DE COUPS EN COUPS : LA VIE EST UN COMBAT SINGULIER

Hay golpes en la vida ! Cesar Vallejo Los heraldos negros

Coup de raccroc, de Jarnac, coup sur le nez, la vie est un combat singulier. Coup de ha(z)ard (le jeu de dés), roulent les chiffres des casinos, rien ne va plus, les jeux sont faits. Coup malheureux sur le tapis, sur le billard des insomnies. Zéro, le chiffre te poursuit. Coup sur la tête du philosophe au marteau devenu fou en voyant un cheval mourir sous les coups de son cocher. Coup de tonnerre dans un ciel serein ; la guerre, que l’on croyait objet exclusif des historiens, reprend ce 24 février 2022 dans l’Ukraine pro-européenne que veut anéantir la puissance militaro-fasciste russe. Coup sur les rêves kantiens de Paix Universelle. Coup sur les signes ascendants de l’Utopie d’une poésie qui devait être faite par tous non par un. 1

Coup de raccroc : Juste ou faux par hasard…L’art ne me connait pas Je ne connais pas l’art 2   Coup de Jarnac, coup d’épée d’un duel, porté à l’arrière du genou de son adversaire par Gut Chabot Saint Gelais, baron de Jarnac. Coup sur le nez à ne pas confondre avec avoir un coup dans le nez. Coup de al-azahar : le jeu de dés sur lequel était dessiné el azahar, la fleur d’oranger. Coup sur la suite d’un texte tordu, touffu, écrit en l’an soixante-sixième de mon âge, repris dix ans plus tard en tournant les feuillets blancs et noirs d’un livre 3 voué à sa disparition.

1 Lautréamont 2 Tristan Corbière 3 Jean Jacques Dorio JE T’RÊVE Editions Rafaël de Surtis Cordes/Ciel 2011)

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RÊVES À BORD : VIGIE VIRGILE CENT ANS DE SOLITUDE

RÊVES À BORD

Rêves à bord se dit le rêveur vigilant Rêves de vigie sur des vers de Virgile alias Publius Maro prononcé comme notre bon Marot (je m’avance un peu car latin d’école ne fit) Rêve des vents d’autan venus de la Montagne Noire Rêve d’Auréliano Buendia face au peloton d’exécution qui ouvre le récit du réalisme magique de Cien años de soledad  1  Rêves des pèlerins perplexes devant le Christ Sémaphorique du tympan de Conques Rêves où le rêveur vigilant laisse à ses lecteurs bienveillants le soin de démêler fantasmagories et réminiscences Rêves des coqs à l’âne et des poules du couvent qui couvent leurs œufs homographes Rêves qui n’ont pas de noms et que l’on pousse sur le papier comme simple rêverie sans la surcharge d’aucun savoir 2 Rêves puisés dans les textes de Michel Butor (Matières de Rêves) ou de Philippe Jaccottet (Les Semaisons) Rêves faits maison parmi les près de Naouzos où je gardais enfant les vaches faisant leurs bouses à côté des « tuttes » de grillons Rêves d’Orion et du père Dorio qui appela Sirius son chien de chasse à la bécasse Rêves de jubilation issus de mai 68 faits dans une soupente où m’hébergeait une actrice de tragédies Rêves d’amours délices et orgues Rêves polysémiques de Sapientia : nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse, et le plus de saveur possible 3 Rêves de fin de partie où l’on s’abandonne à l’énergie du vide sans penser ni redouter la venue du Grand Couac

1 Cent ans de solitude Gabriel García Márquez 2 Gaston Bachelard 3 Roland Barthes (derniers mots de sa Leçon au Collège de France)

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JE NE SUIS PAS NÉ D’HIER

NÉGATIONS

Je ne suis pas né d’hier

Je ne suis pas né de la dernière pluie

Je ne suis pas né au temps de l’invasion de la Sicile par les ours du cirque Buzzati

Je ne suis pas né de la reproduction sur un catalogue d’un tableau sur la nativité

Je ne suis pas né de madame la marquise qui sortit à 5 heures après avoir téléphoné à James :

– Allo allo quelle nouvelle ? 

