POÈME TU VAS VERS QUI VERS QUOI ?





Les mots c’est nous      les mots sans nous

 tout aussi bien

                       1

Un feu d’herbes sèches

un visage à peine un ciel léger





la chaleur qui vient à trembler

au bord de l’autre rive





à tenter le signe

à soustraire l’ombre de la nuit

aux confins de ma pensée





2

Ce matin à tirer la ficelle du temps

à répandre le jour par un ciel gris





à dire d’une voix étouffée

toute la neige à venir





comme l’air dans sa pauvreté

une étoffe mal seyante





et l’apparence du dire

à heurter quoi

au fond de quelques mots

perdus

avant d’être prononcés

3

Poème tu vas vers qui vers quoi

peu importe ici je m’arrête





je ne puis plus rien pour toi

ta liberté se donne par ma solitude

ce que l’on dira de toi ne me délivrera de rien

que ta chaleur soit comme l’obole des morts





une page blanche

à jamais





Jean-Marie Corbusier





Mille mercis de m'avoir envoyé  cette belle page de poésie 
J.M. Corbusier conclue ainsi l'éditorial du dernier Journal des Poètes (89° année)
"Le Journal des poètes est un grand voyage, car voyager, 
comme le suggérait Proust, c'est changer de regard."

« un feu d’herbes sèches voix » piano JJ Dorio
« la ficelle du temps voix » piano JJ Dorio
« poème tu vas vers qui vers quoi » en chanson JJD

	

TROIS POÈMES POUR PERSÉVÉRER





3 poèmes écrits cette nuit (29 octobre2020)

après l’annonce du confinement général,

en temps de détresse.





Pandémie : la passé bat avec plus de force que jamais.





« il suffit que viennent à manquer les étais ou les soutiens concrets et relationnels de notre autonomie

pour que l’on se rende compte que cette vulnérabilité fondamentale, perdure la vie durant. »

Marie Garrau





1

La folle de Chaillot je ne sais plus qui c’est

Tayaut tayaut tayaut

Le roi de la pampa ça je connais bien mieux

Queneau Queneau Queneau

Fabliaux sur les parvis Poèmes in-folio

Mon dictionnaire de rimes ne connaît pas Dorio

Yoyo yoyo yoyo





2

Est-ce bien moi qui fait le zouave ?

Ou Reverdy dans la détresse ?

J’entends dans son gueuloir Gustave

Verlaine compose Sagesse

Est-ce le bon vieux temps douceâtre ?

Ou Breton au père Lachaise ?

Je cherche l’or du temps

A t-il fait inscrire sur sa pierre





Oui c’est bien moi qui fit ces tresses





3

Les pages de mes livres

Ont une vie difficile

Il y tombe des larmes

Aussi bien que des rires

Les pages de mes livres

Blanchissent dans la nuit

Putains se refont une virginité

J’aimerais que Villon les lise

Clément Marot et Jean Tardieu

Ce sont poètes qui m’inspirent

Les pages de mes livres m’obligent

à persévérer





Martigues nuit du 29 octobre 2020

PAROLES SUR LE PAPIER





EH, BIEN, ce sera une parenthèse (comme une confidence à ma lectrice).

Eh, bien, ce sera un récit pépère, mais comme si, de temps en temps,

on ajoutait une nouvelle couche (comme pour réveiller le lecteur).

Eh, bien, on ne sait trop jamais, chez ce romancier hors pair, d’où il sort

ses histoires abracadabrantesques (ce qui agace singulièrement le lecteur,

spécialiste des notes de bas de page.)

Eh, bien, sous la parenthèse, ils et elles, ne sont pas nombreux (ou nombreuses),

à saisir les railleries imperceptibles (c’est un grand livre à peau de bique).

Eh, bien, paroles sur le papier, comme le remarquait Ponge, (l’Enragé),

ne sont pas loin, au bout du conte, d’être annulées (« Il n’y a pas loin, de fait,

du papier au panier »).

annonce de confinement : mouvement 2

OUTILS D’ÉCRITURE





MON OUTIL, je puis ici le nommer : Pilot, V7HI-TECPOINT, Pure Liquid Ink.

De lui, vient le flux des paroles, la rumeur des images, dont je n’avais pas idée, le fil d’une écriture prête à se rompre, mais que je tire jusqu’à la fin d’une page, qui souvent m’échappe, se dérobe, mais que, coûte que coûte, je maintiens ferme, jusqu’au dernier mot.

J’écris à l’oreille, j’écris à l’encre noire, faisant tout mon possible pour résister à ces hérauts noirs, qui envahissent les poèmes de deuils et de douleurs.

J’écris des fadaises que je laisse aller, mais que peut-être je modifierai, quand je passerai mon écrit au clavier AZERTYUIOP, impersonnel.

La page va se terminer. Je l’ai écrite en lisant un romancier dont l’outil est un crayon, avec lequel il écrit à voix basse. Ce crayon présente une gomme à l’autre extrémité, avec laquelle il efface, au fur et à mesure, ses repentirs.

Et toi, dis-nous, comment fais-tu ?





UNE AUTRE MANIÈRE DE L’ÉCRIRE

TOI QUI ÉCRIS tes pages d’abord à la pointe fine puis au clavier azertyuiop et toi qui les lis je ne sais où ni comment toi qui écris cette page à 4.04 dit le marqueur rouge du temps et toi qui la lis sur ton écran en te disant ce type est fou qui mêle forme et force figure tournure patience et longueur de temps toi qui écris telle nuit telle heure en telle année et toi qui lis mondant la paille du grain cherchant le sens dans le non-sens toi qui écris et qui te lis mais comme un autre le traducteur d’une vérité intelligible mais indicible comme telle ça pourrait être Sisyphe ça pourrait être les Parques ça pourrait être le mythe de l’éternel retour…