J’ÉCRIS opus 1





J’écris en levant les lièvres d’un gîte

Où La Fontaine songe : cet animal est triste

                                        et la crainte le ronge
 

J’écris en écoutant les quatuors de Beethoven

devenu à cette époque sourd, sourd sublime
 

J’écris en traçant dans l’air la langue des signes

J’ai l’air d’un idiot (d’un idiot utile ?)
 

J’écris en posant des questions à mon lecteur futile

Fût-il pervers polymorphe ou slameur insigne
 

J’écris sur les nuages qui passent ici

Et sur les pavés que se passèrent de main en main

les petits gars et les jeunes filles de Mai 68

 
J’écris sur l’océan qui bouge depuis le premier bain

de vagues et de houles avant mes premiers vagissements
 

J’écris sur l’estuaire, exutoire d’un fleuve

Qui baigne mon poème mystérieusement

 

JE DIRAI QU’UN POÈME EST LE BON TEMPS DE LA VIE





Je dirai qu’un poème me donne des raisons de passer du bon temps

Je dirai que ces raisons n’ont rien à voir

avec l’idéologie patheuse

(du mot pathos)





Je dirai qu’un poème me donne l’occasion de régler mes mots

compte tenu des choses

sans rien céder à la suie des paroles

aux expressions toutes faites des informes mollusques :

les gens qui parlent à tort et à travers





Je dirai qu’un poème se construit dans le corps

Dans l’être obscur qu’il s’agit par essais successifs

De mettre à jour





Je dirai qu’un poème n’est jamais acquis





Je dirai qu’un poème écrit, donné à voir,

Pour chaque lecteur, est différent

L’un s’y reconnaît en partie

Et ça l’apaise

L’autre le repousse, mais le lit

Et ça le tracasse





Je dirai qu’un poème est fait pour être réécrit





Italiques Francis Ponge

je dirai qu’un poème me donne des raisons de passer du bon temps

SUR LE CHEMIN DE LONGUE ÉTUDE









avec Christine de Pizan et Raphaëlle Décloître





Ne vous privez pas du plaisir d’écrire des pages d’un seul tenant où plusieurs phrases s’enchaînent pour mieux délier votre imagination et où il faut attendre le dernier mot pour voir le point final et encore on peut par trois points laisser le lecteur imaginer qu’après tout ce bataclan la page se termine dans l’inachèvement qu’une lectrice inspirée va reprendre ailleurs sur une feuille blanche ou quadrillée faisant de son stylo le porteur de fantaisie ludique qui certes n’est pas donnée sans ce travail acharné sur le papier ou dans sa tête qui écoute le corps parler se plaindre ou rebiquer en ce Chemin de longue étude parcouru par cette première grande dame qui de lectrice universelle fait son miel poétique politique nous incitant nous tous et toutes qui sommes au bas de la Roue de Fortune de lui donner l’impulsion nécessaire pour la remettre en mouvement ce mouvement scriptural qui nous met en état ne serait-ce que le temps de son élaboration de pallier au désordre ambiant…





Christine de Pizan Chemin de longue estude (vers 1402)

Rapahaëlle Decloître Conquérir l’ordre du monde par le savoir dans le Chemin de longue estude…(Université de Laval) 2021 vient de paraître ouvrage collectif « Désordres Modernes » Editions Hermann

J’ÉCRIS DE GAUCHE À DROITE





J’écris de gauche à droite

Je cherche à droite à gauche

La pierre qui roule

La mousse du temps





J’écris sur du papier

Parfois jaune souvent blanc

Je cherche et je me foule

Je bricole et j’enroule

Le mélange des sons

Qui font sens

Ou déraillent sévère





J’écris de haut en bas

J’enlyre quelques vers

Sens dessus dessous

Dans le secret des marges





Je persévère





Secret des Marges

JJ Dorio

Editions Rafael de Surtis

2011





Je suis et ne suis pas

Ces signes sur la page

L’instant ouvert au monde

Le murmure des mots

Tous proches du silence

Dans le secret des marges


	

SISYPHE





Sur mes poèmes et autres écrits, comme celui-ci commençant, j’ai toujours la main. C’est dire, sans forfanterie, ma manière d’écrire sur le papier.

               Et pourtant il y a si longtemps que ma main écrit, depuis Mai 68, mes temps intempestifs, jusqu’aux temps d’aujourd’hui plus tempérants.

               De mes premiers printemps pleins de sèves jusqu’aux cheveux de neige du vieil enfant qui toujours ajoute une pièce dans le jukebox des poèmes sans fin.

               La main sur le papier lève toujours quelques paroles et murmures de personnes qui jusqu’à présent m’ignorent et de celles, l’immense minorité,  qui me sont proches et qui me lisant tentent de me dire ce qu’elles ne m’ont jamais dit.

               N’attendez pas le cimetière  Pour m’éclairer par vos paroles issues de vos nuits blanches Signé Sisyphe