
MILLE ÉCRITURES
Regarde autour de toi dans la Nature
Les mille écritures inscrites
Sur les arbres les pierres le sable
Ce sont autant de signatures
D’un monde qui cache bien ses secrets

Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

MILLE ÉCRITURES
Regarde autour de toi dans la Nature
Les mille écritures inscrites
Sur les arbres les pierres le sable
Ce sont autant de signatures
D’un monde qui cache bien ses secrets

ÇA MAIS. Un début comme ça mérite le bâton.
Mais la feuille de papier, comme dirait l’autre, elle s’en fiche.
Ça alors. Ce peut être renversant, l’écriture. Et en même temps, ça doit tenir la page,
et si possible faire dans la dentelle.
Un cochon d’écrivain, qui eut un grand succès, distinguait (il se vantait peut-être),
la batiste de la valenciennes, la valenciennes du bruges, le bruges de l’alençon.
Allons donc. Allons à London, dans la demi-brume; allons longuement, dire la poésie,
dans ses grandes marges blanches, allons à la ligne, pour faire une pause.
Comment commencer
Ainsi
Ça se fait ligne à ligne
Sur le papier
Première page de ces carnets d’écriture
Où passent un peu de vie
Des mots choisis ou qui nous choisissent
Une forme sensible
Qui est notre maintien.
La manière, à l’écart,
De lire intensément
En écrivant.
Avec des ratés
Les fins de vies paisibles, cruelles ou burlesques,
Mais sans ratures.
Commencer, se renouveler, nettoyer les outils, prolonger
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.*
*Verlaine

LAMBINER
Ce sont mes plus beaux moments d’écriture.
Je pars d’un mot ou de plusieurs, qui ne dépassent une ligne.
Ils ne sont pas de moi, mais d’un livre, que je ferme alors.
« Une page blanche, vierge de toute écriture ».
C’est la cueillette de l’instant.
Ensuite cette carte tirée, je cherche et lui ajoute une des miennes.
Aujourd’hui par exemple c’est « Y a-t-il un texte dont mes intonations fassent mieux jouer toutes les nuances ? »
Mais non, ce n’est toujours pas de « moi », mais d’un autre livre. (Celui-là d’une femme).
Une page blanche, si je commence à faire mouvement sur elle, quelque soit le temps que je vais y consacrer, je m’oblige à la remplir.
C’est comme un devoir d’écolier. Mais comme je n’aime pas raturer (une sorte d’interdit), rien ne me presse de la terminer.
Cette page ce matin c’est écrite au lit, à mon réveil du matin.
(C’est autre chose pour mes réveils de nuit).
Dieu sait combien elle m’a permis de lambiner.
Tout à l’heure, je la recopierai, à l’aide du clavier.
Et puis je l’oublierai.
citations : « Le côté de Guermantes » et « Enfance »

Je me renseigne sur « ce que je sais » vraiment, à côté de ce que mon cerveau
a accumulé comme sottises et fadaises. Ce sont ces « cent sales mouches » qu’il
faut chasser tant qu’il en est encore temps.
Je me renseigne entrelaçant, selon ma manière, lecture et écriture, mais en évitant
si possible, « le conflit des interprétations ».
Je me renseigne, « à petit feu », évitant de provoquer ces brasiers qui enflamment
l’arbre qui cache la forêt.
Je me renseigne grattant la peau des palimpsestes, recopiant l’un sur l’autre,
ces fragments à goût d’inachevé.