FABULETTES DEVANT LA MER FRISQUETTE

la douce mer était frisquette

La douce mer hier était frisquette

Sa plage de sable balayée par Saint Mistral

Je lui ai fait quelques dessins à la hâte

Puis avant que la vague ne me les mange

Je les ai photographiés

Je vous les laisse regarder

l’enfant au bois flotté

La douce mer hier par bravade

A apporté ses bois flottés

-Ils viennent d’Afrique et d’Asie

ai-je dit à mon petit fils

Il n’a pas semblé convaincu





On a marché sur les rochers

Les roches blanches protégeant le port des voiliers

Qui imitaient les cris des mouettes

Au large pétrolier gaziers chimiquiers

Attendaient leur tour pour être délestés

Arrimés sur un quai de Lavéra

Ils viennent d’Afrique et d’Asie

Cette fois Mathis a dit oui

Puis avant de partir on a chanté

Les p’tits bateaux qui vont sur l’iau

Ont-ils des jambes

Et dans l’auto bien au chaud

On s’est écouté Flocon papillon

Chanté par notre amie Anne

Qui vient de nous quitter

Mais non ses fabulettes

Que les enfants de mon petit enfant

Écouteront avec amour et reconnaissance

ad aeternam

un chat est venu nous visiter

PASSAGES

 
 
 

 « Je ne puis assurer mon objet. Il va trouble et chancelant d’une ivresse naturelle.
 Je le prends en ce point comme il est, en l’instant que je m’amuse à lui.
 Je ne peins pas l’être, je peins le passage. »
  
 Michel de Montaigne
  
  
 D’UN NOM
  
 Do Ri O 
 Rim
 Avec Rio de Janeiro
 Rivière de Janvier
  
 Et si l’on veut
 Griot
 Le père Goriot
 Les immémoriaux
 Et les plumettes du loriot
 Voletant autour d’Io
  
 Je sais c’est idiot
  
   

D’UN PAPILLON

Le Ponge est un papillon erratique et lampiste.

« Une allumette volante » qu’il ne faut pas laisser entre les mains des intellectuels.

Le Cendrars grand comme la main du célèbre manchot

Virevolte chaque fois que l’on pénètre dans la baie de Rio.

Le Dorio se confond avec la feuille d’écriture

Qui brûle à petit feu

Dans son jardin imparfait.





DE LA VIE

En un rien de temps

La vie a passé

Un serpent à cinq têtes

Côté braises

Un buisson de mains secouées

Jusqu’à tomber en cendres

Côté pile

La cible de la beauté atteignant sa flèche

Côté face

L’arc cassé remisé au clou

En un rien de temps





Ça a passé

une chanson enregistrée

au Petit Mas

l’été2019

ÇA A PASSÉ
jj dorio auteur compositeur interprète
accompagné par Philippe Bruguière




UN DICTIONNAIRE À PART MOI

Texte en cours

AINSI DE NUIT EN NUIT JE ME DÉNUITE





Ainsi de nuit en nuit je me dénuite

Je sors des mots inédits ligne à ligne

Je tisse je détisse je rumine

et poème se faisant je m’oublie





Le Temps reviendra bien me tarauder

Mais quand j’écris il est exclu du jeu

De même que ce « je » qui n’est pas « moi »

Ainsi de nuit en nuit ce beau défi





Comme je m’interdis les repentirs

De raturer de faire des biffures

(au risque d’un vers de guingois mort-né)

J’attends je n’écris que quand j’ai trouvé

Comment touiller le feu le miel la cendre





Ainsi de nuit en nuit je dynamite

Fragments fusées désarrois espérances

Rituel d’oubli mémoire du vide

Hypnose Temps perdu Instants précieux





02/12/2020

ANNE MA SŒUR ANNE

écrire pour ne pas mourir Anne Sylvestre
Anne ma sœur Anne

La voix très chère d’Anne Sylvestre s’est tue ce lundi 30 novembre 2020.

Je lis les confidences qu’elle avait faites au début de son dernier mois de « vivante », et encore bien vivante.

