CEUX QUI COUSENT ENSEMBLE DES CHANTS NOUVEAUX

ÉCLAIR DE NUIT
Il a brouillé l'image venue du satellite
Hier il faisait sauter les plombs
Et maintenant après l'orage
éclair de nuit
sont les trois mots d'un poème incertain
Mais dont tous les choix pour la suite sont permis
pour l'esprit qui ruse et qui divague

Je m'inspire ainsi d'un ouvrage lumineux
sur Homère
notre père
d'un mythe qui ouvre, mais de manière réglée,
à la variation, à la fantaisie*

Qui fait suite au  "déconfinement"
pour ceux qui ont intégré le slogan 
Restez chez vous
comme un manque une perte
de leur vie quotidienne

Mais sous les mots ici
tout au contraire
un vivant à poursuivi l'envie de lire
et d'écrire des poèmes
ou des textes approchant
le désir des rhapsodes :

Recomposer le monde
Qui sans cesse se défait
Le tisser de ces pièces 
qui cousent ensemble des chants nouveaux




*HOMÈRE 
Pierre Judet de la Combe

premier jet
puis dessin en vis à vis
Dorio
15 mai 2020
02h20

MAI 68 Ç’AVAIT ÉTÉ UN AUTRE TEMPS





68 renversé c’est 89





Ç’avait été un autre temps

Le temps des cerises si vous voulez

Ç’avait été le temps

Celui des cadences rompues

Et des rougeurs au front

Dix ans qu’on s’était rien dit

Bonjour bonsoir ça va ?

Dix ans qu’on s’était laissé attraper

À notre transistor

À notre bagnole

À notre Gogole

À la femme qui veut une machine à laver

Au tiercé

Dix ans qu’on achetait achetait achetait

Dix ans qu’on consommait consommait consommait

Ç’avait été le temps où revenait le goût de ce type

qui rit qui gueule qui en a marre

et qui le dit

Le goût de l’homme

Et de la femme qui veut se libérer

Ç’avait été le temps de la Fraternisation

Vous entendez ?

La Fraternisation





un poème écrit au vif de Mai68

et aussi (de mémoire)





Nous allâmes aux fêtes de Mai

L’âme agitée d’une joie sans pareille

Nous allâmes aux fêtes de Mai

Jamais nous ne serons les mêmes





MAI 68
encres acryliques
Dorio
14 mai 2020

UN PETIT POÈME QUI NE SE VOIT PAS





« Le poème ne meurt pas d’avoir vécu; il est fait expressément pour renaître de ses cendres et redevenir indéfiniment ce qu’il vient d’être. »     

Paul Valéry





Un petit poème qui ne se voit pas    Un petit poème qui se mord les doigts

Un petit poème qui a le fou rire       Un petit poème plutôt infantile

Plutôt infantile mais qui sait profond ?    Plutôt infantile à saute-moutons

Plutôt infantile mais qui fertilise         Trois arpents de soi qui fleurissent déjà

Et l’on peut si l’on veut bien continuer          Et l’on peut sans rimes ni raisons

Sous sa cheminée souffler sur ses braises   Mais surtout s’il vous plaît sans faire de fumée

Car il s’en irait le petit poème                          Ce petit poème qui ne se voit pas…

............
Tableautins à l'aquarelle
et ce qui s'en suit
sur l'espace Rêveuse de Mots
https://reveusedemots.blogspot.com/

UN POÈME LÉGUÉ À JULES SUPERVIELLE





à Jules Supervielle

mort un 17 mai

il y aura soixante ans

dimanche





Ah ! fais-moi une petite place dans la lune

demandait un brin moqueur

Jules Supervielle à Jules Laforgue

Tous deux natifs

-Ça ne s’invente pas-

 de Montevideo





Cette nuit à mon tour

Je demande au premier

De me faire comme lui

Ami des grandes profondeurs





Ami de ce passage à l’acte

Où à partir de rien

Quelques mots qui bougent dans la tête

Nous voilà commençant

L’écriture d’un « poème »





On l’appelle ainsi

Ça peut toujours servir
Tout le long de nos vies

Où l’on décline

Sans trop en savoir l’ordre

le triptyque

Poèmes Poètes Poésies





Celui-là cette nuit

Je l’écris comme Jules

À la lueur d’une bougie

Couché dans mon grand lit

Dans l’immobilité





Attention très fragile

Est ce nouveau-venu

Je cache sa figure

Aux lecteurs trop hâtifs

Qui croient s’y reconnaître





Attention très secret

Un peu de nos âmes s’y glisse

Du temps qu’elles étaient enfantines

Vivant dans cette haute mer

D‘oublieuse mémoire





Voilà à peine commencé

Je juge déjà que j’en ai trop dit

Le dit le dire-lit

Je l’achève ainsi

Sans préavis





J’ai dérivé sans dérêver

En essayant de ne pas trop obscurcir

Mon propos





Il est désormais à ceux et celles

Qui sans tambour ni boute-selle

L’ont accompagné étonnés

Jusqu’à ce mot dernier

Pour qu’ils en fassent bon emploi





                                                                    ce 12 mai deux mille vingt

à deux heures pile

ACCENTS RESTÉS DANS LA VOIX D’AUTRUI





Petit nuage en pantalon

Avec mes pleurs engloutis

Au fond des pages

 Claude Brugeilles

(Passe mots)

Editions La Découvrance (2016)





à Claude Brugeilles





Ni fleurs du mal

Ni fleurs du bien

Mais ces quelques lettres au vent de la nuit

Que je partage avec quelques vivants

Mais une infinité de disparus





Le stylo trace ses lignes

Apparemment sans but

Tel un tisonnier

avec lequel on fouaille ses cendres

et ses mots clés :





miettes, fragments, poussière, imagination,

accents restés dans la voix d’autrui*…





Assis devant un livre que je feuillette

Regardant les lumières des bateaux

Sur la passe maritime

Écoutant un raga de nuit





Ni fleurs ni couronne

Mais l’amour des figures

Que tisse la poésie





*Antonio Tabucchi

Il se fait tard de plus en plus tard

Claude Brugeilles
Aucune encre noire épure
hormis celle des cyprès et des nuits
ne confine au reposoir
l’écriture des neiges
C.B.