UN ROMAN CÉLESTE DE CONNAISSANCES BÉNÉVOLES 47, 48, 49





quarante-sept

FAUT QU’ÇA SAIGNE, chantait Vian.

Pas du sang, du rouge, ajoutait Godard.

Mort de rire, mort de ce « crâne vide

et de ce rire éternel ».

Faut qu’ça vienne sur la toile de Soutine.

Bœuf écorché.

Faut qu’ça fasse une conférence,

pour le docteur Lacan,

courbé sur « l’origine du monde ».

J’ai la sensation que ce que j’écris,

m’est dicté par un malin génie.

Malin sur ma ligne.

Génie inquiétant pour ma santé mentale.

J’écris ça sous forme de broma,

         non comme « cette brume

insensée où s’agitent des ombres »,

mais comme plaisanterie selon le mot traduit.

Faut rigoler (bis) chantait Salvador.

(la suite manque)

citations allusions Vian, Valéry, Soutine, Lacan, Courbet, Queneau, Salvador (Henri).





quarante-huit

PARANOÏA. Ça pourrait être le titre de tous les romans de gare, de guerre, d’amour et d’eau fraîche, se dit-elle soudain, et un drôle de sentiment l’envahit. D’autant que si on lui avait demandé de dire ce qu’était sa paranoïa, elle en aurait été incapable. Mais comme personne ne lui demandait, elle mettait sa parano à toutes les sauces et dans tous les lieux, du Madison Square Garden où elle avait assisté au combat de nègres le plus célèbre de tous les temps, (un titre désormais interdit sous peine d’annulation de la contrevenante par un million de clics),  à la salle de vente de chez Christie’s où fut mis aux enchères, le 7° mois du quinzième jour (fête des fantômes),  l’Encyclopédie Chinoise, écrite par un soi-disant Borges, qu’il avait acquis dit-on, pour trois soles (soleils), au marché céleste des connaissances bénévoles.





quarante-neuf

I REMEMBER JOE BRAINARD qui fut le premier à écrire la série des Je me souviens, (« yo me acuerdo »), reprise huit ans plus tard, par le célèbre auteur de la vie mode d’emploi, et par les participants d’une myriade d’ateliers d’écriture sur et autour de la mémoire, plus ou moins volontaire.

« Je me souviens d’avoir jeté mes lunettes à la mer, depuis le ferry de Staten Island, une nuit noire de drame et de spleen profond »

Je me souviens de notre balade sur les canaux de Cambridge, où de punting en punting, nous passâmes avec succès sous le pont des mathématiciens.

Je me souviens d’avoir vomi bile et boyaux, pour l’unique traversée que je fis en 1965, (on n’a pas tous les jours vingt ans), depuis Calais jusquezà Douvres.

Je me souviens du zodiaque que mania notre ami Dédé, (marin-pompier à la caserne de la Grande Bigue à Marseille), une semaine durant, depuis la calanque de Sugiton.

Je me souviens de la pêche à la palangrotte, nos lignes à la traîne avec plusieurs hameçons, qui nous permit de déguster forces soupes de poissons, passées à la moulinette.

Et du reste, ma « plume en absence », ne se souvient pas.

FAUX ROMAN VRAI VICTOIRE 44, 45, 46





quarante-quatre

ROS OCCUPAIT MAINTENANT L’ESSENTIEL DES PAGES du roman de Jo.L. Rien de « romance » à l’ancienne, mais une fascination pour cet écrivain hors pair, que l’on cherchait partout, dans une case d’indien de l’Orénoque ou sur le delta du Mékong, sur l’île de Groix ou la isla de Cuba. Car, en effet, Ros n’était qu’une signature, sans tête, sans visage et sans domicile. Pura pamplina ! Pure fadaise, disait Jo.L., qui connaissait l’énergumène depuis son enfance.  Seulement, avant de lancer son pavé, « Ros démasqué », il fallait dûment le retrouver.  Non pas directement, bien sûr, le bougre avait toute une armée de personnes à sa solde, chargés de le planquer. Mais, par ricochets, en retrouvant un à une ses proches, et en particulier il fallait commencer par son frère aîné, son nègre attitré, le souffre-douleur du numéro 1 mondial des auteurs occultes.





quarante-cinq

POUR REDONNER UN PEU DE PIQUANT À LA SAUCE, Jo.L., parsemait son récit de noms illustres et de lieux connus. C’était leur supposé croisement, qui devait, à son idée, faire tilt. Ainsi Madame de Staël, cette reine de la conversation animée faisant jaillir des étincelles, s’était retrouvée couchée, animal triste, incomplet, sous le pinceau d’Avida Dollar, dans une grotte de Cadaquès.

Et, anachronisme encore plus grotesque, mais avec une pointe de piment burlesque, Giacomo Casanova, le plus célèbre des vénitiens, pratiquant le grand jeu et le libertinage, faisait le pitre en habit de Pierrot, dans un film de Godard, intitulé « Mao Mao ».





quarante-six

IL MANQUAIT DE TOUT DANS CE FAUX-ROMAN, les lieux, les personnages, leurs déplacements, l’intrigue. Mais non, mais non, me disait celle qui avait « un rare avis » sur beaucoup de questions. Elle s’appelait Victoire, ça ne s’invente pas. Mais non, ce que tu appelles « manque » est ce vide où sont attirés, comme la limaille de fer sur l’aimant, tes lecteurs et lectrices. À eux et elles, d’ajouter, de s’y ajouter, de s’y lire.

Cependant en voulant me venir ainsi en aide, je ne sais si Victoire se rendait compte, qu’elle m’enfonçait un peu plus dans ma défaite. (Pardon ça m’a échappé.)

