
aquarelle
dessin blanc
Dorio

d’hypnographies
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour


le titre est dû à Jacqueline Saint-Jean
« Matière ardente »
vient de paraître
LE COUPE-PAPIER s’allie au papier de qualité Un romancier qui jouissait de la théorie – dans les années 70 c’était quasi-obligatoire – te fait remarquer qu’au fil de l’épée comme disait le Général tant moqué et brocardé en Mai68 Au fil de l’épée tu te fraies un chemin de lecture comme au plus touffu d’une forêt
TE VOILÀ DERECHEF dans les réminiscences du poète florentin come di neve in alpe sanza vento « comme neige sur l’Alpe une nuit sans vent »Tu t’es autorisé à ajouter « une nuit » pour ta traduction présente Car foin d’ Alighieri toi tu as passé plus d’une nuit à regarder la neige tomber sous la lucarne d’un grenier un livre de poèmes sur tes genoux c’était non dans l’Alpe mais dans les Pyrénées
LA SUITE TU L’AS RATURÉE chose très rare pour toi qui aimes écrire dans l’extrême lenteur faisant tienne la formule de maître Montaigne j’ajoute et ne corrige pas La suite ravivait d’anciennes blessures te faisant passer du grenier d’un conte enchanté à cette espèce de soupente où après ta contribution active et joyeuse durant la journée à écrire sur les murs de Mai tu sombrais nuit après nuit dans la lecture de ce roman Der Mann ohne Eigenshaften où Ulrich L’homme sans qualités échouait à trouver la formule mathématique d’une vie qui déclinait cette alliance paradoxale de précision et d’indétermination selon la traduction de Philippe Jaccottet
LE LECTEUR A POSÉ SA VALISE…(à suivre)
La citation sur le coupe-papier « au fil de l’épée » est due à Italo Calvino
Poèmes ce matin
Sont ces présents
Dans l’œil
Bois de pins
Palmiers
Mistral léger
Et ce ciel bleu
Qui tant exaspère
Les poètes nuageux
LA NOSTALGIE DU PRÉSENT
Jean Jacques Dorio un recueil de poèmes
à lire et à relire à
Encres Vives 467°
Le roi Raymond Queneau écrivit dix sonnets
Dont chaque alexandrin fut par lui séparé
Sur quatorze languettes de papier découpé
10 puissance 14 vous zavez ka compter*
Moi je les ai classés dans ma verte chemise
Je les apprends par cœur chantant leur Oulipo
Poètes en ce moment pataugent dans la crise
Ils grelottent les pauvres sans les os ni la peau
C’est ainsi tu le sais que le temps des cerises
En semaine sanglante termina au tombeau
L’Histoire et sa grande H à tous nous traumatise
Mais je persiste et signe cherchant les chocs verbaux
Sur le papier mes vers font une belle trotte
Me donne mon cheval les gambades et la crotte
La poésie quand même c’est fait pour les lutins
Leurs baraques à tous vents leurs coquilles baroques
Frères humains et sœurs il faut bien qu’on débloque
Tout poème fini est une vis sans fin
*Cent mille milliards de poèmes
Raymond Queneau
Tu as pris des trains d’exception
celui de Cuzco destination Macchu Picchu
le train des indiens et des hippies
l’été 1970
Tu te souviens dans le compartiment
qu’au cours des discussions sans fin
une fille parlant de son compagnon
te dit :
si le das pelota
si tu le relances
vous allez y passer la nuit
À l’époque toi aussi tu attirais l’œil
poncho barbe et cheveux longs
et béret noir
comme celui du père Dorio
Tu pourrais aussi bien tout inventer
et même t’inventer un nom
pour un roman
que tu n’as jamais été capable
d’écrire
Et maintenant qu’est-ce qui va se passer
demande le narrateur au lecteur
inversant le jeu de rôles
Et dis-moi au fait
tu pourrais y mettre
un peu de toi
Imaginer une suite
qui prend au mot et à revers
cette boutade d’un penseur
qui n’aimait pas
l’innocence la verdeur
la fantaisie romanesques
Lors la marquise du Flore descendrait
du train de Macchu Picchu
à cinq heures du soir
Elle aurait troqué le mal des hautes montagnes
contre une malle de colifichets
et de falbalas
portée à dos d’homme
par son factotum
son fidèle Zénon d’Élée
m’as-tu-percé-de-cette flèche-ailée
qui-vibre-vole-et qui ne vole pas
Suite au prochain numéro
pourrait-on lire sur le journal du soir
après la double page
consacrée au feuilleton
citation Le cimetière marin
Paul Valéry