BOUTS DE TEXTES

Je perds sans cesse des bouts de textes

C’est ainsi écrire et perdre

Comme un tissu qui s’effiloche

Accrocs de l’espace et du temps

Bon vent mauvais vent

Quand les absents ont toujours tort

Et les présents s’amoncellent

Sous le sapin des souvenirs

On regarde la vague

Et l’on se dit que les guerres prolifèrent

Les fracas des haines emportent au loin les enfants

Alors nous pleurons sans larmes

En attendant l’aurore

Danielle Nabonne

Pour Poésie mode d’emploi

PLUS RIEN À PERDRE

PLUS RIEN À PERDRE

Plus rien à perdre
(perdre la face
figure frimousse)

Dans ce petit val
qui mousse de rayons
Où s’oublie

Ivre de soleil
L’alouette
 la lauzeta des troubadours :


s’oblida
e laissa cazer
per la douçor
qu’al cor li va

Plus rien à perdre
Sur le chemin 
Qui touche à sa fin

Mais que l’on continue
Comme jamais
À fatiguer


Coudre et recoudre
Faufiler
Quelque part dans l’inachevé


avec Rimbaud, Ventadour et Rilke





NAISSANCE D’UN POÈME

manuscrit
ce 13 avril 2020

écrit de minuit à 1h45

Mes écrits ne connaissent aucune certitude qui me satisfasse à moi-même

Aussi ne fais-je pas profession de savoir la vérité ni d’y atteindre

J’ouvre les choses plus que je ne les découvre

Pierre Bayle (1647-1706)





J’écrirai le mot fin comme arrivé au port

Cette fin n’est autre qu’un recommencement

Raymond Queneau (1903-1976)





Naissance d’un poème

C’est bien prétentieux

Alors disons d’un texte

Un tissu une pièce

Que les mots vont filer





Celui-là déjà marche

On le voit progresser

Une illusion optique

Sur cette horloge blanche

Aux aiguilles arrêtées





Ça reprend par gambades

Hésitations d’un temps

Mouvements sans boussoles

Ça fait un peu ronron

Ponge eût été ronchon





On ne sait qui l’écrit

On ne sait qui le pense

À petits vers comptés

Sans souci de la rime

Ou du sens à donner





C’est une parenthèse

Une lexie banale

Évitant les effets

Les excès nombrilistes…

Le voilà achevé





Non ce n’était qu’un leurre

Achever je ne sais

J’ouvre au hasard mes lignes

Ouvrir passer se perdre

Et ne rien regretter





13/04/2020

commencé à la main autour de minuit

dernière ligne à 01h45

recopié sur le clavier

avec deux mots changés