L’EMPLOI DU TEMPS DES NUITS

L’emploi du temps des nuits où nous veillons solitaires Chacun et chacune devant les rumeurs du monde les collectes de phrases les phares des calligraphes les encres et les couleurs projetés sur la toile les musiques tissant l’étoffe de nos rêves

Lemploi du temps à travers le temps présent où la foule est coupée de la voie des poèmes qui vont et viennent sur nos peines et nos joies les silences de tout ce qui est trop difficile en paroles

Lemploi du temps à lécart à lécoute de nos cocons de mots où lon puise lénergie qui font nos manuscrits toujours inachevés Ondulations arborescences brouillons épars sans ratures ni repentirs

Et tout le reste est littérature

Ainsi se termine la série commencée le 26 juin 2022 sous le titre POUR OUBLIER MAUX ET VIEILLESSE et terminée cette nuit du 17 septembre 2022

C’est la nuit de toutes les couleurs

C'est la nuit de toutes les couleurs
La nuit de kaki et de noisettes
La nuit de fumée de noix de galle
C'est la nuit de charbon et de pintes

C’est la nuit du maréchal ferrant les éperons de Don Quichotte
La nuit des peintures corporelles 
Pour naviguer dans le Monde Autre 
Des chamans et chamanes
C'est la nuit des chants colorés et des têtes ornées d'autruche
La nuit plus noire qu'un chiffonnier

C'est la nuit de tous ces peuples qui ont disparu
Sur les rives d'un chenal de maisons sur pilotis
La nuit du « brésil» et des cochenilles
La nuit des fards et des simulacres
C'est la nuit qui perd ses couleurs
La nuit du chasseur d'hommes
La nuit du banquier anarchiste

C’est la nuit des initiations
Qui coupe les cheveux en quatre
De toutes les citations
C'est la nuit qui reprend les mythes fondateurs
Pour les clouer aux poteaux de couleurs

C'est la nuit de la vie de château et de lunes d'écailles
La nuit japonaise des six blancheurs
La nuit solaire sur la palette de Vincent
Et celle que l'on teint en rouge 

Pour mieux l'enterrer
Au petit matin
À la vieille lanterne
Des nuits de toutes les couleurs

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INSOMNIE LA BIENHEUREUSE

Insomnie la bienheureuse qui me permet décrire, de conter fleurette à mon papier blanc comme la nuit, dalterner mes lectures dune page de la Pléiade, comparée à loriginale éclairant ma tablette de cette langue castillane que no sé manejar, (que je ne sais pas manier) dit faussement lauteur de Dos formas del insomnio.

Insomnie féminine pour nous Français, mais insomnio, demonio, un démon pour ceux qui luttent contre, (Borges, puisque vous laviez deviné il sagit de lui), en fait la liste : « compter au cœur de la nuit les coups de cloches fatidiques, tenter de contrôler sa respiration, tourner et retourner sur son oreiller, et surtout saberse culpable de velar cuando los otros duermen (se sentir coupable de veiller pendant que dorment les autres).

Tout le contraire dInsomnie la bienheureuse, celle qui sous son influence nous permet de déployer nos ailes de Phénix rebelle, en toute innocence.

Cette nuit je réentends leau qui sécoule des fontaines de lAlhambra, les rumeurs du patio de los Naranjos et de celui des Lions, et les couplets qui me redisent la fuite de Grenade en 1492 du rey chico, ce dernier petit roi du nom de Boadbil et que lépoque hypermachiste accusa de « pleurer comme une femme son royaume quil navait su défendre comme un homme ».

Insomnie à présent écrit son épilogue, mais sa page au fur et à mesure se déchire inexplicablement. Une dernière métaphore complétée par cette image de Jorge Luis : dans la vaine nuit Celle qui compte les syllabes ».  

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CETTE DOUCE HABITUDE DE LA NUIT

Vivimos descubriendo y olvidando

Esa dulce costumbre de la noche

Hay que mirarla bien Puede ser la ultima

Borges (La cifra)

Vivre la nuit en racontant sur un bel espace blanc, (le dos dune couverture de livre et sa quatrième), ses mille et une facéties, ses manières de façonner les rêves dune bibliothèque inépuisable. Borges prétend que les volumes quelle comprend « dépassent » celui des astres ou des grains du désert de sable (il ne précise pas lequel).

Vivre la nuit en désertant lHistoire « avec sa grande H » selon la formule assassine de Perec, en prenant le risque de suggérer par comparaison la sienne, sa propre histoire minuscule, sujette aux caprices et aux hasards, aux chaos et cahots, dune vie que dautres qualifient de « sans histoire ».

Vivre la nuit de ses lectures de livres sur le Temps qui ne dort pas, sous peine de mourir le jour venu, dans une phrase que nul ne comprend.

Vivre la nuit se racontant Ulysse, l’Inventif et Shéhérazade « dont la nuit 602 est la plus magique de toutes», écrit en son miroir, l’auteur du Chiffre et de l’Or des Tigres. La nuit 602 qui, naturellement, n’existe pas plus que la mille et unième, chacune étant une histoire à part qui n’a que faire de ce découpage fictif.

Vivre la nuit, mise en abyme, fondue dans ce bel espace blanc où se manifeste une énergie (le caractère shenqi en chinois), le conatus de lÉthique, le subconscient à lœuvre, formes entrevues qui, dans un second temps, sont susceptibles de devenir conte, récit, voire poème dédié à la Nuit.

Nous vivons découvrant et oubliant

Cette douce habitude de la nuit

Regarde-la bien Cest peut-être la dernière

 » Le chiffre » (ma traduction)

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QUAND LES MOTS DÉBORDENT

MOTS

Les mots débordent 
Je les retiens
Les mots du bord 
Qui crient détresse
Je les contiens 
Les hache-menu 
Trois feuillets par nuit 
Trois poignées de sable

Pour ce dictionnaire à part moi
Où l’imaginaire 
Sans fuir dans les mots faciles 
S’efforce de tenir tête au réel 


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