MARQUISE






-Alors Madame la Marquise
Vous sortez toujours à cinq heures du soir
Et tout va toujours très bien ?
-Faut croire cher Monsieur
Puisque vous l’écrivez.
-Et faut-il toujours croire ce turlupin
Qui prétendait sur l’air des lampions
Madame la marquise m’a foutu des morpions !
-Un plaisantin ce monsieur Brassens

C’était juste un coup de trompette
Pour exciter le peuple et les folliculaires
-Ah ! la la ! et ce vilain Corneille
qui sur ses vieux jours crut vous séduire
en prétendant que vous alliez vite faner
comme les roses de Ronsard.
-Tous deux ont trépassé mon cher
Et moi je me porte toujours comme un Ange.

L’ÉTRANGE VÉRITÉ DE NOS FICTIONS


Il était vieux, la vérité était devenue plus étrange encore que ses fictions…

Salman Rushdie Quichotte


Je tisse un canevas
De Commedia del Arte
Je lis Casanova
Franc-maçon libertin
Poursuivant sur Arte
Gentes dames et catins

Une fille sous le pont
Exalte la rime d’Hugo
Ô lavandière incendiaire
Dit-il frais barbouilleur
C’est léger gai et tendre
C’était du temps que j’étais jeune
Ecrit-il avec maladresse

Vieil homme Sois indulgent
Et si tu en es encor capable
Sur ta lettre à la bonne adresse
Ecris donc un post-scriptum



l’étrange vérité

À CONSOMMER NI TROP NI PEU



Faut pas en dire plus
Cacher les mots sous la cendre
Son crâne rempli de poèmes
(Une image de Maïakovski)

Faut dire adieu à la rime
À la vision crépusculaire
Rencontrée sur le boulevard du Crime

Faut dire Adieu à Nerval
Retrouvé pendu à un réverbère
Rue de la Vieille-Lanterne

Faut en finir avec la desdicha
-le mal/bonheur-
et le desassosego
-l’in/tranquillité-

Ou bien les consommer
Ni trop Ni peu


VOUS QUI AVEZ DU PLOMB DANS LA TÊTE





Vous qui avez du plomb dans la tête
Fondez-le pour en faire de l’or surréaliste

Le panneau ainsi rédigé
Apparaît sur mon écran
Ce 17/01/2022
À 19 heures pile

C’est un clin d’œil de ma fille
Qui me l’envoie depuis le MET 1
Qu’elle visite « en direct »

Du coup je m’y remets
Je reprends à pleine main
Cette corde raide de notre espoir 2
Qui me hisse vers le royaume
Des mots qui me viennent
Comme la limaille à l’aimant
Comme Poisson soluble 3 pour l’amante
Qui transperce le cœur du docteur Freud
À Vienne

Vous qui avez du plomb dans votre coquille d’œuf
Mettez-vous en mode pilotage automatique
Au milieu des arabesques et de ce tangage 3
Qui vous permet de voir derrière vous
Sans vous retourner
La bête aux écailles roses 3

Celle qui porte en ses entrailles 
L’Or du Temps


1 Metropolitan Museum of Art in New York 
2	Suzanne Césaire
3	André Breton
4	Julien Gracq

FEUILLETS ÉCRITS SOUS LA FEUILLÉE





J’ai tant aimé les Arts
Que je suis artilleur

Apollinaire


Je découvre cette nuit (16 janvier 2022) les photos reproduisant les 16 feuillets manuscrits (14x9 cm), sortis de la plume de l’artiste artilleur Apollinaire, assis dans la tranchée entre deux salves de tirs. J’écris accroupi, sur mon genou…sur le sol rempli de vermine.

Du coton dans les oreilles, tel est le titre parodique imaginé 1, souligné de deux traits qui simulent des vagues. 
De même que le nom de Guillaume Apollinaire qui continua à remplir comme un forcené ses petites feuilles de vers rimés avec aussi quelques calligrammes, ce mot-valise qu’il inventa au temps où la mandoline ignorait le bruit du canon

1 Ne mettez plus de coton dans vos oreilles Ça ne vaut plus la peine
 

Quelle merde ! C’est le cas de le dire
Sortie des longs boyaux où tu chemines
Dans ta tranchée en première ligne
Allô la truie Allô latrines
Que l’on appelle ici des « feuillées »1

Je lis et relis sans cesse tes seize feuillets
Que tu écrivis à la plume
Je les dévore assis dans mon plume
Cent trois ans après

Après la balle qui froisse le silence
de ta cagnat 
Que tu as baptisé
Par je ne sais quelle percussion mentale
LES CÉNOBITES TRANQUILLES

Toi sentinelle au long regard
Fondue dans l’œil des Chartreux
Quand Dieu le grand Toto
Les démange


1 Ne prenez pas les feuillées pour autre chose qu’elles ne sont, comme faisaient pas mal d’auteurs avant la guerre.