DERNIÈRE PAGE D’UN BEAU CARNET

manuscrit « tel quel »




Je tourne littéralement autour de mon poème

en marchant le dictant par bouffées au secrétaire

accompagnant au troisième étage de sa tour Montaigne





Je marche dans les rues de l’île Saint Louis

comme le faisait Baudelaire

qui n’aurait imaginé aucun de ses sonnets

Assis





C’est la dernière page de ce beau carnet

dont j’ai laissé le hasard chuchoter à l’oreille

des mots choisis les yeux fermés :





le feu le sable la peau le corps le cœur

c’est ce que je t’écrivais

quand nous étions ensemble





Le rythme de nos vers fait des tours et des tours

Une mouette agite ses ailes et crie

pour éloigner ses compagnes

du trognon de pomme qu’un enfant qui me ressemble

vient de jeter dans la mer incertaine





Je ne sais trop qui m’a dicté cette dernière image

Le poème maintenant où j’ai cherché refuge

peut s’effacer





24/12/2020 7H20

AINSI JE MARCHE NUIT APRÈS NUIT





Ainsi je marche nuit après nuit tu

dis qu’on dirait ce piéton que tu fus

à Caracas Paris New York Toulouse

Rue Valade dans une arrière-cour

Sur l’île Saint Louis au Faubourg du Temple

à l’edificio Olimpo près des

Tours du Silence Dans un hôtel jouxtant

Central Park ou chez ta fille – Astoria dans le Queens-

Quelle histoire ! Somme toute cachée,

dans tes carnets ou ce papier d’exil,

comme ce jeu de carte – l’écarté

que tu jouais enfant tapant du poing

quand tu perdais- Somme toute légère,

comme on enlève peu à peu des masses

de matière à notre statue dérisoire,

Manière d’arrêter la marche dit

le lecteur voyageur sédentaire à

Caracas Paris New York Barcelona





10/12/2020

ainsi je marche nuit après nuit

MOTS FLOTTÉS D’UN BORD DE MER

 
Tronc bois flotté du golfe de Fos
Planches à voile libellules à cœur joie par mistral soutenu
Les mots viendront mais lesquels ?
Sacs et ressacs
Tours et retours…de flammes et de flammèches
Les mots viendront contaminer ce vieux carnet ou essaimer
La mer remue paisiblement ou frise là-bas à l’ouest du port minéralier
Dix navires en attente immenses Babels d’huile noire ou de gaz
Les mots viendront selon selon
Surtout ne pas se retourner
Ne pas lever l’œil vers le haut de page
Une façon de faire comme une autre
Les mots viendront dans le remous et dans la simplicité
Hermanos frères de cœur et de recueils renouvelés
Une façon d’avancer ligne à ligne
De lancer le bouchon la bulle irisée
La balle est dans le camp du désir sans objet
Une badine rouge
Des cailloux
Des pelotes de posidonie enfermant l’univers
Les mots viendront remuer le chaos
Vagues à vagues continues obstinées


(Petit carnet des bords de mer)

PETIT CARNET DES BORDS DE MER

Le petit carnet appelle…mais je ne sais trop quoi lui dire.

D’autant que quelques gouttes lui tombent dessus.

Le gris de Provence ça existe aussi.

Pour éviter l’eau ennemie je vais devoir écrire sous la cuisse,

ou sous ma casquette, sous mon bonnet.

Les moules minuscules s’attachent au bas des roches.

Je rêve d’un immense pont reliant les vivants qui ont déposé les armes

une bonne fois pour toute.

Je suis maintenant dans l’auto protectrice, lunettes en larmes de pluie.

Une chanson interprétée par Michel Simon en tête :

Le printemps sans amour c’est pas l’printemps…

il ne faut pas se fier au calendrier

                          avec une diérèse s’il vous plaît.

                                                  

J’AIMERAIS MIEUX PAS

J'aimerais mieux pas
Je suis entré dans la période Bartleby
Du jour au lendemain écrire de nouvelles lignes...
J'aimerais mieux pas

- Et ce que tu viens d'écrire ? me dit mon intime contradicteur.
-- Nuance, réponds-je, celles-là et les prochaines, je les recopie,
afin de me débarrasser définitivement de mes carnets, journaux,
papiers d'identités fictives,
tout ce fatras qui encombre ma bibliothèque.

J'aimerais mieux pas
- C'est votre denier mot Mr Bartleby ?
- I would prefer not to*

*Herman Melville (Bartleby,the Scriven)