DIALOGUES TYPOGRAPHIQUES





– Toi qui écris cette série de dialogues intérieurs, connais-tu « Dialogues Typographiques » ?

– Tout juste. Je viens de les relire.

–  L’auteur a imaginé dans le coin à gauche et en haut de la page…une foule immobile

qui regarde et qui se tait.

– Oui et il a situé la scène…sur les bords de la Seine.

Une nuit d’encre filant la métaphore coule sous les ponts.

– « Sous les ponts de Paris coule… la merde » chantait Béranger (François) dans une très longue

chanson prolongeant l’enragement de Mai 68 et baptisée par antiphrase « Paris Lumière ».

– Un chant tendre et pathétique qui me tire la nuit hors du sommeil. La foule qui entendait le bruit des sabots de fiacre sur les quais a disparu.

– Ai-je bien payé ma dette à tous ces flots d’hommes et de femmes se demande en bouclant sa page ce poète toujours en mouvement qui signait du nom énigmatique de Jean Tardieu.





Dialogues intérieurs IX

LA SEINE DE PARIS N’EST PAS LA SEINE DU HAVRE





La Seine de Paris n’est pas la Seine du Havre

L’une passe et se la coule douce

Devant les boîtes de livres

Amarrées sur les quais

L’autre a été mise en boîte

Par un fils de mer cière

Un Queneau

Qui loin du Pont Mirabeau

D’Apollinaire

Alla à l’école havraise

Apprendre bâtons chiffres et lettres

En se curant le nez.





Il était né un vingt et un février en mil neuf cent trois

Le pont Mirabeau parut en mil neuf cent treize

Noyé dans le recueil intitulé Alcools.

En mil neuf cent trente trois

Raymond Queneau raconta en vers sa sychanalyse

Moitié Chêne et moitié Chien.





La Seine de Paris qui finit au Havre

N’a pas fini de nous enfanter

ET SI JE ME TAISAIS ?





– Et si je me taisais ?

– Nous ne pourrions plus dialoguer.

– En pourtant si je ne me tais pas, je ne peux t’écouter.

– Écoute, on va échanger nos rôles. Es-tu prêt ?

– À quoi ?

– Mais à me répondre !

– Hum. Dis toujours.

– Que faire si ta parole incapable de se taire, trébuche ?

– Éviter de « s’esclaffer », se redresser et repérer l’obstacle qui faillit nous faire chuter.

– Tout juste. Et l’obstacle est en nous. Ce sont nos mots que l’on emploie à tort et à travers.

– Et donc ?

Ne sois pas droit mais redressé.





Marc Aurèle





Dialogues intérieurs VIII

MAIS D’OÙ TU CAUSES QUICHOTTE ?





Mais d’où tu causes Quichotte « De dónde hablas Don Quijote ? » /de un lugar de cuyo nombre no quiero acordarme /(bis)Mais d’où tu parles Charles ? de ce lieu de quelque part comme on disait à l’époque qui prenait feu de toute  part Mais d’où tu jactes Jean Jacques ?  mais du pavé et du ruisseau Rousseau /où passe (ter) mon beau navire ô ma mémoire Avons-nous assez navigué Dans une onde mauvaise à boire Avons-nous assez divagué De la belle aube au triste soir*  au bord de l’agonie /ô ma folie (bis) Mais d’où tu cornes tes gazelles tes licornes sorties des grimoires entassés dans l’armoire de hêtre et d’où tu dictes tes paradigmes perdus des champs de magnésie ? Mais en ce lieu d’utopie Lily /dont le nom m’échappe à jamais (bis)





* Apollinaire La chanson du Malaimé

DIS MOI FRÈRE HUMAIN

–  Dis-moi frère humain, pourquoi malgré le maigre public qui s’intéresse de nos jours à la poésie,

(la vraie), poursuis-tu ta quête du vers parfait ?

– Quelle étrange question dont tu suggères la réponse.

– Mais encore.

– Le vers parfait tu le sais bien n’existe que partagé avec ceux qui semblaient résignés, avec celles qui cherchaient la manière d’échanger leurs lourds secrets.

– Poésie de la multitude ?

– Poésie des formes et des figures au temps des vérités étouffées par la censure, l’humour noir noyé dans l’eau de Vichy, comme poésie hors du temps, issue du rire d’un enfant ou d’une complainte kafkaïenne.

– Je sais bien, mais quand même si tu avais un vers parfait qui te vient spontanément ?

– Tagué à la bombe sur les murs en béton de mai 68 : Sous les pavés la page !          

Dialogues intérieurs VI





Ce 4 avril 2021 où Dany Cohn-Bendit fête ses 76 ans, putain déjà !