DITES-MOI OÙ N’EN QUEL PAYS









Dites-moi où n’en quel pays

chantait Gastibelza

l’homme à la carabine

Léandre le Sot,

Pierrot,

ou la nonne 

doña Padilla del Flor





Dites-moi si vous connaissez

Berthe au grand pied,

Biétris, Allys,

La vieille maugrabine d’Antequerra

et la frêle enfant,

méchante





Dites-moi si mon chant vous remémore

les neiges d’antan

Danser chanter dans la Tour Magne

Prendre le voile à Tolède

Franchir avec Cassandre le buisson

D’un saut de puce





Dites-moi pourquoi ces poésies et ballades

de Villon, Verlaine, Hugo,

chantées par l’illustre Brassens

me rendent fou, fou, fou.

UN CRÉTIN SECTAIRE





Par malheur sur terre 
Les trois quart des tocards
Sont des gens très méchants
Des crétins sectaires
Ils s‘agitent Ils s’existent
Ils s'emploient Ils déploient
Leur zèle à la ronde
Ils emmerdent tout l’monde

Brassens (Chanson posthume)


Il n’est pas difficile dans la connerie ambiante
De couronner ce con de roi
Qui sur les chaînes de télé plastronne

Pétainiste crasseux il se prend pour de Gaulle
Misogyne assumé c’est pour mieux protéger ses maîtresses et ses femmes
Et Croisé moyenâgeux il veut expulser tous les hérétiques
Du Royaume de France

(la liste n’est pas close)


02/12/2021

SUR LA PAGE FEU FOLLET





J’aime baroque baraque barrique
Baron perché sur l’arbre mort
En attendant Godot

J’aime le masque la mascarade
qui ne fait pas dans la dentelle
et Carnaval des géants du bon Rabelais

J’aime la rage, l’an rage 1,
le coup de rein pour me sortir de la mélasse du langage
pris dans les rets

J’aime la salle des pas perdus
la passe le passage du souffle
sur la page feu follet

J’aime les larmes les armes de la poésie
les arts lézard qui pleure
sa lézarde enfouie

1 dorio encres vives mai 1980


01/12/2021


C’EST QUOI CETTE FOLIE ?





Et de ceux qui le soir avec un bâton blanc
Tracent des cercles sur le sable

Victor Hugo
Les Orientales


C’est quoi cette folie
Comme un fruit défendu
C’est une poésie
Arrêtée suspendue

Elle est orientale
Traçant des cercles sur le sable
Comme un fruit à l’essai
Est-il vert est-il mûr ?

C’est une poésie
Sur les lèvres endormie

Sur le jardin d’hiver
Brumeuses rêveries
Que nul fil ne relie

LES QUATRE ÉLÉMENTS





Je suis tout feu tout flamme
Je suis l’eau remontant à mes sources
Je suis l’air de rien
Je suis la terre des Dorio (tous laboureurs)

Je suis le souffle qui ravive dès matines les braises du foyer
Je suis l’eau de l’orage sur le visage de Rrose Sélavy
Je suis la terre que le blé vert adoucit
Je suis l’air dont s’abreuve l’alouette de Ventadour

Je suis poète contumace1 à l’esprit follet
Je suis la mer la mer toujours toujours recommencée2
Je suis la mère Terre 
(va-t-elle mourir la Mama ?)
Je suis Phénix qui écrit des poèmes après Auschwitz*


1 Tristan Corbière 2 Paul Valéry 

*Dans cette ville (Francfort), Theodor Adorno a prononcé une grande phrase : on ne plus écrire de poèmes après Auschwitz. Disons-le autrement : après Auschwitz on ne peut plus respirer, manger, aimer, lire. Mais quiconque a déjà inspiré une première gorgée d’air, quiconque s’allume une première cigarette a décidé de survivre, de lire, d’écrire, de manger, et d’aimer.
Heinrich Böll