RITUELS D’ÉCRITURE BALISES D’UNE VIE





Rituels d’écriture qui balisent une vie

Des hauts des bas des bas des hauts

Des baobabs de palabres

Baroques ou banales





Traceurs balises

Gare aux mouchards

Mais non aux cormorans qui s’y perchent





Les textes sont des amers qui nous tendent leurs perches

Leurs dazibaos libérant la parole de Mai 68

Ou les appels aux meurtres sous Mao





Rituels d’écriture des bâtons et des lettres

Que l’on bat l’on abat

Sur le tapis vert

En laissant bien des blancs





Comme dans une partition sur le Silence

De John Cage





Ou bien lançant un nouveau coup de dés

Dans un tourbillon d’hilarité





Italiques Stéphane Mallarmé

JE SUIS INTERDIT DE POÈMES





une fantaisie





Je suis interdit de poèmes…sur le papier

Mais dans ma tête ça n’arrête pas de bourlinguer

Textes Antitextes Expériences de pensées

Cut up Lieux communs percutés

Où la bouche délirante fait dinguer

le concept et la cogitation de nos chers métaphysiciens





Je suis interdit…en arrêt volontaire de machine

à écrire

les fadaises de l’écriture automatique

Mais dans ma tête ça moissonne

Faucille d’or faisant tomber des épis

des « et puis »

des essais sur les Essais exempts de toute farine

que font ces diables de critiques

dans les bénitiers des éditeurs de Saint Germain des Près





Il n’y a plus d’après ni de traction avant (l’antique déesse noire)

Mais un petit vélo présent

Qui fait le tour de cette nuit absente de tout bouquet

Mais non de cette fantaisie générée dans son lit

En bel état d’hypnose et d’insomnie





je suis interdit de poèmes

ENTRE DEUX LIGNES

une voix entre deux lignes




Je fais le tour de mes pages d’écriture

                                                                  au ralenti

                                                                                          et en silence





Entre deux lignes plusieurs minutes

s’écoulent

Comme celles d’un procès

                       en procrastination





Et combien d’entre elles passent

          à la trappe !

Par exemple, curiosité de l’instant,

cette lune à la fenêtre,

dont je ne sais que faire

où la placer sur le papier





Entre deux lignes, c’est le cas de le dire,

Je n’ai aucune ligne préétablie

Aucune ligne à suivre





Mais quand soudain passent les Djinns

« Mur ville et port »

La page entre deux plages de petits sommes

est terminée…

Je m’endors






	

UNE RENGAINE EN UT MINEUR

écrit tel quel




Jour après jour

S’en vont les jours

Nuit après nuit

Passent les nuits

Jour et rejour

Nuit et renuit





Faire et refaire

Deux fers au feu

Et laisser dire

Dire et redire

Passer le temps

D’un jour sur l’autre

Faire un présent

À ses copains

À ses copaines

Un mot qui fourche

Une rengaine

En ut mineur

Sur le piano

Et ses bretelles

Autour du cou

Autour des cœurs

Sur le carreau

Où l’on impro

Vise la nuit

Cette écriture

Soufflerie

Que les copistes

Du parchemin

Vont reproduire

Et transformer

En palimpseste





Nuit après nuit

À la chandelle

D’une bougie

Qui fait bouger

Nos certitudes

Sur le papier

Accordéon

Avec arrêt

Prolongé

Par Husserl

Le phénomo

Logiste





Nonobstant

Ce seul présent

Cadeau du temps

Correspondances

Plumes en l’absence

De nos épîtres

Pour clore enfin

D’un coup de langue

L’enveloppe

De nos mémoires

Et ce chapitre

TEXTES SANS FIN mais non sans raison

manuscrit original sur la couverture et la quatrième de mon premier recueil de poésie publié en 1975




AU LIEU DE S’ÉTEINDRE, à l’âge de mes derniers automnes, une certaine véhémence d’écriture me poursuit.

Témoin ce texte, que je viens d’ « entamer » quelques minutes avant 3 heures du matin, et que rien ne m’incitait à faire courir sur la page blanche. Si ce n’est ces feuilles cartonnées, vestiges de la couverture de mon premier livre imprimé (en 1975), et qui sont dans une boîte de rangement en plastique, à portée de main, à côté de ma table de chevet.

Je l’écris après un réveil, comme il m’arrive d’en faire deux ou trois par nuit, consécutif à un rêve qui traînait, une sorte d’impasse. (J’avais perdu un numéro de téléphone important qui me reliait à mes père et mère. Je voyais sous mes yeux des listes manuscrites, mais je ne trouvais pas, à mon grand dam, le numéro recherché.)

Au lieu de s’éteindre, comme chez l’immense majorité de « mes compatriotes », selon la formule du président de la République, quand il s’adresse à la Nation, voilà que me pressent les mots et les lignes, les vocables et les phrases, plus ou moins correctes grammaticalement, ou un peu, comme cette dernière, de guingois.

Au lieu de s’éteindre, le feu couve en permanence sous la cendre, avec quelques tisons qu’un souffle dans la nuit, rougit, et qui me permettent de « fagoter » (si je puis dire), ces textes sans fin, mais non sans raison.

(UN DICTIONNAIRE À PART MOI)
texte en cours