ÉCRITURE CACHÉE





À mesure que tu lis les images

et leurs grands reflets

tu dois chercher leur écriture cachée





Dans le moindre poème

ou sur la scène d’un drame

où parlent d’étranges personnages





À mesure que tu parcours

le flot d’un texte

dur comme grains de sable

doux comme des larmes





À mesure que le serpent d’étoiles

cède le ciel

à l’aurore des paroles

qu’il faut apprendre à partager





avec et sans les mots









italiques Jean Giono

SEUL.E.S INCLUSIVEMENT





Le plus court chemin de soi à soi passe par autrui

Paul Ricœur




Seul.e.s assurément

donnant le change

par cette danse tremblée

des lettres sur nos pages





Seul.e.s naturellement

dans cette attention flottante

réservée aux praticiens de l’hypnose

et aux pupilles de la nation des poètes

mort.e.s au front des métaphores vives





Seul.e.s dans les champs de tournesol

nos amours jaunes

et les matières immatérielles

que voient les aveugles

dans les musées





Seul.e.s et dialoguant

avec les portes les fenêtres

les graffiti de charbon

sur les murs des églises romanes





Seul.e.s dilaté.e.s

arpentant les mille et un livres

de notre bibliothèque unique

léguée aux dieux de la dispersion





                                                                                    Seul.e.s à la proue             

mon beau navire

ô ma mémoire*

naviguant divaguant

au cœur des poèmes

sans testaments





*Apollinaire





Seul.e.s terriblement

de ce qui en nous

est dur compassé et frigide*





*Odile Caradec





Seul.e.s vaillamment

Gall amant de la reine*

« el viento galán de torres

la prende por la cintura »**





*Marc Monnier ** Federico García Lorca





Seul.e.s obscurément 

à la lueur d’une chandelle

à la santé des serpes et des serpents





                                                                             Seul.e.s vocabulairement          

écriture inclusive dans la voix des passant.e.s

de nos instants secrets


	

TERRITOIRES D’ÉCRITURES





À l’approche du poème, aurore et crépuscule redeviennent la nuit, le commencement et le bout de la nuit. Le poète y jette alors son filet, comme le pêcheur à la mer, afin de saisir tout ce qui évolue dans l’invisible, ces myriades d’êtres incolores, sans souffle et sans poids, qui peuplent le silence.

                                 Edmond Jabès (1912-1991)





J’ai un territoire, en apparence étroit, infime, invisible ; ma chambre, mon lit, cette carte où je prose ces quelques lignes, au milieu de chaque nuit, dans la plus extrême des solitudes.

J’ai un territoire concomitant, immense, impersonnel, en mouvement perpétuel du connu vers l’inconnu, où « un autre que moi » réside, se désaccorde à ses croyances en s’accordant à des auteur.e.s de toutes disciplines, qui instaurent d’autres distances à des connaissances à renouveler, une intensité et des rythmes qui opèrent mues et métamorphoses.

Ce que j’essaie de dire là, ne peut passer que par une écriture, hésitante, ralentie, sans prétention, dont les motifs tissés ont besoin au matin de reprises sur le clavier azertyuiop, de contrepoints…en suspens.

(texte en cours) nuit et matin du 21/11/2019





cette carte où je prose ces quelques lignes

photographiée sur fond d’une toile peinte

titre : l’horloge sidérale

Dorio

24/08/2016

C’EST BIZARRE L’ÉCRITURE

 C’est bizarre l’écriture* Qui êtes-vous quand vous écrivez ? Notez bien vous n’écrivez pas à votre notaire à votre mère à votre ulcère à votre amie dernière Non vous écrivez sur votre page vierge devenue peu à peu bleue noire ou rouge selon la couleur de votre stylo crayon fino – c’est la marque de la pointe fine qui trace ces signes mots et lignes – C’est bizarre l’écriture la formule initiale qui a enclenché ce pataquès pâté patchwork pastis a sauté aux yeux de lecteur de celui qui s’est lancé dès lors à corps perdu tête baissée dans l’exercice de ce bourlingage langage sorti des limbes d’une nuit plate comme on dit de l’eau ou du nom donné à une ferme de son village « Plate » « Pégarou » « Brioulette » « Saint Valentin » C’est bizarre l’écriture offerte ensuite par la magie de la conversion numérique à une poignée de lecteurs qui s’y fondent s’y plaisent y prolongent leur imaginaire ou s’en désintéressent C’est bizarre la lecture  

*Christiane Rochefort

exercice d’écriture
15/11/2019
2h15-2h53

UNE HEURE UNE NUIT UNE PAGE BLANCHE

 
écriture blanche
passante des nuits
où l’on demeure éveillé
tel un feu follet
 
 
il est 1:48
 
c’est le commencement
le premier coup de dés
les chiffres du hasard
d’un homme approximatif
 
il est 1:56
 
en attendant la suite
qui ne vient pas
tes oreilles participent
au grand bal des acouphènes
 
 
il est 2:02
 
tu songes à Moby Dick
à l’obstination de la mort vieux capitaine
poursuivant la baleine blanche
 
là-bas laine blanche
flocons de neige et ceux d’argent
et que n’ai-je
en cet instant
le duende des gitans
et le murmure des maîtres
disant leurs vers anciens
 
il est 2:07
 
mais peut-être
faut-il oublier leurs chimères
soleils noirs et obscures clartés
 
la tache aveugle
la vache aveugle
des nuits obscures
vaca ciega
en la noche oscura
 
 
il est 2:17
 
dizesept
police secours
crient les provençaux
au loto des familles recomposées 
 
il est 2:20
 
tu t’accroches aux mots
tu erres sur l’aire
des vents contraires
jetant les grains
du clinamen
 
il est 2:22
 
les trois deux
apparaissent en rouge
sur le petit réveil
posé sur tes livres de chevet
 
 
il est 2:24
 
tu changes de page
tu entres par la porte sud
de l’oppidum sans nom
 
il est 2:25
 
tu aimes les fleurs d’encre
les encres blanches des amandiers
les amours jaunes du mimosa
que tu as planté à la naissance
de ton petit-fils
un vingt-huit février
 
il est 2:34
 
homme patient
homme industrieux
homme égaré
homme tranquille
prosant ses vers
de fourmi
 
il est 2:36
 
tu te frottes à la langue d’oc
des troubadours
l’éclair du trobar clar
l’obscurité du trobar clus
 
2.38
 
tu revois le clos entouré de cactus candélabres
dans les hautes terres de Goajira
sous la clarté de la voie lactée
où marchent interminablement les indiens morts
 
il est 2:39
 
le feu sous les cendres
le peu de miel
que l’on prélève
sur l’arbre à maux
 
il est 2:44
 
encore quatre minutes
monsieur le bourreau
bour et bour
et rataplan
à rebours
du temps compté
de nos nuits blanches
 
il est 2:46
 
l’espèce de poème
rend grâce
et se brûle
sous le réverbère
des éphémères
 
il est 2:48
 
une heure est passée
dans l’immédiat du gazouillis
d’une main sur une feuille blanche
quelque part dans l’inachevé
 
 
 
 
références 1:48 L’homme approximatif Tristan Tzara
2.02 Moby Dick  Herman Melville
Marie Guillaume Apollinaire
 2:24 Sur l’oppidum sans nom Jean Jacques Dorio
2:38 Le chemin des indiens morts Michel Perrin
2.48 Rilke
il est 3:48 une heure de plus a passé
recopiant sur le clavier en le modifiant quelque peu
le manuscrit du premier jet