LE POÈTE DÉPOURVU





LE POÈTE DÉPOURVU





Pauvre poète

S’abreuvait de mots dorés

Pour dorer la pilule

À ses mécènes

Afin d’obtenir quelques subsides

D’eux





« Poète dépourvu »*

En rajoutait un peu

Avec l’humour rentré

D’un affamé

Qui « pauvre ment »





Mais poète aussi

sans le dire expressément

appliquait les canons épistolaires

mis à jour par Érasme





D’abord tu flattes

et persuades ton donateur

que c’est la personne idoine

qui correspond à ta requête





Ensuite tu formules

mezza voce

ta demande





Enfin tu remercies

ornant tes rimes

« par science et art gent »





Pauline Dorio reprenant

« les épîtres de requête

de Roger de Collerye

« poète dépourvu »

en fait la démonstration





un article paru dans un ouvrage collectif

franco-allemand ayant ce titre

qui est au cœur de notre présent :

Vulnerabilität/ La vulnérabilité)





L’ÉCRITURE THÉRAPIE





L’ÉCRITURE THÉRAPIE

Pour toi, ce silence et l’infini d’une parole, d’une douleur toujours renouvelée, que grâce te soit rendue.

Max Alhau (Ici)

La mort de Josiane D.

a brisé le miroir  de Jean Jacques

Il l’écrit crûment

comme fragment d’un double

écartelé et décentré

Mais l’écrire n’est pas nostalgie

vers un bonheur du passé

L’écrire, et oser le faire lire,

manifeste la persévérance de nos voix

entre deux silences :

la voix de l’absent.e perdu.e

et celle des derniers lecteurs

qui vivent encore le rituel de poésie

entre « heureux mortels » qui font appel

aux Muses disparues

et à l’écriture d’un poème

qui par le travail sur la langue agit

Ainsi Je et Nous s’interpellent

Ce qui donne sens à l’écrit





Nous embrassons et ceux qui ont été

et ceux qui ne sont point encore,

non que les absents.

Michel de Montaigne

SIXIÈME ANNÉE POUR MA BELLE ENDORMIE

J'aimerais t'écrire quelque chose d'inédit
Une ruse un pas de côté
Comme font les poètes
Quand ils accouchent sur le papier
D'un rêve que nul n'a jamais fait

Mais l'horizon recule toujours plus
D'année en année
Aussi en cachette pour que personne ne me voit
J'ai posé les chiffres de la multiplication
Avec ses retenues
Comme je te vois encore le faire
Certain soir
Où tu imaginais des problèmes
Pour tes élèves

Ça fait exactement
Deux mille cent quatre-vingt-dix jours
Que tu as eu la ridicule idée
De nous quitter

25 mai 2020

Demain dès l’aube
un enregistrement brut
pour un chant improvisé
en hommage à ma belle endormie
01/12/2017 8h53
Demain dès l’aube
une autre version
de ce poème sublime de simplicité
de Victor Hugo
plus actuel que jamais

26/11/2017 14h32

(si j’enregistre le titre en studio un jour
quelle version préférez-vous ?)




version 3
un bouquet de houx vert
et de bruyère en fleur
17/11/2017 20h39

LE TEMPS QUI COURT

écrit tel quel
à la course
ce 24 mai
à 1h30
demain je l’écrirai sur le clavier
et puis je le dirai
enregistré


LE TEMPS QUI COURT





Le temps qui court est arrêté

Dans le jardin des grands récits

Le mien est si petit





Il n’y aura bientôt plus personne

dans la course à l’abîme

du Dante ou de Shakespeare





Le mien est si petit

qu’il tombe dans l’oubli

au fur et à mesure

que je le décline

sur ma page de nuit

blanche





La course infinie

des grands poètes et prosateurs

m’a toujours fait peur





La mienne ressemble

au petit trafic des fourmis

que quelques spectateurs abrutis

couvrent de poudre grise





L’Enfer gémit la Tempête hurle

Les morts hantent la scène

De fosses peu communes





Dans mon petit jardin

à l’écart des grands récits

J’enterre mes fourmis

le grain à grain du texte
dit par la voix
de celui qui l’écrivit

METTONS QUE JE N’AI RIEN DIT

hypnographies
Dorio
23/05/2020

je parle au papier
avec ma voix
23/05/2020
11h30




Mettons que je n’ai rien dit.

Mettons que je m’appelle Ishmaël

et que pour chasser le cafard

l’envie me prend de naviguer.

Mettons que cette écriture,  

se fait en mode survie.

Mettons qu’elle se perd

dans Méandre fils d’Océan

et de Thétis.

Mettons qu’elle se relance

par ricochets et palets

d’une marelle étourdissante.

Mettons que cet exercice

de chevet  anaphorisant

m’évite la prise d’anxiolytiques.

Mettons que je traverse ainsi

mes intimes altérités

croisant  personnes et personnages,

lieux, paysages, époques, pensées

perdues et retrouvées,

scènes autres et nourrissant

mes feuilles d’ombre.

Mettons qu’à la différence

de l’écriture d’une poésie

qui requiert un temps infini

de retouches et variations,

ce dictionnaire s’écrit

d’une traite et joyeusement

à part moi.

Mettons, en effet,

que je n’ai rien dit.





UN DICTIONNAIRE À PART MOI

« Patchwork in progress)