UN TEMPS SANS MONTRE





J’ay un dictionnaire tout à part moi
Je passe le temps…quand il est mauvais et incommode
Quand il est bon je ne veux le passer
Je m’y tiens
Montaigne

Je vis un temps sans montre
Montre au poignet
Et montre comme on dit « il s’exhibe » 
« Il se montre »

Je vis dans la durée vécue du maintenant,
Dans les livres (ma patrie)
Dans l’Histoire et ma micro-histoire
(qui me fait vivre le temps présent comme l’avenir du passé)
Dans l’écriture
(antidote à une identité figée)

Je vis Mes humanités contrariées
Par les ravages de la modernité,
Dont le consumérisme effréné
Est le symbole

Je vis en retrait
Cultivant l’anticonformisme
…et la convivialité


SORTIR DE LA DURÉE

SORTIR DE LA DURÉE

Et quand personne ne me lira, ai-je perdu mon temps de m’être entretenu tant d’heures oisives, à pensées si utiles et agréables ?

Ai-je perdu mon temps de m’être rendu compte de moi si continuellement, si curieusement ?

Car  ceux qui se repassent par fantaisie seulement et par langue quelque heure, ne s’examinent pas si primement, (« finement ») ni ne se pénètrent, comme celui qui fait son étude, son ouvrage et son métier, qui s’engage à un registre de durée, de toute sa foi, de toute sa force.

                                                                             Michel de Montaigne





La pirogue issue d’un seul tronc d’arbre, les deux piroguiers, indios panares, venus chercher leurs visiteurs aux barbes étranges, étrangers, pour leur faire traverser, réellement et symboliquement, el río Cuchivero, affluent de l’Orénoque. Ce passage remémoré un demi-siècle après, entre deux temps distincts, celui du calendrier, des montres et des pages d’écriture, et le temps-autre des paroles, contant au rythme des hamacs, les mythes circulaires et collectifs, qui nous plongeaient dans ce passé d’où remonte le futur. En écoutant ce soir Palestrina, je rature inconsciemment le palimpseste de mes mémoires enfuies, tentant vainement de sortir de la durée : ces moments d’éclaircies où la mort est absente.

JJ Dorio UN DICTIONNAIRE À PART MOI (texte en cours)



EXERCICES D’OUBLIEUSE MÉMOIRE





UN DICTIONNAIRE À PART SOI

MONTRE

Depuis que je vis « en retrait », je n’ai plus de montre au poignet. Je la remets, uniquement, quand j’ai un rendez-vous médical. Allez savoir pourquoi ? Pour l’instant, touchons la caisse de ma guitare, je vis à septante-cinq ans, sans prendre un médicament. « Et j’espère devenir vieux ! », comme dit la chanson cajun. Mais c’est pas gagné.

OXYMORE

Un petit exercice pour faire travailler votre « oublieuse mémoire » :

l’oxymore le plus connu est « l’obscure clarté ».

Sans tricher, avec votre « gougueule d’atmosphère » :

1 pouvez-vous retrouver l’alexandrin entier de « l’obscure clarté »

2 son auteur 3 le titre de l’œuvre d’où la citation est tirée. ?

VÉRITÉ

Mes écrits ne contiennent aucune certitude qui me satisfasse à moi-même, aussi ne fais-je pas profession de savoir la vérité ni d’y atteindre…J’ouvre les choses plus que je ne les découvre.

Je signe des quatre mains cette ouverture de Pierre Bayle, né en 1647, dans un village de l’Ariège, proche du mien. Lui au Carla, moi à La Bastide de Besplas, en 1945. Je disparaîtrai, il restera.