Le blanc est écriture Du lyrisme la rupture Le blanc c’est ton visage En allé dans la nuit Le blanc c’est ma lumière Noire quand je te songe À blanc disent les enfants D'un rêve qui les ronge
Tag Archives: écriture
J’ÉCRIS POUR LEVER DES LIÈVRES
En définitive à quoi écrire sert-il sinon à vivre ? Toutes les pénibles élucubrations sur « écrire et vivre » - écrire comme renoncement à la vie – sur « la chambre aux murs de liège » - avec attendrissement. « Il n’a pas vécu le pauvre » – ne sont que pitoyables défenses d’envieux, de toute façon sans importance. Mais ici, la chose est dite. Jacqueline Bisset J’écris pour lever des lièvres lever le pied lever au cœur les expressions J’écris dans la discrétion le silence et l’effacement J’écris dans l’exubérance la profusion et l’effervescence J’écris résistant au vertige de l’écriture mais non à sa folie passagère J’écris le passage en attaché en cursive J’écris en courant sur la page dans la rumeur des vagues J’écris dans le mutisme des nuits la lumière des poètes de l’exil J’écris en lisant flux et reflux qui soulèvent mes livres de sable et d’écume J’écris à califourchon à dada sur la bicyclette grammée garnie de grelot 1 J’écris comme un cochon un apache ou un apparatchik (au choix) J’écris en voyant de ma fenêtre une portion de méditerranée J’écris je n’oublie pas entre Charybde et Scylla cette intensité de l’instant où ça passe ou ça casse (dit trivialement) J’écris puis je laisse reposer dans des carnets signés de noms qui n’apparaissent sur aucune carte d’identité 1 George Grosz (1893-1959)
LE TEMPS D’UNE ÉCRITURE SUR L’ESPACE PALIMPSESTE


Le miracle des mots en ordre dans ma tête Louis Brauquier (1900 1976) Nul miracle de mots en ordre dans ma tête Pour libérer l’espace et déclencher le temps Espace avec le temps multiplie ses facettes De la barre d’espace au blanc entre deux mots Des espèces d’espaces mises en scène par Perec Jusques au Corps une manière de l’étendue précise n’existant qu’en acte du philosophe Benedict de Spinoza Le temps d’une écriture sur l’espace palimpseste Un cercle tracé au fil des heures de la Recherche Tenant ensemble par le pouvoir des mots l’ordre des années et des mondes Après tout ce babil de mots en désordre dans ma tête Je me suis éveillé sur une plage humide Le vieil océan aux vagues de cristal Cher au comte de Lautréamont S’était retiré vers ses lointains horizons J’avais dès lors tout loisir de songer sur ma p(l)age nue Aux mots d’une vie autre, Ceux qui nous tiennent en éveil, et qui nous émoustillent…
J’ÉCRIS opus 22
J’écris comme Jean Jacques Dorio
rencontré naguère dans un atelier
où l’écriture ravageait nos vies en poésie
J’écris travaillant l’écriture au corps
Traversé de haïkus et d’aphorismes
J’écris sur le court d’un tennis
Marqué à tout jamais par l’empreinte
du champion Bjorn Borg :
La balle est ronde
Le jeu est long
J’écris long renvoyant dans les cordes
les jeunes hommes pressés
et les jeunes filles en fleur
J’écris de ci de là
en ne pensant qu’à ça
J’écris sous les combles
Sous un vasistas
Où la lumière pleut
(et neige parfois)
J’écris en imaginant Bartok
écrivant ses partitions des Microcosmes
J’écris créant ce microclimat
propice aux pages d’écriture
faisant la navette entre micro et macrocosme
J’écris dans un camping-car Volkswagen
Qui m’a mené naguère
(avant la prise de pouvoir par les Ayatollahs)
Jusqu’à Téhéran
J’écris en oubliant d’écrire souvent
J’écris en me jouant du temps
J’écris en le laissant filer
Ou en l’arrêtant
J’écris sur une table Louis Philippe
ronde en noyer
trouvée sur le bon coin
J’écris sur du papier clairefontaine extrastrong
acheté à Bureau Vallée
J’écris sans confondre mes textes quasi bibliques
avec les bibelots abolis du bon Mallarmé
J’écris avec et contre les sonnets en X
les phrases incises et les ellipses
J’écris sans l’ombre d’un bruit
exceptée cette langue qui caquette
et qui bruit
J’écris sans réfléchir une première ligne qui déclenche le reste
J’écris anche en songeant à mon ami Rambour qui habite rue Franche
J’écris France du nom d’une bergère rencontrée en Mai 68
J’écris Bergère Ô Tour Eiffel
comme Guillaume Apollinaire
J’écris cette aubade inachevée
J’ÉCRIS opus 3
L'homme écrit sur du sable Moi ça me convient bien ainsi L'effacement ne me contrarie pas À marée montante je recommence Jean Dubuffet
J'écris noir sur blanc avec beaucoup de blancs dont j'ai besoin pour écrire un poème J'écris sans hésiter mais si lentement que quand je me décide j'ai éliminé ce qui m'était venu à l'esprit d'emblée J'écris dans la nuit blanche des poèmes antérieurs à toute écriture comme un chant itinérant J'écris d'un lieu à l'autre allongé dans le hamac le lit marchant dans les Andes péruviennes J'écris devant le lac Titicaca et sur la pierre du soleil de Machu Picchu J'écris avec le pinceau de Mi Fu c'est le va et vient du souffle qui fait que trait est gros ici et maigre là J'écris maigrelet des formes et des lignes esquissées esquisitas (délicieuses) J'écris en noir de Chine' des phrases sans mots Dessinant sans que je m'en mêle mes hypnographies
