GESTES BARRIÈRE





Gestes barrière Arrière Corona !

Geste du desdichado : se pendre au réverbère.

Geste chimère : ôter ses sandales d’or

et plonger dans l’Etna.

Geste Molière : se parer de son habit de scène

pour sa dernière représentation.

Geste Voltaire : sauver la mémoire de Calas.

Geste en l’air d’un calligraphe

qui mime le vol des oies sauvages.

Geste incongru : aux chiens j’apprends

la Rhétorique.*

Geste tout court : il court il court

le gibier du texte,

que nul chasseur n’attrape,

lançant en vain ses rets

de Sémantique.





*Mathurin Régnier (1573-1613)





25/01/2021

QUAND LES MOTS RÉVERBÈRENT





Les mots réverbèrent entre eux,

ce sont matière et manière

d’une écriture.





Nerval se pend au réverbère.

Personne ne sait pourquoi.

Ce qu’il nous dit, parce qu’il l’écrivit,

c’est que le rêve était pour lui

une seconde vie.





Les mots réverbèrent et divaguent entre eux.

Mallarmé s’y complait :

« Rien cette écume, vierge vers

À ne désigner que la coupe. »

Écume des jours, coupe qu’on lève,

« pour des lèvres que l’air du vierge azur affame ».





Les mots réverbèrent et font l’amour

sur les murs de Mai 68,

Jouissez sans entrave,

Sous les pavés la page.





Les mots réverbèrent chez Verlaine, Paul-Marie,

en vers impair, son préféré :

« Sans rien en lui qui pèse ou qui pose ».





Les mots réverbèrent sur « la mourre,

jeu du nombre illusoire des doigts ».

« Et la girande tourne Ô nuit ô belle nuit ! »

(Apollinaire)





quand les mots réverbèrent

entame musicale « Astronomy Domine » Pink Floyd