AU LECTEUR DE BONNE FOI

 
 
  C’est icy un livre de bonne foy, lecteur.
 Les Essais de Montaigne
  
 Je n’aurai jamais le temps de me prendre au sérieux
 Ni – rassurez-vous –de me pendre au réverbère
  
 Je n’aurai jamais le temps de lire tous les livres qui m’entourent
 Mais chacune de leur page qui me renouvelle me fait oublier 
 La peur de ne pas parvenir au bout du voyage
  
 Je n’aurai jamais le temps de réparer toutes les pièces qui me constituent
 Mais j’aurai ouvert mes lignes à ce lecteur de bonne foi :
  
 Il ne sait rien au juste mais son énergie en mouvement réside 
 dans le transport du corps de l’esprit et des sens 

C’est icy un livre de bonne foy, lecteur.

Les Essais de Montaigne

*

Je n’aurai jamais le temps de me prendre au sérieux

Ni – rassurez-vous –de me pendre au réverbère

Je n’aurai jamais le temps de lire tous les livres qui m’entourent

Mais chacune de leur page qui me renouvelle me fait oublier

La peur de ne pas parvenir au bout du voyage

Je n’aurai jamais le temps de réparer toutes les pièces qui me constituent

Mais j’aurai ouvert mes lignes à ce lecteur de bonne foi :

Il ne sait rien au juste mais son énergie en mouvement réside

dans le transport du corps de l’esprit et des sens

*

« Ayant l’expansion des choses infinies

[…]

Qui chantent les transports de l’esprit et des sens »

Baudelaire (Correspondances)

COMMENCER

 
 
 commencer
 c’est toujours un début qui n’en finit pas
  
 commencer
 comment c’est chez toi ?
  
 commencer de zéro
 ici et pas ailleurs
 maintenant et pas demain
  
 commencer
 en se disant que personne n’a jamais écrit ça
  
 commencez sans moi le Banquet
 dit Socrate
 arrêté extatique
 réfléchissant à l’on-ne-sait quel phénomène
 sans bouger
  
 commencer
 art visuel
 ponctuel
  fraternel
  
 commencer  
 finir n’est pas
 programmé


   

Commencer ce commencement qui n’en finit pas

Commencer comment c’est chez toi ce matin ?

Commencer c’est toujours une naissance

Commencer de zéro ici et pas ailleurs maintenant et pas demain

Commencer main tenant ce stylo noir de promesses

Commencer pour tâcher d’y voir clair

Commencer ce que personne n’a écrit avant toi

Commencez sans moi le Banquet dit Socrate arrêté extatique

Réfléchissant à l’on-ne-sait-quoi sans bouger

Commencer : finir n’est pas programmé

T’IMAGINES C’EST PAS RIEN

t’imagines c’est pas rien c’est quoi alors ? c’est trop long à t’expliquer

t’imagines c’est de l’occitan al lum rossèl d’una candèla censada eccartar la tronanda*

*à la lumière rousse d’une chandelle censée éloignée la foudre Ives Roqueta

t’imagines c’est chacun de tes doigts sauf l’index mis en quarantaine dans les caves du Vatican

t’imagines c’est un poème qui a fait une dépression nerveuse* il n’y a qu’un pessoïen pour trouver ça

*o meu poema teve un esgotamento nervoso Daniel Jonas

t’imagines sur une malle du grenier un chat-huant fumant la pipe de Magritte

t’imagines c’est l’horloge qui tourne dans la tête tranchée par la grande aiguille

t’imagine une voix d’outre-tombe qui déchire le papier

t’imagines tantôt la vie tantôt la mort et au milieu coule un fleuve noir

t’imagines des lettres minuscules qui magnétisent ton bas de casse

t’imagines c’est pas rien c’est quoi alors ? t’as qu’à tout relire

c’est un poème qui a fait une dépression nerveuse

 
  
 t’imagines c’est pas rien c’est quoi alors ?
 c’est trop long à t’expliquer
  
 t’imagines c’est de l’occitan
 al lum rossèl d’una candèla censada eccartar la tronanda*
  
 *à la lumière rousse d’une chandelle censée éloignée la foudre
 Ives Roqueta
  
 t’imagines c’est chacun de tes doigts sauf l’index mis en quarantaine
 dans les caves du Vatican
  
 t’imagines c’est un poème qui a fait une dépression nerveuse*
 il n’y a qu’un pessoïen pour trouver ça
  
 *o meu poema teve un esgotamento nervoso
 Daniel Jonas
  
 t’imagines sur une malle du grenier
 un chat-huant fumant la pipe de Magritte
  
 t’imagines c’est l’horloge qui tourne dans la tête
 tranchée par la grande aiguille
  
 t’imagine une voix d’outre-tombe qui déchire le papier
  
 t’imagines tantôt la vie tantôt la mort
 et au milieu coule un fleuve noir
  
 t’imagines des lettres minuscules qui magnétisent
 ton bas de casse
  
 t’imagines c’est pas rien c’est quoi alors ?
 t’as qu’à tout relire