JE N’AI JAMAIS VU PHÈDRE

Je n’ai jamais vu Phèdre




Je n’ai jamais vu Phèdre de Jean Racine mais j’en ai lu les 1654 alexandrins

Je n’ai jamais dit Crénom de dieu mais je l’écris ce soir et j’ajoute de mémoire :

Ceux qui disent Cré Nom, ceux qui disent macache…écrit par cet ado insolent

qui visait ainsi les Soldats…débris d’empire…retraités (sic)

Je n’ai jamais au grand jamais mis un képi sur ma caboche

Mais j’ai souvent donné Quartier libre à mes petits collégiens

Qui laissant le képi dans la cage laissaient un oiseau des îles gazouiller sur leur tête

Je n’ai jamais bu une absinthe au Moulin de la Galette avec Amedeo Modigliani,

mais j’ai souvent vu affiché la reproduction de son Grand nu

dans les turnes des copains de fac de Toulouse

Je n’ai jamais eu de petit âne gris ni d’étable pleine de brebis et d’agneaux,

mais j’ai souvent chanté m’accompagnant sur ma guitare cette histoire qu’on m’a racontée

Je n’ai jamais été capable de faire un travail au crochet, mais ma mère si,

Elle y excellait et me fit un béret mauve et une pièce patchwork bariolée

Je n’ai jamais croisé le fer avec un représentant du Roi ou de Dieu mais le faire ne m’aurait pas déplu

Je n’ai jamais…





Avec Racine, Rimbaud, Prévert, Modigliani, Hugues Auffray…et ma maman.

SANS REPENTIRS NI RATURES









Emploi du temps des nuits où nous veillons solitaires

Chacun et chacune ruminant devant les nouvelles du monde

Les collectes de phrases

Les phares noirs des calligraphes

Les encres et les couleurs sur toile

Les musiques et leurs partitions alimentant la matière de nos rêves





Emploi du temps à travers ce temps présent

Où le public culturel (dont on nous bassine les oreilles)

Est coupé de la voie des poètes

Ces « inconnus célèbres »qui vont et viennent

Essayant de déchiffrer les plaintes et les joies

Des voix des médias et des rues

Et qui n’oublient l’inflexion des voix qui se sont tues





Cherchant inlassablement dans le plus grand silence

Ce qui, impossible de dire en paroles,

Doit passer par l’écrit





Emploi du temps en attente

À l’écoute à l’écart

Où nous puisons notre énergie

Dans ce cocon de mots

Qui font nos manuscrits

Toujours inachevés





Ondulations arborescences

Brouillons épars

Sans repentirs ni ratures

Et tout le reste est littérature


	

L’ART DU BOUSTROPHÉDON rue de la bergeronnette

Agenda 26 avril au 2 mai 2021


manuscrit

Lundi 26/04/2021

À rebours chaque nuit mes vers boustrophédonnent Mon stylo va et vient ouvrant ces lignes nouvelles D’où sortent les mots verts du vocabulaire Les oiseaux hoche-queues les picorent Ils ont le nom de ma voie : rue de la Bergeronnette.

Mardi 27/04/2021

Un détour, et un recours, cette nuit par Exercices spirituels et philosophie antique de Pierre Hadot. En particulier cette pensée déployée de manière ternaire :

1 Accueille avec joie ce qui est extérieur à toi : le Cosmos (« ordre et beauté »), la matière de l’Univers ;

2 En ce qui concerne la communauté humaine que tu côtoies, agis avec le plus de justice et de justesse possible.

3 Ce qui dépend vraiment de toi, ce sont tes pensées, les représentations (en construction) que tu te fais, auxquelles après examen (qui devrait durer dans l’idéal jusqu’à la fin de ta vie), tu « consens », et qui vont (pensées et représentations en mouvement), déterminer ta conduite.

Mercredi 28/04/2021

Contrairement au journal intime, (le moi-je en ses petites histoires), j’essaie simplement ici de laisser traces d’un jour particulier. La plume me dicte ses fantaisies glanées aux Puces, à la foire à la ferraille, au plaisir d’entretenir et de renouveler si possible, son vocabulaire. Etc.

