suis né.e, le coup de dés d’un poète phénoménal

s’abolissait dans le Cubisme.

Quand je suis né.e « Bergère ô tour Eiffel ! »

Porté.e par la chanson du Malaimé

et de la Maumariée…





(travail en cours)

POUR SECOUER BRAISES ET CENDRES DE LA NUIT

double page sur carnet kraft A6




POUR SECOUER BRAISES ET CENDRES DE LA NUIT





J’ai repris mon papier Kraft et le format A6

Je vais essayer de l’étonner lui jouer des tours d’araignaies (sic)

-première erreur non volontaire d’orthographe

mais comme il est interdit ici de raturer

il n’est en revanche pas interdit d’en profiter

pour d’araignée faire une araigne –





Ce règne de l’écriture en pattes de mouches appliquées

afin de reprendre, l’exercice passé, le sommeil

J’ai repris mon carnet préféré d’insomnie

avec le stylo noir 0,7 médium ou 0,5 pointe fine

C’est parfait





Voilà

Le premier jet où le petit homme a laissé son cheval s’égayer

« à sauts et à gambades » comme celui du cavalier de Montaigne,

le premier jet est terminé





Il s’agit maintenant de faire plus mesuré

plus raisonné

mais toujours avec ces graines de folie

qui secouent braises et cendres de la nuit





8 juin 2020 3h56

diction

SOLEIL DES YEUX ET MUSES OBSCURES DE LA NUIT

dans la nuit
18 mai 2020
2 heures
manuscrit avec hypnographies


Une voix intérieure
Me fait vibrer les lèvres
Je ne sais quelle muse
Obscure de la nuit
M'emporte au royaume
Où les morts et vivants
Croisent leurs expériences

Je vois les acrobates
Préparant leurs prouesses
Sur la boule en jouant
De leurs corps de serpent

Je vois Cha-U-Kao
Cette clownesse peinte
Par le roi des nabots
Génie de la palette

Je fais du Grand Palais
Un bazar où l'on peint
La vie des grandes filles
Les secrets de famille

À minuit sonnerie
Mes rimes s'assonancent
Ma cavalière rit
Effeuillant la mémoire
Ses dents sont rouge sang

Cours vite et va loin
Ici tout n'est que cendres



JE NE SAIS PAS FERMER LES YEUX

une page
écrite les yeux fermés
Dorio
17/05/2020
Je ne sais pas fermer les yeux
d'un premier somme de la nuit
sans les avoir préalablement
laissés courir sur les pages d'un livre

Une fiction une manière de s'oublier
dans un monde lointain étranger
au vieil enfant qui passe ainsi
de son identité à son inidentité

Mais laquelle est la plus vraie ?
Nous demandent Shakespeare ou Lopé ?

Plus on vieillit plus des voix bruissent
sur la scène d'un théâtre
d'éclairs de tempêtes de bruit de portes
et de soupirs qui troublent nos mémoires

Qui parle alors en soi ?
Quelle étrange personne nous invente
ivrogne gueux 
soldat sans patrie
ou roi découronné ?