MAL VIT QUI NE S’AMENDE

 


À mes ami.e.s poètes
 
 
Éclaircir sa tristesse
Sur la page éclairée
Par nos constellations
 
Comme des vers anciens
Respectant la césure
Et l’esprit des épîtres
 
Mal vit qui ne s’amende*
Disait à ses amis
Ce poète brûlant
Après l’avoir fauché
Le chiendent du jardin
La zizanie des vers
 
Mal vit qui ne sait pas
Sa tristesse tourner
En cueillaison d’un rêve**
 
Comme ces vers nouveaux
Adressés à ses ami.e.s
Œuvrant ès poésies
 
 
* Michel d’Amboise
(merci à Pauline Dorio)
 ** Stéphane Mallarmé

DANS MON JARDIN D’ÉDEN

Le monde va au pire
Je le lis sur ce livre
Au demeurant joyeux

Dans mon jardin d'Éden
C'est le jour des amandes
Qui rosissent au soleil

Un livre de lectures
Fait par un dyslexique
Qui marchait en lisant
Pour retrouver sa langue

Les martinets m'enchantent
Je laisse mes lectures
Et m'envole avec eux

C'est midi juste ciel
Un air frais sous l'azur
Ma mémoire vacille

J'abandonne ces lignes
Paradoxal bon heur
Je ne sais qu'ajouter









	

QUI VIVE ?

 

Qui vive ?
Des amours et des morts
En sourdine
Ou à coups de trompettes
De l’Apocalypse
 
Qui vive ?
L’autre en soi-même
Cette fable que l’on tisse
Sur de petits cartons intimes
 
Qui vive ?
Toi
Dont le deuil
Est impossible
 
Qui vive ?
Nos ami.e.s
Et leur sollicitude
Lettres échangées
Dernières nouvelles
 
Qui vive ?
Musique de chambre
Des solitaires
Solidaires
De nos vulnérabilités
 
Qui vive ?
Morceaux en forme de poèmes
Dans la vague d’Hokusai
Tu entends la vigie :
 
La nuit sera belle !
 
 
 
 

SOIS LE LÉGER L’AILÉ

 





 
la victime du sacrifice doit être aussi grasse que possible
mais toi garde la muse mince
sois le léger l’ailé*
 
*Apollon de Callimaque
 
 
art pauvre
art maigre
art tchoum
 
 
art poétique
art qui n’intéresse
plus personne
 
art dispersé
aux quatre coins
des rues et des ateliers
 
 
art qui te sors des yeux
art ressort des amoureux
art du couci-couça
art de la mort annoncée
 
art du budo de l’aïkido
art du dojo du dorio
art de s’endormir à la légère
dans un dialogue
du Tchouang-Tseu
 
 
art des gérondifs
chemin faisant
en chantant à tue-tête
et à cloche-pied
 
 
art des amours
délices orgues
jules laforgue
la pompadour
 
 
art des agentes artisanes filoutes
députées aigrefines loustisques
les féminins inemployés
 
art du coq-à-l’âne
et de la poule-au-pot
 
art éfact
des fats
art ériosclérose
art du parti pris des choses
compte tenu des mots
art Rhose
Sélavy
art Work
in Progress
 
art des vents
alizés aquilons
autans bises
boras borées
cers chergui
fœhn fun
sirocco harmattan
marin mistral
simoun zéphir
zefiro torna*
 
*Monteverdi
 
 
art des lamentations
art des consommations
art des marques
art des frustrations
art des manipulations
art des Vanités
vendues chez Sotheby’s
à trois millions
de dollars
 
 
art des coccinelles
art des petits insectes roses
art des points noirs
art des baisers volés
quand les enfants
s’ennuient le dimanche*
 
*Charles Trénet
 
art des ventouses
sur le dos
art des sangsues
à l’oreille
art des limaces
bien nouées
art du cancrelas
de Kafka
 
 
art du bouche à bouche
art de l’oreille cassée
dans Arles
où sont les Alyscans
prends garde à la douceur des choses*
 
*Paul-Jean Toulet
 
art pauvre
art maigre
art dans la peau
art de l’Apollon de Callimaque
la victime du sacrifice doit être aussi grasse que possible
mais toi garde la muse mince
sois le léger l’ailé
 
 
 

VOYAGE EN INSOMNIE

Voyage en Insomnie
Dans le labyrinthe
Des rêves idiots
Comme la rive d'une mer
Envahie dans la nuit
Par des statues de sel

Voyage en Insomnie
Dans le mitan du lit
La rivière est profonde
La Belle que voici
Ma mouette plaintive
Y prolonge sa ronde

Voyage en Insomnie
Rêves nous imaginent
De toutes parts déchirés
Eurydice et Orphée
Qui patiemment recoud
Ton livre de sable insensé

Voyage en Insomnie
Mes pensées dans la nasse
Font les quatre cents coups
Les quatre sans cous
Chante Robert le Diable
Dans le château de Fantômas

Voyage en Insomnie
Mon royaume pour un cheval
Ma cabane au Canada
Dans le parc de Mauricie
Et les dormeurs du val
Étendus en chien de fusil

Le voyage se termine
Le rêveur éveillé
Épluche ses images de papier
Il les broie en confettis

Secouez lecteurs silencieux
Le grand kaléidoscope
Peut-être y verrez-vous
Votre ultime portrait