BEC DE FREUX









La nuit jaillissante et son bec de freux

Jacques Roubaud





Bec de freux

Kah Kah Krah

Le corbeau

D’Edgar Poe





Bec de freux

Frauduleux

Oiseau de malheur

Venant visiter

Sur le minuit lugubre

Le poète abattu

D’avoir perdu

Sa Muse





Bec de Freud

Sublime nécessité

De l’instinct de mort

Jamais plus

Never more

tableau (détail) de Zao Wou-Ki

SI ON NE SAIT Y RÉPONDRE ON PEUT ZAPPER CET ÉCRIT

on ne cesse jamais de répondre à ce qui a été écrit hors de toute réponse :
 affirmés puis mis en rivalité, puis remplacés, les sens passent, la question demeure…

Roland Barthes


le cri l’écrit
sur le papier
et dans la nuit

le cran l’écran
ça va cranter
dit le mécréant

tout en créant
cette variation
digne de Rabelais

de Perec de Queneau
et de tous les dicos
d’onomatopées

c’est du blabla
mais c’est d’un clic
que dame souris

envoie cet écrit
apparaître sur l’écran
énigmatiquement

ÊTRE À PART

Je me figure par un indéracinable sans doute préjugé d’écrivain, que rien ne demeurera sans être proféré… 

Stéphane Mallarmé


Être à part
Un peu testard

Être de nuit
Tissant ses histoires
du dedans
( a dentro )

Être celui (celle)
qui à nul
ne nuit

Être pratiquant
les a parte
les sauts anachroniques
de l’étrange beauté

Être de mots et de figures
Pour conjurer sans geindre
Ses maux

Être existant
Dans la parole circulaire
La voie ouverte
À l’étranger en soi

Et aux inconnu.e.s

BRACONNER

Sia l’enfadat que semana
de tèrme en tèrme

Joan-Pau Creissac
(occitan)

Je suis le fada qui semaisonne
de termes en thermes
(ma traduction fantaisiste)

Braconner
Mais non les bêtes
Des forêts et des champs

Braconner
En silence à l’affût
Sur les terres et dans les airs 
De l’espèce fabulatrice 1

Braconner 
Sur l’espace d’Oc
l’enfadat que semana
de tèrme en tèrme

Braconner
Nos manières de donner corps
Aux récits qui réparent
Nos vies fragiles et vulnérables

Braconner
Cette écriture d’un Je(u)
Ouvert et généreux
Qui nous engrène
1 Nancy Huston

VIENI ORFEO VIENI

Vieni Orfeo vieni con lei
Al piccolo cimitero de campagna

Andrea Zanzotto

Viens Orphée viens avec elle
Dans le petit cimetière de campagne


Je lis me précipite et m’éparpille
Les yeux entrant dans les pages bilingues
Des langues latines

Italien portugais espagnol catalan
Et cet occitan que j’entendis enfant dans ma cuisine
Quand un ami paysan venait visiter mon père
Mais que je n’eus pas le droit de parler
Puisqu’on pensait qu’il contaminerait
La langue apprise à l’école de la République

Vieni Orfeo vieni
Vient me régaler
De ses frôlements langagiers
Glossolalies amuïssements amusements
écarts 
 nel terreno stesso del vagare
(sur le terrain même de l’errance)
Où personne n’empêche plus le bambin aux cheveux blancs
De batifoler 
Avec Orphée