Jeudi 29/04/2021

Avant d’ouvrir les volets donnant sur mon jardin, les maisons voisines, la mer, j’entends la pluie. J’ouvre l’écran du smartphone qui me montre, en effet, un petit nuage avec 5 barres obliques au-dessous : Pluie 14°…prévue toute la journée. La bonne petite pluie, écrivait Alain, optimiste incurable.

Vendredi 30/04/2021

Tendon de l’épaule gauche rompue, mais pas de bénéfice d’une intervention chirurgicale où l’on essaie tant bien que mal de recoller l’élastique, m’explique le spécialiste de la chose. Faut faire avec.

Samedi 01/05/2021

Premier mai, non « la fête du travail » comme je le vois écrit sur l’agenda, mais celles des « travailleurs », qui arrêtaient ce jour-là de trimer alors que leur droit de grève n’était pas reconnu. Stop, ça suffit de remplir la panse de nos « bons maîtres » comme chante Brel dans Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? Et puis un à un les droits ont été conquis, ces travailleurs-là ont disparu, du moins dans nos démocraties. Et, comble d’inversion des valeurs le blanc muguet a remplacé la rouge aubépine encore nommée gratte-cul.  

Dimanche 02/05/2021

Il a plu toute la sainte journée des travailleurs (hier). J’ai pu à loisir et avec un brin d’añoranza (nostalgie) réécouter en boucle cette chanson poignante de Susana Baca, chanteuse noire péruvienne, que nous avions vu et admiré avec Jo, en Arles. C’est un poème de Cesar Vallejo, qu’il a écrit à Lima :

Esta tarde llueve, como nunca, Y no tengo ganas de vivir corazón.

Il pleut ce soir, comme jamais Et je n’ai pas le goût de vivre, mon cœur.

SOUFFRE UN MOMENT ENCOR TOUT N’EST QUE CHANGEMENT













Souffre un moment encor; tout n’est que changement,

L’axe tourne, mon cœur, souffre encore un moment.





Quel bonheur que de lire ces soubresauts du cœur

Élégies chéniéristes composées par André ;

Mots écrits sur la lyre d’un homme condamné,

Jetant ses derniers vers, délicats et précieux,

Anticipant Verlaine, énergie galvanique

d’un être d’exception qui n’a plus rien à perdre.





Avec André Chénier le monde souffle et souffre,

L’alexandrin assume son désordre intérieur,

Tracé à la lueur de la glaçante geôle.

La Sainte Égalité s’est changée en Terreur,

Têtes dans la sciure avec leur rire affreux.





Souffle un moment encor ; tout n’est que changement.

Cette voix singulière jusqu’au bout a porté,

Le doux nom des vertus et de la liberté.





Italiques André Chénier (1762 1794 7 Thermidor An II)

cet hommage à André Chénier est né de l'étude de Massimilliano Arravecchia
Désordres élégiaques au XVIIIè siècle qui vient d'être publié dans le recueil collectif
ci-dessous 

UNE BÊTE NOMMÉE ÉCRITURE





C’est ça la bête nommée écriture…qui démarre en flashback et se retrouve à My-Ly ou à Oradour…égorgée, fusillée, cramée à vif…par la gent militaire…

La gent trotte-menu ces souris inventées par le bon La Fontaine…

D’un côté la grosse bête Barbarie…de l’autre la vie comme des Fables…dédiées à Madame de Montespan…une belle marquise dit-on…

Non pas celle moquée par le penseur-poète Valéry…la marquise sortit à cinq heures…

A los cinco de la tarde…à cinq heures du soir…quand le maestro cueilli par le bicho– la bête à cornes- dans l’arène sanglante agonise…

Le ciel est par-dessus le toit…écrit Verlaine bon prisonnier…poésie apprise jadis naguère…par un petit paysan de l’Ariège…encore un flache baque..

Si je désire une eau d’Europe…c’est la flache…petit bain rimbaldien d’un enfant accroupi qui lance son bâteau frêle…né de la dernière pluie

Bâteau ivre Bâteau livre…et tout le reste est littérature





hypnographies série 8/8