J’ai envie de m’écrire un petit poème
un petit proème sans prolégomène
qui mène l’hourloupe des mots
à la baguette mais sans mesure
ni démesureUn petit poème entraînant tropes et troupeaux
à la fontaine Bellerie des amis du seizième
Étienne de la Boétie Jean Antoine de Baïf
Olivier de Magny et tutti quantiToutefois point n’êtes obligés de les connaître
et aucune leçon ne vous ferai
Juste ce simple poème petit chétif
Qui vogue à présent sur ma page
Au hasard à l’estime
Tel un esquif
Il voit les soleils se coucher
dans le soleil de ressemblance René NelliJe mange à petit feu le dictionnaire rare
Les lignes manuscrites de quatre en quatre vers
Impeccables pour le rythme le compte des « e » muets
Le dictionnaire rare des fleurs en leur courtilDu torrent désentravé des prisons abracadabrantes*Sous le lyrisme affirmé les cycles naturels
Les images la respiration verbale
L’amour métaphysique se heurte au néant
On voudrait l’oublier s’interdire ces grands noms
Depuis longtemps brisés par les modes éditoriales
Mais maladroitement nous sommes entraînés
La main court sur la feuille
Grattant le palimpseste insomniaque
Qui nous ressemble*René Nelli (La vie que s’interdit la vie)
Collections manuscrits Encres Vives 1969
la main court sur la feuille grattant le palimpseste insomniaque Dorio: Miroir de Miró
JE ME PERDS DANS LA PAGE des partis pris de Ponge de l’huître au gosier de nacre et de son obsession pour la tiare bâtarde Je me perds dans Michaux Cloué au lit par une méchante fracture me voilà inventant toute une cavalerie qui passe après la bataille Je me perds dans l’ange sombre de la Melancholia d’Albert Dürer mélas : noir kholè : bile Obscurités non obscures Je me perds dans l’éternité retrouvée la mer allée avec le soleil le pavé disjoint de la cour de l’hôtel de Guermantes Je me perds pour mieux me retrouver dans les pages de Ponge faisant face avec Michaux à ce qui se dérobe le soleil noir de la mélancolie l’éternité de Rimbaud la vocation révélée au narrateur de la Recherche
je me perds dans cette autre page signée : « le Banni de Liesse »
Poésie : un arc un souffle une voix
Un rien de rien un battement d’exil
Jamais assez de ses blessures et de ses joies
De son temps qui n’est pas celui du calendrier
et ne s’inscrit sur aucun écran d’ordinateur Elle procède par bonds et par replis
Les semelles de vent Le coude sur la tableInnocente mendiante pauvre première venue
C’est pourtant l’humaine mesure
dans le monde délabré d’aujourd’hui
Paroles dorées paroles timides paroles des places
où elle donne du sens aux mots de la tribula mort l’amour la liberté
Des vers rimés qui t’enriment
Marot le rimailleur
Et Théodore de BanvilleJe défends que l’on m’imprimeDes vers rimant la déprimePiètre plaisir intime
Quand la planète regorge de maux 1Des vers rimés sous la lime
Pour les faire haut atteindreContre vices à toute heure
Soit nonne ou prime 2Des vers rimés savantissimesDoctime amie qu’Amour anime 3
Des vers rimés de pacotilleQu’elle boive la roquille
Qu’elle folâtre ou gambille 4Des vers rimés qui la refusentJe n’inscrirai pas votre nom
Trop riche serait la rime 5Des vers rimés vaille que vailleAdieu frou-frou genoux bisous rimailles 6
Des vers rimés mis en abymeEt qui s’escriment, vers holorimesDes vers rimés de nulle raisonVoici les mains vides
Et vide l’horizon 7Des vers rimés à TréblinkaMon mal meurt mes mains miment 8Des vers rimés à l’Oulipo
Ouliporimes de RoubaudCertains font zaoum
Et d’autres font des vents des pets et des pommesDes vers rimés – mes préférés- équivoquésQui balance en ce
Jardin la première mésange
Puis les pinsons tous les oiseaux mes anges 9Des vers rimés une fois une seule
Cette farandole va s’achever
Il est temps de changer son rôle
Et de prendre des champs la clef
1 Louise Herlin (1925- ) 2 Jean Meschinot (1420-1491) 3 Jean de la Gessée (1550-1600) 4 Claude le Petit (1638-1662 brûlé pour ses écrits) 5 Bernard Delvaille (1931-2006) 6 Norge (1898-1990) 7 Jean Cayrol ( 1910-2005) 8 Robert Desnos (1900-1945) 9 Jacques Charpentreau (1928- 2016)