J’ÉCRIS DANS UN TEMPS INTERROMPU (ni ininterrompu, ni perdu, ni retrouvé) J’écris dans un temps qui jouit de la douceur de la bonne santé J’écris dans l’impensé des nuits des corps rongés par l’infâme crabe J’écris dans le mouvement qui me fait passer au travers de périodes séparées de ma petite histoire J’écris de Jadis succédant au Maintenant J’écris sur les chemins des mythes qui reculent vers le futur J’écris à contre-temps des chroniques anachroniques J’écris en lisant, veillant à y voir clair dans mes Ombres errantes 1 J’écris pièce par pièce ce qui ne peut-être rapiécé J’écris sous les pavés page après page 1François Couperin
LES MARTINETS NOIRS
LES MARTINETS NOIRS SONT EN VOIE DE DISPARITION comme les poètes d’aujourd’hui victimes de l’erradication des passeurs de poésie dans la presse et à la télévision Victimes de la récurrence des épisodes caniculaires qui mettent le feu aux arbres et à cette forêt de symboles que chantait le poète des Correspondances Victimes des rénovations des bâtiments qui réduisent les possibilités de se nicher sous les ardoises du toit sur lesquelles Reverdy écrivait (plupart du temps) ses poèmes


hypnographies détails 19/02/2023
J’ÉCRIS À SHÉHÉRAZADE
J’ÉCRIS À SHÉHÉRAZADE croisée à la bibliothèque des Mille et une Nuits J’écris toutes les nuits ces fragments narratifs qui me maintiennent en vie J’écris au-delà de tout contexte historique, les épîtres d’un troubadour du siècle XXI dépourvu de langue occitane J’écris ou plutôt je réécris ces vers virtuels qui eurent leur heure de gloire mais qui se sont perdus J’écris pour les lecteurs qui passent leur nuit à se réinventer en se cognant à leur for intérieur J’écris comme un conteur qui n’entrera jamais dans les pages d’un livre J’écris en mélangeant pensée magique et pensée d’un célèbre chimiste : Rien ne se perd Rien ne se crée Tout se transforme J’écris en transformant cet essai
SUR LE PONT DES DEMOISELLES ET DANS L’ENFER DE LA BNF
J’ÉCRIS À TOUS LES FANTÔMES qui hantent les livres dans l’enfer de la BNF J’écris sur l’exemplaire unique qui valut à son auteur d’être exclu de la revue des Temps Modernes J’écris « Embrouillamini » sur un cahier « Clairefontaine » plein à ras bord mais que j’ai égaré un jour que me promenais du côté du Pont des Demoiselles J’écris pour faire diversion la critique de chroniques sur des livres annoncés mais qui n’ont jamais paru J’écris (mais d’où tu parles ?) depuis mon for intérieur J’écris, comme c’est drôle, avec et pour les autres, ces proses aporistiques qui défilent et contre vents et marées, persévèrent
ET QUAND PERSONNE NE ME LIRA JE M’EN FICHE
J’ÉCRIS EN BUVANT L’EAU DE LA FONTAINE DU GRAND OUBLI J’écris sans mémoires ni souvenirs J’écris sur un bloc de cire vierge de toute poésie J’écris chantant des mythes accoudé au rocher de Sisyphe J’écris des glyphes qui attendent leur Champollion J’écris formes, notes et simulacres J’écris dans l’odeur âcre des derniers feux de Mai 68 J’écris 68 fois sous les pavés la page J’écris en marchant de nuit dans les rues d’une ville inconnue dictant à mon magnétophone portatif le nom des rues et des affiches J’écris et quand personne ne me lira je m’en fiche