J’ÉCRIS LES YEUX FERMÉS

J’écris en silence, seul mon lit grince parfois lorsque je me penche pour prendre le verre d’eau sur ma table de chevet basse ou bien que je choisis pour consultation un livre qui semble flotter sur le sol de ma chambre : Dans le mitan du lit, la rivière est profonde. (Aux marches du Palais)

J’écris en bonne compagnie avec des disparus qui manifestent encor une vie qui pétille : Tous sont morts Le maître d’hôtel leur verse un champagne irréel Qui mousse comme un escargot (Apollinaire)

J’écris en pastichant, copiste de textes invraisemblables qu’une voix inconnue lui dicte à l’improviste, au dé botté. Aujourd’hui il faut que j’arrête, je suis trop excité et les lettres me brûlent et dansent devant mes yeux fermés. (Robert Walser)

Martigues 27 janvier 2024

ENCORE UNE PHRASE

Encore une phrase 
Jouant avec les lignes
D’un poème pour l’écrire 
Comme on voit dans les livres
Les lèvres la relisant
Comme faisaient nos ancêtres 
En découvrant religieusement 
les nouvelles
Sur le journal du matin
Encore une manière
De parler au papier
De prononcer pour soi
Quelques mots sur les guerres
en cours
Sur leurs atrocités 
Sur l’enfant au tambour
Qui lance un appel 
Aux dieux de la paix 

LE TEMPS BIFURQUE

LE TEMPS BIFURQUE Le temps bifurque perpétuellement vers d’innombrables futurs. Borges. Dans l’un d’eux vous lisez ce fragment, le jour du solstice d’hiver (ce 21/12/2020), dans un autre vous faites une partie d’échec avec Ts’ui Pên, qui gouverneur du Yunnan renonça au pouvoir temporel pour écrire un roman en forme de labyrinthe, dans un troisième, d’un pinceau minutieux, vous recopiez la citation du livre que vous être en train de dévorer, sur un papier jadis cramoisi, maintenant rose et quadrillé : comment être moderne en étant anachronique, catachronique, parachronique, achronique, etc… Daniel Oster 1938-1999 Rangements