LIRE « face à ce qui se dérobe »





Lire est une épreuve de longue haleine et difficile.

Mais elle nous élève, nous hisse

et nous prépare au jour où nous n’aurons plus d’yeux

Lire évoque la lyre que l’on joue les yeux fermés

Lire est une musique aléatoire
Chaque lecteur essaie ses clefs
(différentes pour un même ouvrage
selon les âges de sa vie)

Lire un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous
(Kafka dans une lettre à un ami rédigée en 1904)

Lire en dressant d’abord la liste de ce que n’est pas la lecture
Lire, par exemple, c’est s’oublier et se remémorer
Lire dans sa caverne c’est s’entendre dire
Tu es fou tu es folle

Lire c’est fréquenter os mortos-vivos
(les morts-vivants)

Lire Montaigne petit homme sur son petit cheval
Lire Proust ses feuillets de nuit en désordre sous le lit
Lire Michaux face à ce qui se dérobe
Lire Duras pas plus haute que trois pommes

Lire toute une nuit sans savoir ce que l’on lit
Lire dans un bus qui nous amène à l’École du Cinéma indien
près de Bombay

Lire une bombe noire sur la tête
Lire en faisant appel à la science d’un hypnologue
Lire en écrivant sur son ordi comme un chat
(pour ne pas réveiller à l’étage femme et enfants)

Lire en griffonnant ce texte avant de disparaître

POÉSIE NE FAIT PAS DE VAGUES





Poésie ne fait pas de vagues
Elle vogue de nuit en nuit
Sur la barque d’un Anonyme.

Fanal, feu latent, exercice,
Poème en rupture, brisures
Que l’on recolle pièce à pièce.

Les mots viennent de toute part
Mais il faut les laisser passer
Ou bien les isoler en chambre
De décontamination.

Sans livre à portée j’ai du mal
J’ai du mal sans papier stylo
Mais persiste la tête pleine
De tous les poèmes nourriciers.

À la fin sans pouvoir me plaindre
Sans voix sans oreille et sans yeux
Je n’aurai alors pour survivre
Que les mots sur les lèvres
De celles qui m’ont aimé.


 

dessin de sable vague de Fos sur Mer septembre 2021

LE BEAU CAHIER D’UN ÉTRANGE ÉTRANGER





Cette nuit je découvre un beau cahier que quelqu’un a écrit du 3 mai au 14 juin 2020

Un cahier d’inidentité où tout a été écrit à bas bruit au cœur des nuits où l’on rêve éveillé

Un cahier doublé d’hypnographies : ces calligraphies imaginaires que ma main trace en état d’hypnose

Ma main car il s’agit en effet de cette main qui en rajoute un chouilla bien que tout ce qu’elle découvre

Quatorze mois après semble avoir été mis noir sur blanc par quelqu’un qui m’est étranger

Étrange étranger que Prévert dédia en d’autres circonstances à cet enfant qui vendait aux terrasses des cafés

De jolis dragons d’or dans du papier doré…

manuscrit
une page d’inidentité

BLANCHE PAGE





Chaque nuit dans mon lit entouré de murs blancs, de livres et de papier à lettres, je refais, par intermittence, le monde…porté par l’incandescence, l’effervescence du dedans (le for intérieur) et l’ivresse d’une écriture clandestine…celle d’un nomade sédentaire qui dans le désert plante une nouvelle tente…montée, démontée, remontée…blanche est la nuit, blanche est la page qu’il convient chaque nuit de réinventer…

blanche page « tel quel » ce dimanche




Blanche bel et bien
blanche

On croit que c’est une nouvelle page
Mais c’est toujours la même
Que l’on farcit
De ces lignes caractéristiques
Qui flottent

Chimères ou souffle rauque
Comme le suggère le poète
d’El Desdichado

Blanche magie sur ce dimanche
Que l’on commence
-juste après minuit-
par cette page

Offerte à ceux et celles
Qui font de leurs rêves
Une seconde vie

Dimanche 26/09/2021