
dorio 30/09/2021
Poème rêvé à contretemps Poème dressé comme une pierre surgie d’un manuscrit médiéval Poème écrit sur papier kraft Par un nomade Dormeur du val
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

dorio 30/09/2021
Poème rêvé à contretemps Poème dressé comme une pierre surgie d’un manuscrit médiéval Poème écrit sur papier kraft Par un nomade Dormeur du val
Lire est une épreuve de longue haleine et difficile.
Mais elle nous élève, nous hisse
et nous prépare au jour où nous n’aurons plus d’yeux
Lire évoque la lyre que l’on joue les yeux fermés
Lire est une musique aléatoire Chaque lecteur essaie ses clefs (différentes pour un même ouvrage selon les âges de sa vie) Lire un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous (Kafka dans une lettre à un ami rédigée en 1904)
Lire en dressant d’abord la liste de ce que n’est pas la lecture Lire, par exemple, c’est s’oublier et se remémorer Lire dans sa caverne c’est s’entendre dire Tu es fou tu es folle Lire c’est fréquenter os mortos-vivos (les morts-vivants) Lire Montaigne petit homme sur son petit cheval Lire Proust ses feuillets de nuit en désordre sous le lit Lire Michaux face à ce qui se dérobe Lire Duras pas plus haute que trois pommes Lire toute une nuit sans savoir ce que l’on lit Lire dans un bus qui nous amène à l’École du Cinéma indien près de Bombay Lire une bombe noire sur la tête Lire en faisant appel à la science d’un hypnologue Lire en écrivant sur son ordi comme un chat (pour ne pas réveiller à l’étage femme et enfants) Lire en griffonnant ce texte avant de disparaître
Poésie ne fait pas de vagues Elle vogue de nuit en nuit Sur la barque d’un Anonyme. Fanal, feu latent, exercice, Poème en rupture, brisures Que l’on recolle pièce à pièce. Les mots viennent de toute part Mais il faut les laisser passer Ou bien les isoler en chambre De décontamination. Sans livre à portée j’ai du mal J’ai du mal sans papier stylo Mais persiste la tête pleine De tous les poèmes nourriciers. À la fin sans pouvoir me plaindre Sans voix sans oreille et sans yeux Je n’aurai alors pour survivre Que les mots sur les lèvres De celles qui m’ont aimé.

Cette nuit je découvre un beau cahier que quelqu’un a écrit du 3 mai au 14 juin 2020
Un cahier d’inidentité où tout a été écrit à bas bruit au cœur des nuits où l’on rêve éveillé
Un cahier doublé d’hypnographies : ces calligraphies imaginaires que ma main trace en état d’hypnose
Ma main car il s’agit en effet de cette main qui en rajoute un chouilla bien que tout ce qu’elle découvre
Quatorze mois après semble avoir été mis noir sur blanc par quelqu’un qui m’est étranger
Étrange étranger que Prévert dédia en d’autres circonstances à cet enfant qui vendait aux terrasses des cafés
De jolis dragons d’or dans du papier doré…


Chaque nuit dans mon lit entouré de murs blancs, de livres et de papier à lettres, je refais, par intermittence, le monde…porté par l’incandescence, l’effervescence du dedans (le for intérieur) et l’ivresse d’une écriture clandestine…celle d’un nomade sédentaire qui dans le désert plante une nouvelle tente…montée, démontée, remontée…blanche est la nuit, blanche est la page qu’il convient chaque nuit de réinventer…

Blanche bel et bien blanche On croit que c’est une nouvelle page Mais c’est toujours la même Que l’on farcit De ces lignes caractéristiques Qui flottent Chimères ou souffle rauque Comme le suggère le poète d’El Desdichado Blanche magie sur ce dimanche Que l’on commence -juste après minuit- par cette page Offerte à ceux et celles Qui font de leurs rêves Une seconde vie Dimanche 26/09/2021