LA VIE PASSE AINSI

Comme l’ombre de mon dessin
de plage
La vie passe ainsi
Tout en semblant immobile
 
  tout bouge
 le vent le vide
 l’étoile la toile de Pollock
 le chant du silence
 l’œil fendu de Buñuel
  
 et cependant
 on croit qu’il s’agit de crier
 Cogito !
 pour arrêter le sablier
  
 tout bouge
 tout se meut
 c’est la branloire universelle
 du châtelain de Montaigne
  
 tout se transforme
 les rires en larmes
 le vivre en mourir
  
 tout renaît
 sur la scène
 du théâtre de la cruauté
  
  
   

tout bouge

le vent le vide

l’étoile la toile de Pollock

le chant du silence

l’œil fendu de Buñuel





et cependant

on croit qu’il s’agit de crier

Cogito !

pour arrêter le sablier





tout bouge

tout se meut

c’est la branloire universelle

du châtelain de Montaigne





tout se transforme

les rires en larmes

le vivre en mourir





tout renaît

sur la scène

du théâtre de la cruauté

L’ANCIEN JEU DES VERS

Pardonnez-moi de ne plus connaître l’ancien jeu des vers

                          Apollinaire





J’oublie le jeu subtil des vers

Les saisons de l’amour et leurs flammes

Les yeux clos de l’hydre univers

Le paysage fleuri de l’âme





J’oublie les êtres que l’on crée

Simplement avec une plume

Ou sur l’ardoise d’un doigt de craie

Enfant des barres et clairs de lune





J’oublie ma petite science

Lignes réglées sur le papier

Panier d’osier qui se balance

Au gré des fruits du citronnier





J’oublie ainsi ici ailleurs

Dans le jardin décapité

Où tu ne viens plus me tendre

Tes lèvres matinales





Toi que je ne veux oublier

IL FAUT CONTINUER

Il faut continuer, je ne peux pas continuer,

 il faut continuer, il faut dire des mots tant qu’il y en a,

 il faut les dire jusqu’à ce qu’ils me trouvent, jusqu’à ce qu’il me disent.

Michel Foucault

leçon inaugurale au Collège de  France 2 décembre 1970





continuer

il faut continuer









continuer

fendre son bois pendre don hamac

écouter les histoires sans fin des chaman.e.s

lire tous les poètes d’hier et d’aujourd’hui inconnus du public





continuer

éclairer par l’écrit ta nuit noire





continuer

tes figures imposées

le mot qui vient

le ligne à ligne

le bloc qui se fait et qui se modifie légèrement

en passant du manuscrit au tapuscrit

ici

sur poésie mode d’emploi





continuer

sur le chemin qui bifurque

et qui ne se fait qu’en l’empruntant





continuer

cette initiative laissée aux mots

sans rien en attendre sans espérer la résolution

de tes maux





continuer

les nuits qu’il faut veiller et dorloter

les nuits vigie des histoires sans fin

qu’il faut continuer


	

SONNET DES DIMANCHES

Ah! les dimanches Ah! les didis

Ma maman met sa robe blanche

Papa ses crampons de rugby

Ah! les dimanches Ah! les didis





Grand mèr’ rumine ses prières

Grand’ père pourrit dans un trou

Ah! la guéguerre Ah! la jolie

Que reste-t-il de nos dimanches ?





Nos murmures et nos fantaisies

Quelques chansons de nos ancêtres

Quant te costeront les esclops*





Les sabots le béret les jeux

de quilles et de cartes truquées

Et ce sonnet inachevé





*Combien coûtèrent tes sabots (occitan)

AU LECTEUR DE BONNE FOI

 
 
  C’est icy un livre de bonne foy, lecteur.
 Les Essais de Montaigne
  
 Je n’aurai jamais le temps de me prendre au sérieux
 Ni – rassurez-vous –de me pendre au réverbère
  
 Je n’aurai jamais le temps de lire tous les livres qui m’entourent
 Mais chacune de leur page qui me renouvelle me fait oublier 
 La peur de ne pas parvenir au bout du voyage
  
 Je n’aurai jamais le temps de réparer toutes les pièces qui me constituent
 Mais j’aurai ouvert mes lignes à ce lecteur de bonne foi :
  
 Il ne sait rien au juste mais son énergie en mouvement réside 
 dans le transport du corps de l’esprit et des sens 

C’est icy un livre de bonne foy, lecteur.

Les Essais de Montaigne

*

Je n’aurai jamais le temps de me prendre au sérieux

Ni – rassurez-vous –de me pendre au réverbère

Je n’aurai jamais le temps de lire tous les livres qui m’entourent

Mais chacune de leur page qui me renouvelle me fait oublier

La peur de ne pas parvenir au bout du voyage

Je n’aurai jamais le temps de réparer toutes les pièces qui me constituent

Mais j’aurai ouvert mes lignes à ce lecteur de bonne foi :

Il ne sait rien au juste mais son énergie en mouvement réside

dans le transport du corps de l’esprit et des sens

*

« Ayant l’expansion des choses infinies

[…]

Qui chantent les transports de l’esprit et des sens »

Baudelaire (Correspondances)