DIRE DE LA POÉSIE

dire de la poésie
écrit tel quel 21/04/2021








SANS TITRE





Dire de la poésie…un petit feu pour maintenir

son souffle…c’est un sonnet dit

en pleine nature…au-dessus d’un lac

des Pyrénées ou des Andes…

c’est autour de minuit





Dire de la poésie…son corps immense…

faisant bouger ce qui a déjà été écrit…

hier…il y a cent ans…ou mille





Dire ce qui n’a jamais été dit…même

par celui ou celle qui…chemin faisant…

ont écrit ce sonnet raccourci…

qui saute la dernière ligne…

sans personne pour l’écouter…

sans titre





(une repasse sur le clavier avec quelques retouches)

QUI EST LÀ ?





– Qui est là ?

– En effet, je me le demande.

– Est-ce un inconnu ?

– Ça m’en a tout l’air.

– Est-ce une image de toi-même ?

– Ta question me laisse interdit.

– Est-ce un acteur de comédie ?

– Une personne qui apparaît

sur les feuilles d’un livret

dans la coulisse.

– A-t-elle un nom ?

– Elle en a mille.

– Un dernier mot ?

– Je l’ai oublié.





DIALOGUES INTÉRIEURS XIII

LES PÂQUES D’UN PAÏEN INACTUEL









Agenda impersonnel 29 mars-04 avril 2021

2h46  Personne : masque souvent grotesque de l’acteur antique. Chaque personne, homme ou femme, continue ainsi de faire en société son cinéma. Malheur à ceux et celles qui sont dupes de leur personnage. Paradoxalement Pessoa (Personne en portugais) s’inventa plusieurs noms de plume qu’il appela ses hétéronymes. Il était Álvaro de Campos, poète avant-gardiste et décadent, qui écrivit dans un élan métaphysique « Bureau de Tabac ». Il était Alberto Caeiro, versé dans la phénoménologie. Il était Ricardo Reis et António Mora. Et son livre le plus fameux Livro do desassosego (Livre de l’intranquillité) fut l’œuvre de Bernardo Soares. Son quotidien, il le nomma « ennui ésotérique ». Tout un programme.   2h66





Mardi 30/03/2021

1h37   Alors que j’écrivais ces variations sur Personne, la dernière ancêtre Dorio, côté ferme de Daumazan sur Arize (Ariège), cousine germaine de mon père, s’éteignait à 94 ans. La repousse désormais a lieu à partir d’ici, passant des terres occitanes au bord de mer provençale, celle que Valéry du haut de son cimetière marin décrivit comme toujours toujours recommencée.  1h44





Mercredi 30/03/2021

4h18  Je me réveille ayant rêvé des aphorismes de René Char. Jeune lecteur, poète en herbe, ils m’enchantaient. Les yeux bien ouverts cette fois je reprends les XXVII fragments de À la santé du serpent. Je n’ai qu’une formule sans égards ni patience pour le maître de l’Isle sur la Sorgue : Char à Bia.     4h26





Jeudi  01/04/2021

18h50  Me voilà lisant Paris Match, le poids léger des mots, le choc amorti des photos. Pour un ancien fervent de Mai 68, on dirait qu’en lisant cet hebdo, j’ai mangé mon chapeau. Mais j’ai ma petite idée que je vais avec tous ces gens prisonniers de leurs personnages tâcher de développer.   19h03





Vendredi 02/04/2021

7h23  Ouverture des volets : 3 pies jouent sur les râteaux de l’antenne de télé de la maison d’en face, un goéland rame mélancoliquement.  7h25





Samedi 03/04/2021

1h12  Je viens de trouver un nouveau cycle d’écriture : « dialogues intérieurs », en mode mineur et si possible plutôt blagueurs.   1h14





Dimanche 04/04/2021

8h59  Tout de suite c’est l’écriture d’un dimanche de Pâques d’un païen inactuel, de la dernière indienne de la Terre de Feu et d’un philosophe sysiphéen remontant son rocher sur lequel pendant la nuit a poussé un acacia.   9h11

GARE AU POÈTE !





Les poètes usant de vers polymorphes

Sont traités le plus souvent avec suspicion

Sur la scène du monde littéraire

Gare au gorille





Gare aux hétéronymes de Monsieur Personne

Pessoa le Portugais :

Combien suis-je ? Qui est moi ?

Questions d’un inquiéteur

Pour ne pas dire d’un sublime emm…





Enquanto en vir o sol luzir nas folhas

E sentit toda a brisa nos cabelos

Não quererei mais nada

« Tant que je vois feuilles luire au soleil

Et sens la brise en mes cheveux

Je ne désire rien d’autre »





À part l’écrire le chanter

Puis oublier mon feuillet

Dans la malle à poèmes

Des banquiers anarchistes

Gardeurs de troupeaux

Et autres buralistes

Qui offrent leurs cigares

Aux fumeurs versés dans la métaphysique


	

COMME SI COMME ÇA fantômes de papier sur le chemin des indiens morts





Comme si comme ça

Sur le chemin des indiens morts*

Je cherche toujours mon Eurydice

Faisant le tour des jours et des nuits

En quatre-vingt mondes

Mais comme mes pas perdus

les pages de ma bibliothèque universelle

sont décousues





Il y nage un bestiaire peu commun

Dont ce matin les axolotls

Aux yeux d’or et au petit visage aztèque





Il en sort des personnages

réduits à « l’insubstance »

des fantômes de papier

Comme ce faux Perec

montant son livre d’une vie

sans mode d’emploi





 C’est un monteur d’images  faisant son cinéma

qui m’a suggéré ce dernier trait

Comme ça comme si

Son nom est Personne

Ou bien Monsieur Souci





*Michel Perrin (sur les mythes des indiens Goajiro)

Les axolotls m’ont été « donné » par Julio Cortázar

cette nuit le premier jet était brouillon