
IMAGE / LANGAGE l’imagination à la flexion du verbal et du non-verbal

Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

J’ÉCRIS TROP J’IMAGINE à dada sur mon papier
J’écris à propos de tout et de rien
J’écris du vent dans les branches de sassafras 1
J’écris ça à ma petite lingère
J’écris pour le luth et pour les cœurs simples
J’écris pour ma grand-mère la dictée éternelle de son certificat d’études
J’écris des petites choses qui font plaisir qui flattent ou qui embêtent 2
J’écris des œuvres anthumes pour la postérité
J’écris en feuilletant les écrits des autres
Ces pages d’un temps autre
Ce temps qui ne passe pas
1 René de Obaldia (22 octobre 1918-27 janvier 2022) 2 Émile Berr (6 juin 1855- 9 octobre 1923)
J'écris noir sur blanc avec beaucoup de blancs dont j'ai besoin pour écrire un poème
J'écris sans hésiter mais si lentement que quand je me décide j'ai éliminé ce qui m'était venu à l'esprit d'emblée
J'écris dans la nuit blanche des poèmes antérieurs à toute écriture comme un chant itinérant
J'écris d'un lieu à l'autre me balançant dans le hamac allongé dans le lit marchant dans les Andes péruviennes
J'écris devant le lac Titicaca et sur la pierre solaire du Macchu Pichu
J'écris avec le pinceau de Mi Fu :
C’est le va et vient du souffle qui fait que le trait est gros ici et maigre là
J'écris maigrelet des formes et des lignes esquissées esquisitas (délicieuses)
J'écris en noir de Chine des phrases sans mots
Dessinant sans que je m'en mêle mes hypnographies

avec le pinceau de Mi Fu
dorio 18 avril 2024
CENTON Pièce faite de fragments d’étoffes rapiécés, si l’on veut. Ou bien l’étoffe se transforme en textes divers puisés dans nos livres et que l’on « colle » l’un après l’autre. Des ajoutages lit-on dans les notes accompagnant les paragraphes mis bout à bout, d’une œuvre qui n’en finit pas d’être rafistolée. Ou bien des miscellanées, du latin « miscellanea » : choses mêlées.
J’invite lectrices et lecteurs au gré de leurs lectures d’apporter à leur tour leurs petites pièces, leurs petits bouquets de citations.
JJ Dorio auteur du blog Poésie mode d’emploi
…les citations, greffes capricieuses en apparence, impriment une magnifique éloquence au discours : les citations résidus culturels, s’incorporent de façon prodigieuse dans la structure car, au lieu de s’ajouter tranquillement au reste du texte, elles font en sorte que tous les deux s’entrechoquent, prennent une puissance imprévue et se transforment en un nouveau chapitre du livre.
Enrique Vila-Matas Paris no se acaba nunca Paris ne finit jamais
51
La poésie met le langage en état d’émergence.
La vie s’y désigne par sa vivacité.
52
Le mot OISEAU : il contient toutes les voyelles. Très bien, j’approuve.
Mais à la place de l’s, comme seule consonne, j’aurais préféré l’l de l’aile : OILEAU,
ou le v du bréchet, le v des ailés déployées, le v d’avis : OIVEAU.
53
Comme un couteau dans un fruit
Amène un glissant ravage
La mélodie au doux bruit
Fend le cœur et le partage
Et tendrement le détruit.
54
Ainsi se dessine l’utopie, la visée de ce blog intitulé,
un peu par provocation, un peu par dérision,
poésie mode d’emploi.
Ni modèle d’écriture toujours en mouvement,
ni, encore moins, modèle de vie,
mais, sans se bercer d’illusions,
incitation aux « extensions du domaine du don »,
sur les sentiers solitaires et solidaires
de la création.
55
Je veux rendre grâce au divin
Labyrinthe des effets et des causes
Pour la diversité des créatures
Qui composent le singulier univers
Pour Verlaine innocent comme les oiseaux
Pour le fait que le poème est inépuisable
Qu’il se confond avec la source des créations
Qu’il ne parviendra jamais au dernier vers.
51 Gaston Bachelard (27 juin 1884-30 avril 1962) 52 Francis Ponge (27 mars 1899-6 août 1983)
53 Anna de Noailles (15 novembre 1876-30 avril 1933) 54 Jean Jacques Dorio (24 mars 1945- ) 55 Jorge Luis Borges (24 août 1899-14 juin 1986)
Mon crâne Vanité que j’imagine mangeant le livre de ma vie
Mon alcool doux comme une épingle de nourrice
Mon chant de l’alouette sur la Terre de Feu
Ma mémoire d’éléphant rongée par la petite souris des sables
Ma cellule de base qui bat dans la nuit noire
Ma voix que tu ne voies plus un linge blanc fermant ta bouche
Mon carnet de houx vert et de bruyère en pleurs