L’ALEXANDRIN EST MORT VIVE L’ALEXANDRIN

Lalexandrin est mort Vive lalexandrin Tel dans sa boîte quantique le chat de Schröndiger : mort et pas mort ! Et dans sa boîte à livres devant le fleuve des poésies alexandrines Poésies entendues, lues des seuls yeux, phrasées, chantées et typographiéeset nul sens interdit ! Mais pour ces Douze mois en alexandrins 1 5 lecteurs comme les doigts dune main, firent grandir le texte Citations en font foi : « Les autres Jean (lire les « Rhétoriqueurs »), Jean dAuton, Jean Marot ou Jean Lemaire de Belges, étaient historiographes de Louis, Charles et François. Ici point de conquêtes, point de faits darmes, mais un combat modeste contre la nuit, cette ennemie obstinée des vivants. Pour tout Royaume une maison des Martigues, au temps heureux où y régnait une Dame. » 2  « Une écriture hybride, non bridée, se donne à lire, aucun fil blanc surnuméraire ne vient recoudre après coup ces tissus alexandrins. Pas de « rapiéçage » mais des « pièces » non rapportées. () Tout ça lui donne du fil à retordre, au lecteur, il bronche mais ne se braque pas(..) Il faut dire que le fil du temps mène la danse, le fil des mois, le fil des « moi », le fil des émois. La vie : un sacré fil dAriane. 3 «  Ça crochète ses vers au temps qui trace à même la peau son réseau dencre fugitive, ça calligriphe, ca cueille, ça cite, ça torque et rétorque, ça urge à flux tendu contre la solitude du poète et sa mort, ça attrape lor qui passe et plonge avec, yeux grands ouverts, dans les abysses, pour se feuilleter dobscur, naître de lAutre » 4 « Une année dhumain voyage et sa bigarrure démois comme une musique nerveuse et gourmandecoruscante parfois et de grande alacrité. Cest assez dire que jaimecette éternelle balançoire, le remuement annuel du sable de nos destinéeset comme une mesure typographique de nos vies. Lhésitation. Et le branle éternel du sens. » 5 « À douze pieds légers, la plume voyageuse Lesprit en éveil et lencre qui sétoile Poète tiens la flamme de léphéméride À travers les saisons lHistoire et les songes () Les arts  comme des amers pour garder la voie Loin des écueils noirs de ces temps délétères Faire passer de main en main de rive en rive Le feu des mots qui brûle et nous revigore » 6

1 Jean Jacques Dorio Douze mois en alexandrins  Editions Encres Vives Collection Encres blanches 2015 2 Pauline Dorio (« Le traverseur des voies périlleuses) 3 André Bellatorre (La main et la mémoire cousent le ciel des mots) 4  Tristan Felix (Terra Incognita) 5 Jean-René Rouvière (Ce frottis quotidien des mots et du monde) 6 Jacqueline Saint-Jean (La flamme de léphéméride »

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FORMER L’ALEXANDRIN COMME UNE IDÉE DE L’HOMME

Former lalexandrin comme une idée de lhomme Alexandrin Alexandra nous voilà dans de beaux draps, « voiles sur les filles », dune Égypte chantée par Claude François « Étonnants voyageurs ! Quelles nobles histoires Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers ! » Humour, amour baudelairien, les vers sont nos amers Je ratisse les feuilles jaunes du cerisier Et sur mes papiers vierges ces Essais qui se moquent de lété, de lautomne, mais non du printemps des peuples qui revient avant lhiver chaque cent ans Former lalexandrin comme une idée du Léthé traversant les Enfers, les violons écorchés, les cris des martinetsCette manière de poésie « qui nous aide encor à vivre, malgré tout le reste », mécrit en une charmante carte Philippe Jaccottet

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EXERCICES D’ÉCRITURE D’UN INSENSÉ

 Je ressors du grenier une centaines de fiches de toutes les couleurs (10×21 cm), sur lesquelles jai écrit des lignes et des lignes, chaque nuit, comme un insensé. Les mots accumulés (bien que souvent venus « au compte-goutte ») étaient comme de petits dieux de passage que je suivais  innocemment : un lézard amoureux par ci, les rêves dun papillon par là, et même un trou noir photographié pour la première fois au centre de la Galaxie M 87, tout ce qui passe au fil de la plume nous faisant oublier combien il y a loin de la coupe aux lèvres. Je ressors du grenier ces fiches regorgeant détranges étrangetés, exercices tracés à la pointe dun stylo simaginant calame. Le K, lâme de cette nouvelle de Buzzati que jai faite à chaque rentrée lire à mes élèves collégiens qui lauront pour la plupart, et pour leur plus grand bien (ou mal, lhésitation est permise), oubliée. Le K animal débonnaire et porteur de la pierre dimmortalité, était pris par lenfant héros comme un monstre quil ne fallait pas approcher. Croiser et recroiser, ces obscures clartés, collages intempestifs exposés au Moma (Mona Lisa des Champs : LHOOQ), « exercices dexorcismes » à la Michaux, où lon fait halte une heure, en balbutiant quelques mantras à son papier. Une heure, où lon est successivement fourmilier aperçu dans le llano vénézuélien, lézard amoureux de Char, papillon de Tchouang Tseu, arbre qui cache la forêt de symboles abolis.

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