À LIVRE OUVERT mais sans pouvoir sur ses lignes qui se déroulent et s’échappent comme des serpents
À livre ouvert faisant crisser les mots gros gras grand grain d’orge hors jeu et dans le jeu d’une scène irréelle
À livre ouvert tournant dans la nuit les pages à l’envers lecture improvisée pour oiseaux migrateurs ivres de leurs concerts improvisés
À livre ouvert pages arrachées et qui s’envolent capricieuses offertes à notre humaine condition qui en ces temps crépusculaires aiment plus que jamais
partager les couleurs les lumières et les sons toute la part fragile de l’enfance de l’art
« J’AIME LES LIVRES. J’aime leur monde. J’aime être dans la nuée que chacun d’eux forme, qui s’élève, qui s’étire.»
Pascal Quignard (L’homme aux trois lettres. Dernier royaume, XI.)
« Et je me rendormais un peu, oubliant toutes ces bêtises.»
Franz Kafka (La Métamorphose)
J’ai écrit comme je respire, et sans masque à papier.
JJ Dorio (55 fragments de littérature)
Avant que je ne disparaisse, avant que ne se dérobe mon étrange identité, je pratique le plaisir de faire mouvement sur une page blanche, vierge de toute écriture, en utilisant la ressource dictée par Julien Gracq : en lisant, en écrivant.
-Alors, tu vas encore faire ça ?
-Oui, bien sûr, de haut en bas, et de long en large.
-Et comment passes-tu de ton activité de lecture, à celle de ton écriture ?
-Eh bien…comme ça. Sans vraiment y penser, à sauts et à gambades.*
À pas de chat, je me glisse dans la conversation infinie transmise par un petit livre bleu (pour la couverture), comme « un bleu », qui ayant l’illusion d’y participer, se laisse porter par le courant de sympathie qui en émane.
Je me souviens de la formule rituelle de Mai 68, où dans une ville sans auto, on causait à tout le monde dans des assemblées de fortune, aux quatre coins des rues, des places, des amphis. Il n’y avait pas un intervenant à qui on demandait, tout de go : Mais d’où tu parles ?
Je parle d’un lieu mystérieux à plus d’un titre, une chambre aux murs blancs, traversée d’ondes venues du royaume « des voix chères qui se sont tues ».
Je parle dans ma tête avec les vivants bien vivants, avec qui nous échangeons nos écrits et chuchotements, nos annonces, nos petites nouvelles du front de mer, où passent et repassent pour l’éternité, les jeunes filles en fleurs.
italiques : Verlaine, Marcel Proust.
(UN DICTIONNAIRE À PART MOI) texte en cours
MAIS D'OÙ TU CAUSES?
MAIS D’OÙ TU CAUSES Quichotte Don Quijote ? /en un lugar de cuyo nombre no quiero acordarme /(bis)Mais d’où tu parles Charles ? de quelque part comme on disait à l’époque qui prenait feu de toute part Mais d’où tu jactes Jean Jacques ? : mais du pavé et du ruisseau Rousseau /où passe (ter) mon beau navireô ma mémoire Avons-nous assez navigué Dans une onde mauvaise à boire Avons-nous assez divagué De la belle aube au triste soir au bord de l’agonie /ô ma folie (bis) Mais d’où tu cornes tes gazelles tes licornes sorties des grimoires entassés dans l’armoire de hêtre et d’où tu dictes tes paradigmes perdus des champs de magnésie ? Mais en ce lieu d’utopie Lily /dont le nom m’échappe à jamais (bis)