-L’époque est violente ?

-Très violente. (Elle véhicule) un fond de peur, (on se demande),

qu’est-ce qui va encore nous tomber dessus ?

Quant aux chansons, et leur « fabrication » :

-Je suis féroce avec moi et avec les mots. Je n’aime pas qu’on les maltraite,

il faut sauver les plus beaux. Je veux que mes chansons soient bien écrites.

J’ai ma fierté.

400 écrites, plus ou moins. Et pas une à mettre au panier.





Si je n’ai jamais eu l’opportunité de la voir et de l’entendre sur scène (son métier,

une fois ses chansons écrites et mises en musique), j’ai été un de ses premiers « fans ».

(mot destiné aux adorateurs des yéyés, évidemment absent de notre vocabulaire).

Premier électrophone acheté en 1964 (étudiant à Toulouse) et premier 33 tours

acheté d’Anne Sylvestre.

Chansons enregistrées en 1960 : Mon mari est parti, Tiens-toi droit !, Je n’suis pas si bête.

En 1962 : Les punaises, Quatre saisons, Éléonore, Valse-marine, Histoire ancienne.

En 1964 : J’ai le cœur à l’ombre, Jérémie, Les amours de l’été, S’ils filent tous dans la lune,

La payse.

Elle s’accompagnait à la guitare entourée de musicos de bonne fortune : Nicolas, le contrebassiste de Brassens, Rosso à la guitare, les orchestrations de François Rauber ou d’Alain Goraguer. Sans compter quelques ajouts de piccolo, hautbois et flûte.

Je relis les mots que lui avait écrit à la main Brassens, reproduits au dos du disque :

« Ce public de France a une tendance fâcheuse à bouder un peu les débuts de ceux qui le respectent

assez, pour se refuser à la moindre concession…et se faire aimer, malgré lui si j’ose dire,

en dérengeant ses habitudes. »

Nous, sa poignée de fervents, et ça dura depuis plus d’un demi-siècle, « déranger nos habitudes », ce fut toujours pain béni.

j’aime les gens qui doutent




SON LOURD ET PESANT SECRET

Son père collabo pendant la guerre, fut le bras droit de Doriot (avec un « t », svp),

ce maire communiste de Saint Denis, qui par dépit, (le camarade Staline

avait préféré Thorez à la tête du parti), tourna casaque, et s’engagea « en uniforme »,

à côté des légions du petit brun à la moustache en croix et à la mèche tombante.

À la Libération, elle assista, elle avait 13 ans, à son procès.

Il purgera dix ans de prison à Fresnes. Anne avait 20 ans, quand il en sortit.

Entre temps elle connut la mise en quarantaine, la honte et l’opprobre, sauf de la part

de la directrice de son école dominicaine, la sœur du grand résistant le Colonel Rémi,

qui elle-même avait été déportée.

C’est sa sœur, sous le nom de Marie Chaix, de sept ans sa cadette, qui raconta

sous forme romancée, cet épisode familial, croisant l’histoire, avec sa grande hache.

Titre du livre : « Les lauriers du lac de Constance ». (1974)

Même à cette époque, dit-elle, elle voulait garder le secret de cette part de son identité.

sur mon chemin de mots

SES PREMIER PAS AU CABARET DE LA COLOMBE

« Au cabaret de la Colombe Y’avait Ferrat Y’avait Béart…Y’avait ma sœur Anne Sylvestre Porteuse d’eau et de bonheur Dans ses chansons on voyait naître Des mots vivants comme des fleurs Comme des fleurs » (Paroles Sani Musique Jean Paul Roseau)

Commencements : «  À la Colombe » et ailleurs, partout où passaient les chanteurs et quelques chanteuses, ce sont 3 chansons d’une jeune interprète, (24 ans), qui avait composé textes et musique et s’accompagnait à la guitare. Du public ressortaient les sinistres cons, qui se moquaient, par exemple, de son grand nez.

