EXERCICES D’ÉCRITURE D’UN INSENSÉ

 Je ressors du grenier une centaines de fiches de toutes les couleurs (10×21 cm), sur lesquelles jai écrit des lignes et des lignes, chaque nuit, comme un insensé. Les mots accumulés (bien que souvent venus « au compte-goutte ») étaient comme de petits dieux de passage que je suivais  innocemment : un lézard amoureux par ci, les rêves dun papillon par là, et même un trou noir photographié pour la première fois au centre de la Galaxie M 87, tout ce qui passe au fil de la plume nous faisant oublier combien il y a loin de la coupe aux lèvres. Je ressors du grenier ces fiches regorgeant détranges étrangetés, exercices tracés à la pointe dun stylo simaginant calame. Le K, lâme de cette nouvelle de Buzzati que jai faite à chaque rentrée lire à mes élèves collégiens qui lauront pour la plupart, et pour leur plus grand bien (ou mal, lhésitation est permise), oubliée. Le K animal débonnaire et porteur de la pierre dimmortalité, était pris par lenfant héros comme un monstre quil ne fallait pas approcher. Croiser et recroiser, ces obscures clartés, collages intempestifs exposés au Moma (Mona Lisa des Champs : LHOOQ), « exercices dexorcismes » à la Michaux, où lon fait halte une heure, en balbutiant quelques mantras à son papier. Une heure, où lon est successivement fourmilier aperçu dans le llano vénézuélien, lézard amoureux de Char, papillon de Tchouang Tseu, arbre qui cache la forêt de symboles abolis.

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UN TYPE BONHOMME INDIVIDU POÈTE PROSATEUR ET ARBRE QUI CACHE LA FORÊT

Où donc à quelle époque ai-je connu ce type
à la fois poète et prosateur et tout un
bonhomme À tout faire je m’aperçois alors
que cet individu n’est autre que moi-même
Oh dans quelle galère alors je me foutis
Raymond Queneau 
Les formes de ma vie sont ainsi entrées les unes dans les autres.
Chateaubriand

Je suis un juif en quête d’identité.
Je suis un sdf noir dans Lower Manhattan.
Je suis Dorio inscrit sur le mémorial des morts du Vietnam à Washington.
Je suis inscrit aussi au paradis artificiel des poètes que nul ne connaît.
Je suis l’arbre qui cache la forêt de la bibliothèque de Babel.
Je suis la salamandre gluante des sources de fer rouges du Moudang,
près des granges où les bergers du Haut Aragon surveillent las ouèillos.
Je suis le tourniquet du temps et la flèche de Zénon d’Élée
qui n’atteindra jamais son but en blanc. 

Je suis le dernier carré du champ de coquelicot
où tu t’es assise un soir de printemps
en me disant :
si je meurs avant toi, mon cœur,
c’est là que tu viendras me retrouver,
chaque dimanche en secret,
et que tu me feras entendre 
une chanson toujours renouvelée.

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LA NUIT VERTE

C'est la nuit verte
la malachite sort de l'Oural

C'est la nuit verte
qui joue du coude dans la trompette de Gillepsie

C'est la nuit verte
qui renverse les cuves des teinturiers du Roi

C'est la nuit verte
qui s'accroche aux doigts du duende de Lorca
C'est la nuit de squelette qui danse la jota


C'est la nuit verte
de la fougère et du jus d'ortie

C'est la nuit verte
du ver luisant de l'Utopie


C'est la nuit verte
qui se confond avec l'azur
C'est la nuit de myrtes qui grimpe aux tours génoises


C'est la nuit verte
qui cerne les yeux des immortels

C'est la nuit verte
de Gay Lussac un mois de mai effervescent


C'est la nuit des Hopis et des holothuries

C'est la nuit verte
qui disparaît jusqu'au printemps

C'est la nuit verte
Sous le soleil de Satan

C'est la nuit qui se consume jusqu'à l'aurore
dans le sablier obscur du temps

Première fois ici ? Laissez-moi vous dire pourquoi cette émission est géniale !

FAIRE DES VERS PAR D’AUTRES RENOUVELÉS

La matière demeure et la forme se perd Ronsard
La matière s’évapore et la forme persiste Caillois
Ma manière d'écrire forme l’humaine matière



Tu es celui
Qui fait des vers
Tirés des nuits
D’Apocalypse

Et tu es celle
Qui fait des eaux
D’où sort l’enfant
Le nouveau-né

Tu es un monde
De voie lactée
Mille soleils
Dans ta cervelle
Dansent des rêves
Démesurés

Tu es un livre 
D‘anthologie
De lettres vives
De fleurs séchées

Tu as du mal
Avec Satan
Ça tend ça tangue
Et ça déchire
Tes feuillets d’encre
Métaphysique

Mais tu persistes
Quelque part dans
L’inachevé
Afin qu’un.e autre
Longtemps après
Fasse des vers
Renouvelés