DIVAGUER DANS L’AZUR courriel 77

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G.A. à P.V.

Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir

P.V. à G.A

Patience, patience

Patience dans l’azur !

Chaque atome de silence

Est la chance d’un fruit mûr !

.

G.A. (26 août 1880-9 novembre 1918) le génie poétique de ce Guetteur mélancolique éclipsait tous les autres

P.V. (30 octobre 1871-20 juillet 1945) Il naquit à Cette et repose dans le cimetière marin de Sète

DISPARITIONS

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

Disparition XIV

Michel Leiris

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POUR LE MOMENT IL N’Y A PAS À EN FAIRE TOUT UN ROMAN

« Redisons-le, après d’autres, puisque la banalité mérite une place dans un éloge de la douceur : un écrivain, en tant que tel, est une sorte d’éponge informe, molle et fade. Qu’il ait, par ailleurs, des opinions, une personnalité, une culture, de l’intelligence, après tout, pourquoi pas ? Mais ce n’est pas ce qui détermine son travail. » Stéphane Audeguy (Éloge de la douceur)

Une disparition, certes, mais dans des circonstances si floues, qu’il faut laisser la primeur, pour le moment, à quelques lignes d’un échotier. Mais, quand même, à tout hasard, je note le nom et l’adresse : Pascale Charpelotte, place Henri Bergson, 8°.

Car autant le dire d’emblée, je suis dans cette phase inédite pour moi, où, après un premier roman qui a plutôt « bien marché », son éditeur m’a fait signer un contrat, dûment rémunéré, pour un second. Et donc, avant de m’y mettre vraiment, j’accumule les matériaux de récupération. Ceux que je lis dans mon journal, que je collecte copié/collé sur Internet, les faits-divers et les commérages, et ceux que je sors du bric-à-brac de ma boîte à outils personnelle.

Toujours assez émouvant les confidences d’écrivains, même si ça ne doit pas empêcher ses lecteurs de les ignorer.




OUBLIEUSE MÉMOIRE 31/35

…l’honnête témoignage de sa mémoire, un amoncellement de choses brisées, pacotilles miroitantes ou éteintes, désassemblées, et que nul ciment ou fil d’or ne relie.

Jean Vilar, Chronique romanesque.

31

Je me souviens qu’il est difficile d’aimer qu’il est difficile

32

Je me souviens de Jean Mineur jetant sa pioche sur la cible de l’écran du cinéma publicité

33

Je me souviens d’Achille au pied léger et d’Eschyle le chauve tué par une tortue lancée par un gypaète barbu

34

Je me souviens de la machine Singer qu’utilisait ma mère

35

Je me souviens que c’est beau la photographie (n’oubliez pas comme les frères Jacques de prononcer le « e » final)

MAI 68 ce commencement qui n’en finit pas 20/68

20/68

Mes rêves révèlent une sorte de mémoire palimpseste

 C’est un luxe après chaque réveil de mes songes d’endormi de pouvoir en laisser trace

Je suis dans une assemblée dernier carré de Mai 68 qui s’arc-boute dans une petite salle de l’Université de Lettres de Toulouse

Je prends la parole pour me désolidariser de leur action de désespérados 

L. une trotskyste avec qui j’ai des relations amicales vient me rejoindre à ma sortie pour essayer de me convaincre qu’il faut continuer le combat 

Mais ses propos s’effilochent et nos relations se transforment en préludes d’un autre ordre

C’est maintenant la rentrée des classes (j’ai quitté l’Université depuis 2 ans pour enseigner en collège)

 Je vois une pagaille d’élèves autour de moi mais je n’arrive pas en ce qui me concerne à retrouver la salle de classe qui m’a été attribuée (rêve récurrent)

Je croise C. vieux camarade d’Arreau (Hautes Pyrénées) qui me dit avec autorité :-

Tu dois établir un contact avec le ministère

Je rêve à présent que je pèche avec une gaule en bambou dans un étang

Un grand type arrive près de moi avec un chien tout vert qui se métamorphose en gros poisson plonge et disparaît (28 août 1984) 

Je suis devant un stade et n’arrive pas à trouver l’entrée

J’entends la rumeur des spectateurs à l’intérieur Je vois sur une pelouse annexe des joueurs se préparer

Et puis me voilà sur un cheval de cirque ou de carnaval…

Je fais ondoyer une longue banderole, sur laquelle on peut lire :

CE N’EST QU’UN  DÉBUT  CONTINUONS  LE  COMBAT !