CE QU’ENGENDRE LA POÉSIE

Ce qu’engendre la poésie
C’est toujours un poème
Qui va se faisant

Comme un sac de voyage
Que l’on fait à la hâte
Pour une destination inconnue

On le fait léger
Comme la touche de l’archet
Répétant Einstein on the beach


D’autres disent que ce qu’engendre la poésie
C’est l’étrange défaite de l’intelligence
Noyée dans des sensations
Qui nous obligent à réécrire la fable du Temps




CE QU’ENGENDRE LA POÉSIE récitation sur le solo de violon d’Einstein on the beach musique de Phil Glass

L’ART DE L’ÉCHOUAGE

En poésie on ne récolte pas
Et l’on ne thésaurise

On sème sans raison
Dans un champ de mines
Nos métaphores vives

En poésie 
On ne s’autoproclame pas
Poète

On cherche hors de soi
Trobar se fait non sans hasard
En guettant nos amers
Sur l’horizon chimérique 1

En poésie on n’aime pas
Que la boue (soit) faite de nos pleurs 2
Ni plainte 
Ni moi noyé dans ses profondeurs

Mais l’art de l’échouage
Sur le rivage des rêves éveillés
Par les poèmes du Monde Entier

1 Jean de la Ville de Mirmont 2 Charles Baudelaire



l’art de l’échouage : une voix sans personne

UNE VOIX INCONNUE




je fais espace à mon démon
dans la neutralité des choses
un jour de tournures de phrases
on me dit je ne comprends pas
les poèmes comme vous
cachés dans leur peau d’écriture


Nathanaëlle Quoirez
Kaïros
(vient de paraître
collection Polder)

Une voix inconnue
Sur ces petits bouts de textes
Assemblés en un recueil
de poésie

Avec le temps
-le très long temps-
Si je me lance dans une lecture nouvelle
Je me tiens à un seul critère :
Le texte grandit avec ses lecteurs
Que l’on peut lire comme :
Dans le chaos qu’est toute vie
Est-ce que cette manière de l’écrire
-je l’ai là sous les yeux
en 58 pages-
va dévoiler un aspect qui était resté caché
de mon identité ?
Ou non…

Cette nuit
(car c’est la nuit, au lit,
que je me livre à l’exercice)
C’est Oui 







IL PLEUT DOUCEMENT SUR L’UKRAINE

A tous ceux, (à toutes celles), qui, de tout temps, sous un régime totalitaire,
Ont cherché refuge dans les livres, l’art, la beauté, 
Au péril de leur vie.

Ossip Mandelstam (1891-1938)
Mort en déportation pour avoir écrit 
Épigramme contre Staline
Il pleut doucement dans ma tête
Romances sans paroles comme écrivait Verlaine
Des mots pleins de stupeur
Pour apaiser ce cœur qui s’écœure
Devant l’invasion de l’Ukraine

Il pleut doucement sur ma page
Comme il pleure sur cette ville
Qui aspirait à vivre comme nous
À Paris Berlin ou à Vienne
Et qu’un autocrate sanguinaire
À la mode de Staline et d’Hitler
Veut rayer de l’Histoire

Il pleut doucement sur ma nuit
Sur la fureur et le bruit
De cette tragédie

26/02/2022





COME DI LE CHANT SOUS LE TEXTE

Comédie
La comédie d’un jour
« come di » Paolo Conte
Tragédie 
Paroles démentes du roi Lear

Ire ou ivresse
Tu n’emporteras icelle en paradis
dit le manuscrit
issu de quelque encrier sans nuit 1
ou bien du retour de la lumière absconse 2


Lire des Poésies
Cette pratique que les contemporains
Camelots activés par la pression de l’instant1
Savent de moins en moins exercer

Incapables d’apprendre à déceler
L’air ou le chant sous le texte1

1 Mallarmé 2 Marot