CELLE QUI N’EST PLUS LÀ





Je vois celle qui n’est plus là

Je vois celle qui file la laine
Dans sa clairière de l’Amazonie
Les seins nus autour du fuseau
Se balançant dans son hamac 
Couleur de rocou

Je vois celle qui s’accroupit devant la poste
Comme un fantôme enveloppé d’un fichu
À tête de taureau

Je vois celle qui lie les bottes de paille
Et les gerbes de blé

Celle qui lit Roule Galette

Celle qui s’enfonce dans la mer




CHANSONS





Une chanson de pauvre mais que ce pauvre chante

Proche des larmes au creux des nuits

Une chanson de riche qui en a pour ses sous

Saoul saoul comme l’Arsouille qui se disait Milord





Une chanson de mort étendu sur son lit

Ou perché sur un arbre

Dans un hamac piaroa

Au son des maracas





Une chanson de vie qui joue avec le feu

Répand ses petites fleurs

Sorties de sa clarinette

Ou d’un sax soprano





Une chanson sans paroles

Que l’on ne sait comment finir

Et que l’on abandonne de guerre lasse

Aux fantômes des souvenirs


	

LIRERÊVER





Cette nuit qui n’en finit pas

j’ai retrouvé des notes écrites en 1973

Pour le plaisir

Des notes sans phrases ni phraséologie

Écrites dans la rue

Au café du Départ

Dans mon hamac tissé par une amérindienne

Loin du logis

Amorces mouvements

Histoire de laisser libre cours

à tout ce qui n’était pas théorie

LireRêver

Rêver à haute voix

De ce qui parle dans la tête

En lisant les paroles rapportées

Des peuples sans écriture

Autant dire

À partir du désert

De notes écrites

par jeu

et par un je anachronique

CHURUATA









Cette nuit, la dernière de juin 2020, j’ai lu, après un premier somme, un passage d’Ateliers, écrit par Jean-Claude Carrière. Il raconte comment il passa une nuit dans l’habitation commune d’un groupe d’indiens Yanomami. C’était en 1989.

J’ai fait une expérience similaire, 20 ans auparavant, hébergé dans une communauté d’indiens Panarés, proches d’un affluent de l’Orénoque, le fleuve qui selon Colomb, prenait sa source au Paradis. C’était d’abord un honneur et une preuve de confiance d’être accepté comme étranger, à partager leur nuit. Ils m’avaient attribué une place, où j’avais posé mon hamac, au fond de la churuata, case collective, dressée comme une cathédrale de palmes.

Alors, quand tout le monde eut trouvé sa place, les couples avec les enfants, les vieux et les vieilles, et les plus jeunes, une voix s’est élevée. Une voix qui, même si je ne comprenais pas ce qu’elle disait, racontait à l’évidence une longue histoire, peuplée d’animaux, d’arbres, d’ancêtres, de récits comiques et tragiques, que l’ensemble de la communauté reprenait souvent, interrompait, prolongeant par des bruits, des souffles, des rires, des  éclats de voix stupéfiants.

UN dictionnaire à part moi
texte en cours