ÉCRITURE CACHÉE





À mesure que tu lis les images

et leurs grands reflets

tu dois chercher leur écriture cachée





Dans le moindre poème

ou sur la scène d’un drame

où parlent d’étranges personnages





À mesure que tu parcours

le flot d’un texte

dur comme grains de sable

doux comme des larmes





À mesure que le serpent d’étoiles

cède le ciel

à l’aurore des paroles

qu’il faut apprendre à partager





avec et sans les mots









italiques Jean Giono

ÉTINCELLES DE POÈMES ÉPARPILLÉES PAR MISTRAL

un poème n’est jamais seul un poème peut en cacher un autre un poème popo aime clément marot la mort n’y mord





  un poème est toujours inédit un poème d’attaque comme un solo de Trane un poème guilleret est un poème de belle lurette





  un poème naît d’un étonnement et meurt sans royauté aucune aussi indigent qu’un fossoyeur*   *Hubert Haddad





  un poème sans poésie se perd dans la prose du monde un poème en forme de cœur est une marque déposée par un certain Kostrowitzky   un poème au grand cœur quand il a fait sa vie dort son sommeil sous une humble pelouse*   *Baudelaire





  un poème pour les médias c’est rien de rien de rien de rien c’est comme Pluton la planète oubliée c’est (pardonnez ma langue verte) le trou du cul du système solaire*   *Joachim Montessino  





un poème à la fin des fins se retourne comme un gant sur l’inconnu





      MISTRAL





    C’est Mistral – le vent pas le bonhomme – Qui écrit ce soir Mon poème





  Pas un nuage – ni amoureux ni en pantalon Pas un langage – qui prendrait feu –  





Mais sur vélin Pur chiffon d’Arches Cette pelote de mots  





Elle va de ci de là Sur la pelouse de poussière Balandrín Balandran





Frêle chant Ciel de cendres Balandran Balandrín





Pour nos morts Et pour les Égarés    

     


	

MAIS D’OÙ TU PARLES MADAME POÉSIE ?

 


Si la poésie te parle un instant tu ne sais plus qui tu es
la poésie de l’instant c’est son présent
pur don offrande aux frères humains et aux sœurs lustrales

La poésie se tait aussi mais ne renonce pas
le regard embrassant un arbre suivant un insecte un oiseau
et si les mots se présentent il ne faut pas les manquer

La poésie ne sait pas ce qu’elle va découvrir dans sa quête inlassable
c’est le chemin qui n’existe qu’en le faisant
c’est cette ligne qui sans ses lecteurs s’enfonce dans le néant

La poésie naît d’un manque de l’existence
et meurt de la prétention de l’avoir aboli
dans une œuvre vouée aux honneurs

La poésie si elle n’est pas une expérience de vie et de pensée
sans cesse remise à zéro
n’est que la mer morte où agonise le soi-disant faiseur de poésie
 

















texte Jacqueline Saint Jean
page composée sur papier kraft
format 14x10cm
Dorio
19/05/2017

LE GOÛT DES MO(R)TS

 
Le goût des mots 
Toujours nouveaux
Toujours manquants
Ou disparus
 
Les distingués
Les putassiers
 
Le goût des nuances
Fixées par l’écrit
Suggérées par la langue
Qui parle au papier
Comme Montaigne le dit
En ses Essais
 
On parlécrit
En murmurant Verlaine et Valéry
Tout ce qui nous fait du bien
Dans la voix des poésies
Du moindre brin de paille dans l’étable
Au toit tranquille où picoraient des focs
 
Toujours nouveaux
Toujours épris
De créations verbales :
Je me recroquemitoufle
Je t’rêve
Je t’raime
Je t’arc-en-ciel
Je tramway nommé désir
 
Le désir de tout dire
Et je manque de mots
Le désir de se taire
Pour penser à ses morts
 
Le goût des mots
Le don des morts
Désormais vivants
Uniquement sur nos lèvres
Et dans la manière folle
De leur écrire
En langue belle
 
(il faudrait continuer)
 
 
je me recroquemitoufle (chanson auteurs : Amade, Delanoé, compositeur Bécaud)
je t'rêve (Dorio éditions Rafael de Surtis)
je t'raime (titre d'une toile peinte par Hérold)
le tout est de tout dire et je manque de mots (Eluard)