Car, un texte, pris pour une « auberge espagnole », ce n’était pas du tout dans mes intentions. Il y avait des films, soi-disant comiques, pour ça. En revanche, je pouvais me refaire une petite santé, dans la langue : « hablando de la simbologia, del laberinto y sus salidas ».(Vila-Matas)

« Parlant de la science des symboles, du labyrinthe et des moyens d’envisager leurs sorties ».

CE QU’EST ET CE QUE N’EST PAS POÉSIE MODE D’EMPLOI





« La culture numérique exige des formes nouvelles
et toujours changeantes de savoir-lire, de savoir-faire
une compétence numérique » Milad Doueihi




                                                                   
 CE BLOG S’ADRESSE AUX LECTEURS NUMÉRIQUES SANS PAPIERS. 
Et pourtant c’est un être réel qui l’écrit, d’abord à la main,
sur  des carnets de toute taille,
des cartes blanches ou de couleurs de divers formats,
 des marges de livres en train d’être lus, et même, 
des ardoises imaginaires de l’enfance
 – ce que les chinois anciens appellent  écrire sans laisser de traces.
 
Ensuite, après cette première phase, pour donner un texte nouveau 
à lire sur la toile,  passage obligé par azertyuiop, 
ce fameux clavier, qui, en effet peut-être comparé à un piano :
 mon piano, ton piano, son piano (écoutez la chanson de Ferré Léo).
 Le texte écrit est ainsi livré sous forme de poème, le plus souvent,
à qui veut bien s’y arrêter un instant. 
C’est là que réside la difficulté et la contradiction du média numérique.
Les lecteurs, pour la plupart, ne font que passer, 
comme s’il s’agissait d’un « apparaître verbal », comme un autre.
 
Je n’ai rien contre passes et passages à la Montaigne,
 « Je ne peins pas l’être. Je peins le passage…
Il faut accommoder mon histoire à l’heure. ».
Mais lui, faisait son miel des écrits autres, qui le nourrissaient
et lui permettaient d’armer ses répliques,
d’écrire à sa manière, unique et ondoyante, sa « glose » : 
nous ne faisons que nous entregloser.

 Ainsi se dessine l’utopie, la visée de ce blog intitulé,
un peu par provocation, poésie mode d’emploi.

Ni modèle d’écriture, toujours en devenir, ni, encore moins
 modèle de vie, mais, sans se bercer d’illusions,
incitation aux extensions du domaine du don*
  ….sur les sentiers solitaires et solidaires de la création.
 

 *Alain Cavaillé 

LES FILS TIRÉS IL FAUT LES TISSER 41, 42, 43





quarante et un

JE TIRE DES FILS, si le texte prend ça fait la page, sinon ils se défont et disparaissent aux quatre vents.

Sur la page c’est la plage que j’arpente, promeneur solitaire à la lueur de cette lune sereine jouant sur les flots.

Je tire des fils dans ma tête comme un écrivain nourri de citations littéraires.

« Nous ne faisons que nous entregloser », m’écrit un certain Montaigne.

Mais la nouveauté aujourd’hui est cet e-mail signé Wallace Stevens :

« Je suis incapable de faire une citation qui ne soit pas issue de mes propres paroles, qui que ce soit qui les a écrites ».





quarante-deux

TOMBEAU DE POÈTE drôle de genre. Mallarmé, tel qu’en lui-même l’éternité le change, lui fit la peau.

(une blague à deux balles)

Les morts ainsi loués vacillent.

Si certains, comme on dit, se retournent dans leur tombe, d’autres, à l’inverse, on dirait, reviennent nous protéger.

Je bute sur une phrase, un souvenir de jeunesse embrouillé,  jusqu’au moment où je revois un tel, une telle, tel jour, telle heure, en telle année.

Il m’avait offert le vieil homme et la mer, elle m’avait donné le premier baiser volé, dans un grenier, une soupente, où, par un fenestrou, on voyait, comme un miracle, tomber la neige.

Plus tard, beaucoup plus tard, leurs disparitions avaient été ressenties comme un drame.

Et puis, une nuit, sans crier gare, alors que nous écrivions une de ces pages obligées, à partager dans un atelier d’écriture, voilà que, contrairement au sentiment tragique de la vie, les morts, les pauvres morts, nous donnent la formule magique, qui nous facilite incroyablement, le fait d’être à bonne distance des choses de ce monde.

L’orage intérieur s’apaise, une phrase, une seule, « un bouquet de houx vert, ou de bruyère en fleurs », « refait tomber l’adrénaline de nos tragédies ».

après Hugo allant visiter la tombe de  Léopoldine,Enrique Vila-Matas m’a donné les derniers mots que j’ai traduits.





quarante-trois

CE ROMAN N’ALLAIT VRAIMENT PAS DE SOI et pourtant je le lisais ligne à ligne, sans en manquer une, et même, il m’arrivait de m’arrêter souvent sur une phrase, un passage, que je lisais et relisais, n’en croyant pas mes yeux. Mes yeux, qui à la longue, couché dans mon lit, commençaient à se fermer. Adieu mon livre, à demain les affaires !

(Pure illusion d’un faux dormeur et pur mensonge que le narrateur du temps perdu développe en de multiples pages.)

J’allume ma bougie, oublie Marcel, et, à travers mon premier rêve d’endormi, plonge dans un long dialogue avec cet auteur qui semble me parler en d’innombrables citations extraites de la littérature universelle.

On ne sait plus alors vraiment, si Père a vraiment utilisé son sauf-conduit durant la guerre civile, ou si l’anecdote sort d’une nouvelle de Ros, qui les écrit courtes et véloces.

Elle me tourna le dos et susurra une bonne nuit. Mais, n’en croyant pas mes oreilles, j’entendis, « Monet, les nymphéas, Giverny.»