UNE RIME ÉQUIVOQUÉE





On peut se tromper

-d’ailleurs on se trompe-

Les provençaux disent

« Je me suis manqué »

Et les madrilènes

« Me he equivocado »





Une équivoque dans la rue :

Pardonnez-moi

Je vous avais pris

pour un un.e autre





Une équivoque dans la vue

Et l’ange a perdu ses ailes

Comme c’est étrange dit Prévert

Le prince des mensonges





Et le prince dément, songe,

À cette rime équivoquée.

PRÉVERT FOR EVER





Encore Prévert

                                                                      C’est pas sérieux            

Pour un septa

Aux cheveux blancs

Paroles Paroles

Gai comme ses pieds

Bête comme un pinson





Encore Jacquot

Chasse à l’enfant

Bandit ! Voyou !

Grand chenapan !

Et tous galopent

Après lui

Et tous oublient

L’enfance de l’art

La comédie





Les dédicaces

À Jacques Laurel

Prévert Hardy

Marianne Oswald

Et à tous ces Intellectuels

Qu’il ne faut pas laisser

Jouer avec des allumettes





Mais Prévert ce matin

C’est pour toi mon amour

Que j’ai souvent amené

Au quai aux fleurs

Des poèmes et des poésies

Que l’on dit l’un l’autre

Dans la pluie la grêle

Et parfois le beau temps





Pour toi mon amour

Et nos chansons dans le sang

Le bon et le mauvais

Qui pour ta fin

A mal tourné





Je relis Prévert

Qui est mort à 77 ans

En 1977

Juste le jour

Où nous nous sommes rencontrés





Quel jour sommes-nous

Nous sommes tous les jours

Mon aimée

Nous sommes toutes les nuits

Où nous continuons à nous aimer

Bien après notre vie

Bien après notre mort

Quand des inconnu.e.s

Picorent encor nos pages d’écriture

Comme des oiseaux-lyres

D’un siècle sur l’autre





Prévert for ever

Réel et surréel

Terrifiant et marrant

Nocturne et diurne

Solite et insolite

Beau comme tout


	

ET LA FÊTE CONTINUE !





Ceux qui pieusement…

Ceux qui copieusement…

Ceux qui croient…

Ceux qui croient croire…

Ceux qui ont des plumes…

Ceux qui flottent et ne sombrent pas…

Jacques Prévert





Le beau temps est revenu

Mais tous les gens se terrent

Rue d’Rivoli Boulevard Haussmann

Il n’y a personne courant les rues





À la campagne c’est bien pis

Les blancs moutons

Bergers bergères

N’ont plus droit

À la prairie

Adieux gambades

Le cœur en fête

Tous aux abris !





Y a quelque chose de pourri

La maladie occupe l’espace

On compte les morts du Corona

C’est le virus qui provoque tout ça

Le méchant le salaud

Qui passe de peau à peau





Mais on l’aura c’est promis
Si chacun reste chez soi
Confiné mais pas con fini
Pourvu que dans son jardin
Des lettres et des mots
Il échange vers à vers
Les poèmes joyeux
De Queneau ou d’Prévert








le titre a été piqué à Prévert
mais tout lecteur qui sait
faire la fête aux mots 
les plus simples
s'en était douté

IL Y A L’HOMME





il y a l’homme industrieux

il y a l’homme diplodocus

il y a l’homme qui a des puces

il y a l’homme de Marennes et d’Oléron

il y a l’homme du Devon et du Connemara

il y a l’homme de Prévert qui déconne à plein tube*

il y a l’homme polymorphe pervers

il y a l’homme d’Ajar Gary qui se suicide

il y a l’homme scorpion « comme le scorpion mon frère »**

il y a l’homme tigre du Bengale qui se prend pour Borges

il y a l’homme mère des jeux de l’enfance et des arts

il y a l’homme squelette qui joue de l’hélicon

il y a l’homme Boris Vian avec sa trompinette

il y a l’homme qui conduit sa loco comme une bête

il y a l’homme Charlot sa canne et son chapeau

et la petite Paulette Goddard avec qui i s’barre***





* « Quand je serai mort, ils n’ont pas fini de déconner. Ils me connaîtront mieux que moi-même. »

Jacques Prévert

** « Comme le scorpion mon frère Tu es comme le scorpion » 

Nazim Hikmet

*** « C’est la dernière image du film Les Temps Modernes Charlie Chaplin Avec la p’tit’ Paulette Goddard
Main dans la main Ils se barrent Le vagabond, sa vagabonde Leur amour pour conquérir le monde »

Claude Nougaro

LA LANGUE DES CLANDESTINS SAIT ATTENDRE





C’est un sentiment étrange

                                                           -comme « être ange »

                                                                un peu pervers

                                                            de l’ami Prévert-

Je suis en train de commencer

une écriture

que quelqu’un -me semble-t-il-

a déjà lue





Mais curieusement

au lieu de me « couper les ailes »

-me couper d’Elle

car c’est une lectrice

qui me court-circuite-





au lieu de rompre

les fils du texte

je le poursuis





je lui ajoute

ces alongeails

qu’affectionnait Michel

sur ses pages

écrites à Montaigne





cependant pour l’instant

je vais ôter ma pièce

du circuit

la dissimuler

aux yeux de cette Françoise

-une manière de la nommer-

qu’il faut tout de même

un peu désorienter





la langue des clandestins

sait attendre









13/02/2020

10h11