Respirer tout court
Inspirer expirer
Côté jardin et côté cour
Je souffle sur mes doigts
Calcule dans ma tête
L’itinéraire restant
Respirer no más
Sur les hauts plateaux
L’altiplano péruvien
Je l’ai fait Je m’en souviens
L’air brûlait nos poumons
Sur les sentiers de la création
Author Archives: Jean Jacques Dorio
AU BOIS DORMANT DE NOS NUITS BLANCHES
Un mot de sang en gorge
Qui sent ce monde qui souffre
Et souffle et n’en peut mais
Un mot de neige imaginaire
Sur cette page pour traverser
Le bois dormant de nos nuits blanches
Un mot d’aurore sur nos paroles
Sur cette ardoise de nos enfances
D’un art ouvert à la ferveur des amoureux
QUELQU’UN QUI PARLE DANS LA NUIT
Quelqu’un qui parle dans la nuit
En lisant des poèmes qu'il se donne l'illusion d'écrire
Que personne par conséquent n'a jamais lus
Des poèmes à qui il voudrait faire un sort
Et qu'il donne en pâture sur sa page
aux mots fourmis aux nuages à l’oubli
On ne saura jamais se dit-il qui les écrivit
Divisé mécontent sans espoir
Ou bien Uni dans la joie en chantant
Quelqu’un (croiront ses lecteurs peut-être)
Qui voulait renouveler le monde
De sa belle Utopie
Multipliant les mots de passe
Amont aval remous regrets
Remords râle gazouillis
Quelqu’un qui passe et disparaît
Quand tous les morts sont partis
Au grand bal des poésies
LES SECRETS D’UN JARDIN
SECRETS DE JARDINS
Forcément, chacun cultive son jardin ou le laisse à l’abandon.
Ces derniers, outre les ronces, euphorbes ou matricaires, sont peuplés d’espèces venues des quatre coins de la planète Terre, le robinier faux acacia, le buddleia de David, la renouée du Japon.
C’est une aubaine pour les oiseaux du ciel qui viennent y nicher au risque de se faire dévorer par les chats maraudeurs.
Dans l’autre cas, celui du jardin cultivé, le jardinier remue ciel et terre pour que chaque fleur reçoive sa part de lumière, la noire comme l’irisée.
Et ça donne les fleurs du mal du poète du Spleen, la fleur absente de tout bouquet du Symboliste, le bariolage des Baroques, le jardin imparfait de l’auteur des Essais, et celui de mon père, qui fut sa gloire et dont je cultive les Regrets.

mon petit carré d’herbes folles
Aux Martigues le 5 mai 2024
REVENUE DE L’ENFER
Revenue de l’enfer
Je découvre les poèmes
de cette résistante arrêtée
que ses bourreaux envoyèrent
à Auschwitz puis à Ravensbruk
Écrits en 1945
Elle les conserva avec elle
les soumit à l’épreuve du temps
et n’accepta de les publier
que vingt ans plus tard
Comment donc a-t-elle tenue
Elle qui vit tant de sœurs camarades
mourir
Tant de beauté tant de jeunesse
Toutes un courage des temps romains
Revenue d’entre les morts
Elle croyait que ça lui donnait le droit
de parler aux autres
Mais elle disait aussi
que là-bas elle avait appris
qu’on ne peut pas parler
à ceux et celles qui ne dormiraient plus
s’ils si elles croyaient à ces histoires
de Revenants…
Ce poète qui nous avait promis des roses
Il y aurait des roses sur notre chemin
Quand nous reviendrions
avait-il dit
Des roses
Le chemin était âpre et sec
quand nous sommes revenues
Le poète aurait menti ?
Non
Les poètes voient au-delà des choses
et celui-ci avait double vue
Si des roses Il n'y a pas eu
C'est que nous ne sommes pas revenues
Et de plus
Pourquoi des roses ?
Nous n'avions pas tant d'exigence
C'est de l'amour qu'il nous aurait fallu
Si nous étions revenues
Charlotte Delbo
Poème écrit en 1971