MA BOHÈME

comme une vieille chanson du jeune temps

.

C’était dans mes poches crevées

Les amours splendides

Que j’avais rêvées

C’était ma culotte

De petit Poucet rêveur

Et son large trou

Les étoiles au ciel

Avec leur doux froufrou

C’était ma bohème

Revisitée maintenant

que je suis vieux

les yeux fermés

Mais je n’oublie pas

Ce parcours idéal

Dont je fus le féal

C’était tout un poème

De rosée à mon front

Comme un vin de vigueur

Et les élastiques de mes souliers

Que je tirais comme une lyre

Un pied près de mon cœur

voix de mademoiselle Lia

CE TEXTE QUI VA SE CRÉER

CE TEXTE QUI VA SE CRÉER mot à mot ligne à ligne sera ignoré de Balzac (comme nous disions en plaisantant naguère) ignoré des zéditeurs des critiques et même (plus étrange je l’avoue) oublié à la longue de celui qui à l’instant essaie tel un enfant qui joue de le mettre à jour c’est le prix des écrits inédits des textes inclassables hors catégorie en somme à condition de prendre l’expression sans prétention à ras de phrases dont on sait d’expérience que ça ne va pas être simple de les maintenir en vie jusqu’au bout d’un temps que l’on dispute à l’horloge d’un smartphone aux aiguilles d’une montre et même au temps dit universel le temps d’écriture d’un feu follet qui entre les pins palpite entre les tombes effaçant un à un les vers patiemment tissés par Valéry mais qui vont repousser ailleurs quand la poésie vieille dame indigne écrit encor un sonnet où les divinités des Humanistes se rebiffent Éros décochant ses flèches malignes sur l’amour toujours l’amour cet enfant de ma Bohème qui s’en va les poings dans ses poches crevées égrenant les dernières rimes d’un poème dont la saveur n’est palpable que dans la bouche et le palais de celle ou de celui qui le donnent à entendre

Martigues 7 avril 2024

UNE PAGE

Une belle page
S’offre au stylo noir
Qui ne sait comment
La remercier

-Écris à ta guise
Lui dit le papier
Dessine la frise
Des temps heureux
Des bals et des fêtes
costumées

-C’est loin tout ça
Ma belle page
C’est Nerval au temps
des Petits châteaux
de Bohème

C’est l’humble prosateur
Voyant la muse de ses vers dorés
Transformée en Pythie
aux cris de douleurs :

Ô saisons ô château périssable
Que le souffle du monde
A jeté sur le sable*

* Gérard de Nerval

Martigues 6 février 2024


MA VIE TOUT UN POÈME



Pour et avec Claude Brugeilles

J’allais Je m’en allais Dans l’allée d’un passé
Remontant le futur Avec chapeau et canne
Bleu soutenant ma veste mes yeux la fumée
de ma pipe Nom d’une pipe en bois de cèdre
Du Liban  de l’Atlas Cedrus brevifolia
Cèdre de l’Himalaya Oh ! là là là là

J’allais Je m’en allais Dans ma tête espiègle
Des chouettes et des hiboux Des femmes à tête d’aigle
Fantasmes et fantaisies Images fantastiques
Humour des interludes qu’on prend en pleine tronche
Caprices et ritournelles face à ce qui nous ronge

Un peu funambulesque Musant avec les Dieux
Des sauts à l’élastique Des boules de cristal
De Bobo de Bohème Ma vie tout un poème

Martigues 31 octobre 2022

ma voix tout un poème

UNE LITANIE ÉCRITE AU LIT (reprise du poème 5)





reprise du poème 5
Il faut écrire
pour ne pas être lu
C’est le paradoxe

Il faut lire
Le cru et le cuit
à toutes les équinoxes

Il faut compter
Nos pas perdus
Dans nos petits châteaux de Bohème

Il faut regarder
la Grande Ourse
en lisant ce poème

Il faut écrire
Comme un Prévert
Qui se la coule douce

Il faut lire
Comme une bête
Ange ou pource*

Il faut poursuivre
Cette litanie
Adressée à un lecteur innocent
Que l’on course


*Rimbaud (un hapax)