Elle en a bavé notre sœur Anne, ravalant rage et larmes, mais, elle a tenu bon. Merci à Jacques Canetti, qui, aux Trois Baudets, le permit.

15 ans plus tard, Anne Sylvestre avait son lot déjà conséquent de chansons « poétiques et subtiles », peut-on lire, et qu’on appelle, à tort d’après moi, « chansons à textes ». Les moqueries des imbéciles, c’était fini, elle le chantait, espiègle et rieuse, à sa manière : Me v’là ! Me v’là ! Ils voulaient mon âme et ma peau, Ils n’ont pas eu mon âme les salauds ! ». (version scène, parfois). Sur le papier c’est plus « léché » : Pour avoir mon âme Et ma peau Fallait messieurs-dames Se lever tôt Oui j’ai la peau dure Je vais mon allure Parfois je me hâte Mais jamais à quatre pattes » Et oui « Tiens-toi droit Si tu t’arrondis tu auras l’air d’une arche Tiens-toi droit tu aurais l’air de quoi ! ».





2018 Tu as 84 ans, tu ne sais pas qu’il te reste 2 ans encore, pour exister. Tu te confies à Annick Cojean, dans son admirable série d’entretiens : Je ne serais pas arrivée là si…

Tu as « au compteur » plus de 400 chansons (« et aucune à jeter », ça c’est moi qui l’écrit). Je les ai toutes écoutées et toutes lues sur le papier, puis maintenant que tu n’es plus là, commence la réécoute dans cette période étrange, et (faut-il l’écrire) favorable, que celle qui suit immédiatement la disparition d’un.e poète admirable.

Je recopie ta réponse à la fameuse question sur « les thèmes de tes chansons » :

« La vie, les gens, l’amour, la maternité si essentielle pour moi, les tempêtes du cœur, la déshumanisation de la société, un mari parti à la guerre en Algérie, l’histoire d’amour tragique de Gabrielle Russier, les enfants qui nous pompent l’énergie, le désastre de l’Amoco-Cadiz, la beauté des cathédrales… J’ai beaucoup parlé de la situation des femmes parce que je connaissais bien le sujet. Et il y avait une sorte de désert puisque les paroliers étaient quasiment tous des hommes. J’ai eu l’instinct de combler le manque. Et puis cela me rendait furieuse de voir des vieux birbes parler par exemple du ventre des femmes ! C’est ainsi que j’ai écrit la chanson Non, tu n’as pas de nom sur le libre choix d’avorter ou pas. »

À la fin tu cites quelques noms de jeunes, ou moins jeunes, pousses qui écrivent des chansons de belle teneur. Sans compter le « maquis de gens », que personne ne connaît. J’en suis, mais ça m’indiffère, du moment qu’une poignée d’amateurs fervents m’accompagnent dans « le doux partage des eaux ».

« L’ultime partage des eaux Arrivera pianissimo Nous n’aurons pas le dernier mot Qu’importe Avant de faire le grand saut Boirons à même le goulot La gorgée que le chemineau Emporte Partage des eaux Partage des eaux »

j’ai plus d’chansons dans ma besace
jj dorio acompagnement phil. bruguière
une chanson que j'aurais aimé qu'Anne Syveste écoutât

"La femme du vent La douce amère
Une sorcière comme les autres
Écrire pour ne pas mourir
Habillez-moi avec les mots
d'Anne Sylvestre Porteuse d'eau"


Sur les ondes
2 entretiens exceptionnels (5 fois demi-heure)
https://www.franceculture.fr/emissions/a-voix-nue/hommage-a-anne-sylvestre-15-une-enfance-heureuse-marquee-par-la-guerre
à voix nue entretien avec Hélène Hazéra (30 décembre-3 janvier 2002) à 68 ans

les grands entretiens sur france musique avec Jean-Baptiste Urbain
https://www.francemusique.fr/emissions/les-grands-entretiens/anne-sylvestre-1-5-je-suis-tentee-maintenant-de-parler-quelquefois-un-petit-peu-67562
décembre 2018 (84 ans)