Tout ce qu’il peut y avoir dans un poème, la mort et la vie, l’envers et l’endroit. Georges Perros L’art du poème L’art de transmettre L’amour des mots À tout vivant Trop préoccupé à composer Son bouquet de maux L’art du ni trop Ni peu 1 Ni trop de larmes Ni peu d’émotion L’art de l’énergie Du (dés)espoir Quand sur mon poème La mort n’y mord 2 1 et 2 Devises de Jean et de son fils Clément Marot
DIX POÈTES HORS COMMERCE
Le poète ne rêve pas, il traduit ses rêves, il se situe. Il se définit par rapport aux mondes. Celui dans lequel il se trouve par hasard, et ceux qu’il découvre : le monde qu’il subit et celui qu’il désire. Claude Michel Cluny Cent poèmes pour ailleurs Edition Orphée La Différence (1991) Les poètes qui publient leurs plaquettes « hors commerce » Font la Différence Ailleurs toujours ailleurs : Dans les prairies lyriques Les trains mouillés qui passent dans les champs Les villes volantes Ou à Harlem la vision de cette admirable bambochade qui résume l’école flamande Et dans un autre registre les voilà revenant des îles de Lérins Des rêves d’eucalyptus et de cistes en tête Ou bien dans un bureau d’armateur Ils regardent mélancoliquement La neige tomber sur Shangaï Poètes hors commerce des éditions Orphée Noyés dans des bars d’après-midi De Stockholm à Philadelphie Concevant sur leur page Les phoques gras comme des métaphores Ou bien encore Rose sur rose, la Venise du matin toute en pointe de seins Et moi et moi, comme un Chinois, me voilà feuilletant cette anthologie disparue, Assis sur une panne, oyant le clapotis de la mer sur les barques pointues, Dans le port de Carro où habite, m'a t'on dit, le poète André Ughetto. Dans l’ordre d’apparition des citations : Guillaume Apollinaire, Henry Bataille, Marcel Béalu, Aloysius Bertrand, Daniel Biga, Louis Brauquier, Bernard Delvaille, Luc Durtain, René Guilleré…
UKRAIN’SPLEEN
J’ai (encore) rêvé de Poutine, crapaud grotesque qu’un enfant ukrainien, traînait au bout d’une ficelle.
J’ai rêvé de cette potiche qui écrase les villes et les enfants comme s’ils n’existaient pas.
J’ai rêvé de cette merde que son peuple adule (à la télévision).
J’ai (aussi) rêvé de l’Idéal , qui avalait le crapaud, la potiche, et nous faisait oublier, l’espace d’une minute, l’Ukrain’Spleen.
J’AIME LES MOTS
Les mots il suffit qu’on les aime Pour écrire un poème Raymond Queneau J’aime les mots sauvages (et les sauvageons) J’aime les mots fougères (fou j’erre en eux) J’aime les mots légers (les geais buissonniers à la tête bleue) J’aime les mots sans têtes (comme les alouettes) J’aime les mots mutins (et badins) J’aime les mots sereins (et leurs larmes de lune) J’aime les mots de hasard (cous d’oies ou coups de dés) J’aime les mots secrets (qui se créent la nuit En silence) J’aime les mots Qui nous inventent
UNE VOIX
Ainsi, qu’il laisse un nom ou devienne anonyme, qu’il ajoute un terme au langage ou qu’il s’éteigne dans un soupir, de toute façon le poète disparaît, trahi par son propre murmure et rien ne reste après lui qu’une voix, -sans personne. Jean Tardieu La voix, il suffit qu’on l’écrive, pour qu’elle se mette à exister. Une voix perdue, mais qui en douce, remue et entraîne ma plume (plumplum tralala) Une voix retrouvée et qui prend la forme…qui nous reste habituellement invisible, celle du Temps. 1 Une voix venue d’Homère, le Père du Grand Récit : Conte-moi Muse l’aventure de l’Inventif 2 Une voix qui parle d’abord au papier avant d’être libérée par l’inflexion des voix chères qui (hélas) se sont tues 3 Une voix dont le souvenir à la couleur du sable qui s’écoule grain à grain Une voix sans personne qu’affectionnait le poète Jean Tardieu Une voix unique que l’on lit la nuit au lit : Ô lit heureux l’unique secrétaire de mon plaisir 4 ) Une voix qui crissait sur l’ardoise et son alphabet Une voix enfantine dont j’ai perdu la clé Une voix collective jouissive dans la rue et sur les murs du Grand Mai Une voix étouffée par les mots de la tribu Une voix en allée sur les lèvres des trépassés 1 Marcel Proust 2 L’Odyssée (traduction Philippe Jaccottet) 3 Paul Verlaine 4 Rémi Belleau