Comme un enfant me dis-je Plus tu vieillis plus tu accueilles les paroles des livres Comme un enfant écoute les contes Que Maman lui lit Comme un enfant tu prends la phrase Qui s’allonge se tortille Sombre et minutieuse comme une ancolie 1 Même si parfois les yeux t’en tombent Comme un enfant qui dort Tu poursuis dans ta tête les belles formes d’art au malheur exercées, Du côté de chez Proust 1 relisant Baudelaire 2 Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau 2
LE BLANC
Le blanc est écriture Du lyrisme la rupture Le blanc c’est ton visage En allé dans la nuit Le blanc c’est ma lumière Noire quand je te songe À blanc disent les enfants D'un rêve qui les ronge
LA FLAMME VACILLANTE DES POÈTES DE L’EXIL
E qualquer margem serve Para receber o lamento Que não cabe no papel Nuno Júdice (1949- ) Et il est une marge qui sert à accueilir le lamento qui déborde du papier (ma traduction) Le poème évoque les poètes de l’exil -littéralement hors sol- Le poète cite Ovide, Dante, Camões (beaucoup de noms, reconnaît-il, lui échappent) Je songe à Clément Marot Poète non pareil Auteur de grandes merveilles Dont le catholicisme fanatique Eut la peau Y sueño a Antonio Machado Qué con facilidad Confundia Belleza y Bondad 1 La nuit quand les mots traversent plus aisément l’Esprit L’esprit de résistance pour celui qui maintient en lui La flamme vacillante de la poésie 1 Et je songe à Antonio Machado Qui, naturellement, fusionnait en lui, Beauté et Bonté.

LENGA D’OC LENGA DE FUOC
Pédasser, péguer, bouléguer.
Trois verbes issus de l’occitan.
Raccommoder, coller, se bouger.
La lenga d’òc
Le parler premier de moun païre
Mon père né dans une ferme d’Ariège
En l’an 1912
Langue d’oc
Dont on l’avait persuadé
Que c’était un pas-toi !
Et qu’il dut troquer à l’école
Pour un abécédaire exclusivement en français
Mais l’occitan enraciné reprenait langue
Dans les travaux et les jours
Du petit homme
Et de celui qui accomplit sa vie durant
son destin de paysan
Moi
Unique rejeton
Né en 1945
Je fus un desparaulat
Privé de parole occitane
Mais mon oreille me l’enseigna :
les chansons du bouïè de mon papa
celles de Marti et de la veine protestataire issue de 68
puis mes lectures de Ventadour
et des autres troubadours
Troba Trouve Trouver
Camina dins lès pás d’Orfèu
E t’entornes pas !
Fais ton chemin dans les pas d’Orphée
Et ne te retourne pas !
LE TCHOT (la chouette effraie)
Plongé dans Don Quichotte Flaubert et la Kabale Je patine Je cavale Toute la nuit J’entends le tchot 1 La chouette du grenier Qui effrayait mon enfance Je chevauche la rosse hantée du chevalier à la Triste Figure les dialogues buissonniers de Bouvard et Pécuchet les bisbilles entre Moïse et Josué Toute la nuit j’entends l’effraie Qui me rassure 1 mot occitan