Je ne suis pas né d’un chapeau

Je ne suis pas né d’un cadavre exquis (encore heureux)

Je ne suis pas né de madame Bovary

Je ne suis pas né d’une bouteille à la mer lancée par le poète des Correspondances

Je suis né une nuit de mars 1945 45 jours avant la Libération de Paris

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PERSONNAGES GUIDÉS PAR LES TRACES PHOSPORESCENTES DES NUITS MAGNÉTIQUES

J’ai le goût des mots qui parfois m’entraînent dans des territoires où je me perds avec délices et orgues. Avec Alice et l’orque de la Terre de Feu.

J’ai le goût des arabesques et des chinoiseries de Tchouang Tseu dont le rêve du papillon échappe à toute logique d’un monde conçu par le seul Descartes.

J’ai le goût des cartes (en effet), celles des arcanes majeurs du Tarot de Marseille, dont j’écrivis les poèmes toute une année. Un poète pape de la Géopoétique les lut avec plaisir, pour leur « puissance de langage et d’image », mais il ne pouvait les publier « à cause de leur côté systématique (les Tarots justement) -j’aurais préféré, ajoutait-il, La Montagne des Signes 1(un de mes testes dédié à « la Papesse ») 1 sans les tarots ! » (sic).

J’ai le goût de la perte (non de la perdition). Perdue pour perdue, une vie à l’étoile filante cousue main magnétique des Constellations de Joan Miró.

J’ai le goût de ses « personnages dans la nuit guidés par la trace phosphorescente des escargots » Escargots Caracoles savourés au comptoir du plus célèbre restaurant de Barcelona

J’ai le goût des tobogans où l’on dévale et l’on avale les mots qui nous entraînent avec délices et orgues, l’orque d’Alice, les arabesques d’un papillon de Chine et les arcanes des personnages guidés par la trace phosphorescente de nos nuits magnétiques.

      1 LA PAPESSE TARAHUMARA

Les tarots hument l’air de la montagne des Signes. La Papesse assise sur un siège blanc contemple la roche percée de mythes en lambeaux. Une image de la mort s’en extirpe arrachant la peau du langage et tenant sur son poing un aigle à tête d’enfant. De la montagne descendent chargés de peyotl les indiens aux manteaux brodés poinçonnés de croix de points de larmes et d’éclairs. La Papesse se lève et disparaît dans une bouffée de nuit laissant dans la brièveté du repos le corps tourmenté de la montagne.

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PERDU POUR PERDU

Je me suis bien des fois perdu en des pages qui semblaient être écrites pour m’endormir. Fasciné par des mots troublants 1, j’avais traversé une fois de plus, le miroir des mémoires où un être nouveau m’attendait à chaque carrefour : un enfant sans paroles, une fée qui me transformait en hibou, une naine blanche compagne de Sirius B, un chanteur turlutant, narquois comme un Québécois 2, un contrôleur pointilleux, poinçonnant à tout va, de Pantin aux Lilas. Et je ne parle pas de ces oiseaux de nuit voletant sur ma page, à la lueur d’un petit livre de simple rêverie 3 : le moineau soulcie, la bergeronnette hoche-queue, le roitelet petit monsieur et le fénix, flamme fleurissante.

Ainsi perdu pour perdu, je me retrouve, à la fin des fins, sur les lèvres innocentes qui effacent, un à un, mais en beauté, les poèmes de toute une vie…  

1 Dehors c’est la neige et le gel Les rafales de la tempête Mais dedans un feu substantiel A mis ton jeune cœur en fête Fascinée par les mots troublants Tu mépriseras l’ouragan (De l’autre côté du miroir)  Lewis Carroll 2 Felix Leclerc (Le Québéquois) 3 Gaston Bachelard La flamme d’une chandelle

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