J’écris une ligne et puis je marque un temps d’arrêt J’ai besoin de faire un détour dans ma tête de l’alléger de mes lectures de la journée sur l’actualité qui m’ont déchiré J’entends alors le tonnerre qui roule sur la mer par intermittence Je marque un second temps d’arrêt Cette fois consacré à quelques pages de mon livre de chevet J’apprends que la photo de couverture de Grand bal de printemps où l’on voit une petite fille sur un cheval de manège s’appelait Minoute C’était la propre fille de Jacques Prevert Minute papillon Papillon Mouton C’est ainsi qu’on appelait la paire de bœufs en Auvergne Ceux qui traçaient sans fin leurs sillons Comme les premiers poètes faisant leurs boustrophédons
JE SUIS JE NE SUIS PAS
Je suis par hasard né Dorio Et non Tardieu (Jean) ou Marx (Harpo) Je ne suis pas le veuf le ténébreux l’inconsolé (mais tout de même un peu) Je suis cet obstiné qui s’invente Mille et une identités Parce que chaque fois qu’une apparaît Il s’écrit : Sacrebleu mais ça ce n’est pas moué ! Je ne suis pas sur la photo des déportés du Camp des Milles Mais j’aurais aimé être celui qui a dessiné un cœur percé d’une flèche Avec trois mots à l’intérieur : La Liberté La vie La Paix
JE NE SUIS PAS JE SUIS
Je ne suis pas celui que vous croyez
Je suis au croisement
D’un mot dans ma tête
Et d’un qui parle au papier
Je ne suis pas celui qui écrit
quoi qu’il arrive
Je suis sur ma barque de nuit
entre deux rives :
la couleur de mes rêves
la douleur d’un monde amer
LE BON TEMPS DE LA VIE
Les poètes ont été le bon temps de ma vie
Gaston Bachelard
Le bon temps de la vie
Fréquentation des poètes
poèmes et poésie
Le bon temps de la vie
Le lointain intérieur
Pure joie de l’esprit
Le bon temps de la vie
Ce que dit la bouche
Dans un théâtre d’ombre
Le bon temps de la vie
Qui sautille et séduit
Les chats et les souris
Le bon temps de la vie
Surgi de la croupe et du bond
De l’écume et de la nuit
Le bon temps de la vie
Parler au papier en feu
Parler pour ne pas mourir
italiques Henri Michaux et Stéphane Mallarmé
J’ouvre un livre
J’ouvre un livre blanc
Vierge sans un mot écrit
Un livre secret
J’ouvre un livre noir
De repentirs de regrets
Écrit en enfer
J’ouvre un livre rouge
Porteur de millions de morts
Un livre maudit
J’ouvre un livre vert
Où chantait une rivière
Pour un soldat mort
J’ouvre un livre bleu
Mes yeux trempent dans un azur
Égratigné de vermeils
J’ouvre un livre jaune
Des amours délices et orgues
Le livre d’un faune
J’ouvre un livre ouvert
Sur les vivants et les morts
Sur ce je vous souhaite longue vie !