SANS REPOS





Et lentement nous quittent toutes les choses terrestres

Succession des saisons du Corps et de l’Esprit

Aucune nostalgie ni fuite dans la fausse poésie

Mais le rythme de ces quelques lignes écrites

En retrait des tumultes du monde





Le crayon sur la page

Dans le hamac ouvert

Auprès du mimosa

Et de la haie de laurier

Donnant ses derniers roses





Un jeu à quatre mains

Où les pensées sauvages

Vont et s’échangent

Sans barguigner





Ce qui est commencé par l’un

Est continué par l’autre

Sans repos*





* Roland Barthes (l’Empire des sens)


	

MUSIQUES SUR L’ARC DE L’ESPACE-TEMPS

MUSIQUES SUR L’ARC DE L’ESPACE-TEMPS

en vers décasyllabes qui rebiquent





À certains moments, longs ou brefs, répétés ou isolés, tous les poètes qui le sont vraiment entendent l’autre voix. Elle est étrangère et c’est la leur, elle est à tous et à personne.

Octavio Paz





Les promesses de l’aube : le soleil

est un ballon l’ancre est une ficelle

venue d’un trait de plume.  Ma sœur femme

 100 têtes* s’entête et fait les yeux ronds

aux lettres qui sont le sel de nos vies

Œil attrayant œil arresté** Mon œil

s’oublie et s’enroule autour de la barque

du pêcheur d’étoiles À la croisée

des voies à six voix et viole de gambe.

La mer, l’aile falquée d’une mouette,

les traits de Braque et du pauvre Ni

Colas sautant du toit-terrasse d’Antibes.

D’oc et d’ocres, de violet et de noir,

les notes s’égrènent et s’engrainent, l’espace                

accordé au désir d’éternité.

Là-bas l’improbable et l’insaisissable.

Blablablabla, petit carré de terre

où l’on sème ses graphes et ses griffes.

Une aile un rire une passerelle

dans l’arche où chaque voix tresse une corde

nouvelle à son arc. Collages, ramages,

En marge : Où est l’oiseau ? Où est la

femme ? Où est la main des roselières ?

Et le cri de l’oiseau-lyre : Plus loin

Toujours plus loin ! Sous le buvard des cendres

douleurs, souffrances, noirceurs -, il y a

le miel du poème. Chant général :

mientras la oscura tierra gira

con vivos y muertos. *** Et bien d’autres

musiques sur l’arc de l’espace-temps.






*Max Ernst ** Saint Gelais *** Pablo Neruda

« pendant que la terre obscure tourne

avec les vivants et les morts »





Martigues septembre 2013

UN GRAND GROS LIVRE





Un grand gros livre dressé sur mon bas-ventre mes cuisses et mes genoux : stimuler les cinq sens lis-je.
Les cinq sens d’un même mot par exemple.
Reconnaissance du paradis, le jardin clos des persans qu’ils nommaient paridaisa.
Jadis, naguère, je le nommais de mille manières en 4 recueils* pour 4 lecteurs, comme l’on dit des chats.
Un gros grand livre et ses trésors de labyrinthe en utopie, inépuisables allégories comme une partition musicale aléatoire et combinatoire, comme un tableau monotype ou la non-figuration nous emporte dans les sous-bois des pré-textes, sous-textes, hors-textes.
Hasards en lutte avec Harmonie.
Un gros grand livre sur et dans ma tête en vision simultanée, réduit maintenant à cet exercice dérisoire, ridicule, atypique, écrit sur une feuille de filtre à café, mais « suffisamment pour ouvrir les yeux », à ceux et celles qui aiment le désordre des signes en rotation, qui creusent labyrinthes, jardins, éphémères paradis.
 
* « Présents de Paradis », « Éphémère Paradis » « Lector in Paraiso », « Petites feuilles de Paradis »
Encres Vives (collection Encres Blanches)
Jean Jacques Dorio
 
 
 
 

JE N’ARRIVE À VIVRE BIEN QU’AVEC LA NUIT

 
Je n’arrive à vivre bien qu’avec la nuit.
Aveugle d’abord, durant ce fameux premier somme,
où s’introduit et nous agite la folle du logis.
Puis les yeux se dessillent et l’on suit les pas du premier venu,
un livre qui nous a endormi, ou un autre que l’on va chercher
à tel endroit de sa bibliothèque,
soudain pris par la manie de le consulter à nouveau.
Cette nuit c’est Hugo,
Tous deux muets nous contemplâmes le ciel où s’éteignait le jour,
Que se passait-il dans nos âmes ? Amour Amour !
C’est le corps ma compagne, longtemps à mes côtés,
c’est son corps dont je n’apprends pas à me passer.

Puis les yeux à nouveau fermés,
je vois se dessiner « demain dès l’aube »,
le sonnet dédié à Léopoldine
dont la mort laissa trois ans, dit-on, le père Hugo,
sans plume et sans papier.
Une voix venue d’Outre-Tombe me le récite,
mais « coince » soudain sur un vers,
celui qui suit « je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps ».
Je sais qu’il est question de « pensées »,
de celles qui nous plongent, contre notre gré,
dans nos ténèbres intérieures.
 Je fais alors la lumière et mets un terme à ce texte ainsi couturé.
Par sa perte.


	

PETITES OCCUPATIONS DU 3 SEPTEMBRE 2019

Écouter dans les bois de pins la musique des dernières cigales
Suivre amusé une hirondelle de mer 
faisant un vol évolutif
au-dessus de la plage de sable

Nager seul dans la mer froide
désertée de ses vacanciers

Et poursuivre son écriture incertaine
Dans le labyrinthe de la poésie universelle