PAGES D’ATELIER





Beaucoup de mes poèmes sont des pages d’atelier

écrites à loisir et selon…





le rythme de la plume, les citations juste amorcées,

Kairos le moment unique qu’il ne faut pas rater,

la fantaisie,

le croisement des disparu.e.s et des vivant.e.s qui se chuchotent

les mots issus des banalités de la vie ou des réminiscences de poèmes,

les saignées propres à l’Ancien régime,

les chimiothérapies : cet horrible oxymore,

les sonnets en X des symbolistes,

l’ABC du bestiaire de Borges.





Beaucoup de mes poèmes n’en sont pas,

ou bien sont ces petites pièces décousues

collées sur les pages de mes carnets d’atelier

et destinées à leur disparition

Personne n’y verra que du feu

ENTRE DEUX LIGNES

une voix entre deux lignes




Je fais le tour de mes pages d’écriture

                                                                  au ralenti

                                                                                          et en silence





Entre deux lignes plusieurs minutes

s’écoulent

Comme celles d’un procès

                       en procrastination





Et combien d’entre elles passent

          à la trappe !

Par exemple, curiosité de l’instant,

cette lune à la fenêtre,

dont je ne sais que faire

où la placer sur le papier





Entre deux lignes, c’est le cas de le dire,

Je n’ai aucune ligne préétablie

Aucune ligne à suivre





Mais quand soudain passent les Djinns

« Mur ville et port »

La page entre deux plages de petits sommes

est terminée…

Je m’endors






	

DANSEZ LES PETITES FILLES

agenda du 8 au 14/03/2021




Lundi 08/03/2021

7h21    -Adieu, comment tu vas ? C’est ainsi que l’on se saluait dans mon village natal où les paysans parlaient toujours entre eux en occitan. Et pour se séparer leur adíu (prononcer a-di-ou) était proche de l’adios espagnol.     7h27

Mardi 09/03/2021

2h19    Je fais la course aux improvisations avec la joyeuse bande internationale des acteurs et actrices de Peter Brook aux quatre coins du monde, en Afrique chez les Yorubas, à Téhéran, au Mexique avec le Teatro Campesino, à Brooklyn et enfin aux Bouffes du Nord, sur cet espace vide « entre le sacré et le brut. »

Mercredi 10/03/2021

6h02     « Un homme raconte son histoire et ce sera celle de tous ou de personne. » (Henri Thomas) Le livre que j’ouvre illustre cette citation. L’auteur évoque une reproduction brodée par sa mère de la fameuse « tapisserie de Bayeux » qui me fait ricocher sur le souvenir de sa visite avec le poète Jean Louis Rambour qui m’avait accueilli à Bayeux. Puis, sur la même page, l’auteur revoit une photo prise par son père à Praz sur Arly, où l’on voit en arrière-plan le Mont Blanc. Praz où nous séjournâmes dans un gîte, trente ans après avec Jo et Noémie (2 ans). Merci à l’écrivain Daniel Oster qui publia « Rangements » en 2001

Jeudi 11/03/2021

7h01    Ça m’interpelle mais ça ne me sécurise pas. C’est incontournable mais ce n’est pas gratifiant. C’est obsolète mais je l’assume. Si ça te pose problème tu peux en faire tout un poème.    7h08

Vendredi 12/03/2021

2h55       À la sortie je vais chercher Mathis, 5 ans, à son école maternelle. Dix minutes après nous voilà loin de la ville sur les sentiers de la forêt de Castillon, lui sur son petit vélo avec son casque bleu, moi le suivant et palabrant de choses et d’autres. Nous sommes seuls, le petit roi pédalant et son grand-père un bref instant le Merlin des forêts.      3h04

Samedi 13/03/2021

8h06   Après une semaine de floraison intense, les fleurs de l’amandier se détachent une à une au vent léger, elles tombent tombent, tombent, tombent, petites âmes des contes de fées qui auraient ravi ma Dulcinée.

Dimanche 14/03/2021

1h25     Chansons reprises cette semaine avec l’aide des accords sur le piano : Le Sud (Ferrer) L’écharpe (Fanon) Vingt ans (Ferré) Ma môme (Ferrat) La marine (Fort Paul-Brassens). Chanson la plus écoutée sur ce blog : Dansez les petites filles (Hugo-Dorio). La semaine est finie n.i n.i, mais ce n’est que dans les chansons qu’elle recommen-en-en-ce.       1h30

Dansez les petites filles (Hugo-Dorio)

AU VENT LÉGER DU BEL OUBLI





Il se pourrait évidemment que de ces quelques accords jour après jour composés en silence aucune ligne ne subsiste

Aucune lumière particulière venant révéler ces quelques formes jetées sur le papier et nageant ensuite dans le bac de l’œuvre au noir

 Mais cette idée de non-reconnaissance qui m’effleure ce matin rend encore plus évidente la nécessité de cette page

     feuille d’azur qui s’en va au vent léger du bel oubli

DOUZE PETITS ÉCRITS EN VERS LIBRES





ARDOISE

L’éponge ronde sur l’ardoise

effaçait ton calcul mental

Les craies crissaient

dans notre maison d’école

ouverte à tous les vents





BÂTON

Sur la mi-nuit

Tu remues le bâton d’écriture

Tu vois l’une après l’autre

Les lettres en silence

Tomber

Comme les fleurs

De  ton amandier





CALCULS

Tu te perds

Dans ces poèmes qui n’en finissent pas

Tu commences et tu hésites

Les calculs c’est pas bon

Pour l’imagination





CARTE POSTALE

Ce que tu crois

Tu ne le sais qu’en l’écrivant

Sur une carte postale

Aux abonnés absents





CHAT

Tu te promènes sur tes pages

Comme le chat dans la cervelle

De Baudelaire

Dont on fit un procès

Pour ses fleurs

« absentes de tout bouquet »





CHIFFRES

Les chiffres avec leurs caractères rouges

Te disent qu’il est cinq heures

Ça te fait une belle jambe d’écriture !





ENFANT AUX POÈMES

Tu te sers des poèmes

Comme d’un élixir

Leurs images leurs ellipses

Et surtout tu apprécies leurs

Enjambements. Mais tu le sais

Tout ça c’est d’un autre temps

Celui d’une poésie éprouvée

Dès l’école. Tu y récitais

Le dormeur du val où chante

Une rivière Les colchiques

Et L’enfant au tambour de Follain.





NAISSANCE

Tu te souviens de la nuit où bébé tu sortis de l’eau du bain maternel

Tu te souviens du 24 mars 1945

Tu te souviens de la roue à aubes de l’ancien moulin

Que tu habitas trente ans après

Actionnée par un torrent venu du Mont Né

Tu te souviens de sa musique à la fonte des neiges

Comme d’une renaissance

Qui n’en finit pas





NON-PHRASES

Lancées d’un seul jet

et sans point ni virgule

C’est ainsi que tu écris

Ces non-phrases sautant

D’un vers à l’autre

Au risque de t’y noyer





SECRETS

Tu n’as ni royaume

Ni cheval

Mais cet oiseau

À bec de plume

Qui vient la nuit

Te visiter

Te murmurant

Ses secrets





SOUFRE

Tu as les mains pleines

Du soufre de tes amours jaunes

Et si tu souffres

Tu feins d’abandonner

Cette homonymie

Au dictionnaire

Et à Corbière

Le pauvre Tristan





TOAST

Tu portes un toast à tes poèmes

C’est le dernier d’une série folle

Qui a chatouillé tes heures et tes neurones

À Martigues Bouches du Rhône





12/03/2021